L'éditorial de Issa GORAIEB

Tunnels et rituels

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
05/12/2018

Pain bénit pour plus d’un, que ce subit regain de tension à la frontière sud où Israël s’attelle en ce moment à détruire au bulldozer (sur son propre territoire, jusqu’à nouvel ordre) des galeries souterraines creusées, à partir du Liban, par le Hezbollah.


Dans le passé, l’État hébreu a déjà eu à éliminer des tunnels similaires aménagés par le Hamas dans la bande de Gaza. Cette fois cependant, c’est un Benjamin Netanyahu empêtré dans plus d’une affaire de corruption et même harcelé par la police qui, selon une recette éprouvée, et sans tout de même aller jusqu’à sonner le tocsin, entreprend de raviver au sein de la population le spectre d’une nouvelle conflagration. Rien de tel en effet que la perspective de voir un jour surgir de sous terre les combattants fidèles à l’Iran, pour rétablir l’union sacrée et faire oublier à l’opinion publique ces gros et petits bénéfices qui agrémentent souvent la carrière de politicien.


Pour ne pas faire de jaloux, cette affaire de tunnels tombe à point nommé aussi pour un Hezbollah qui se voyait reprocher, ces derniers temps, d’avoir déserté l’arène de Palestine pour aller se fourvoyer dans les sanglants marécages de Syrie. Avec ce pan de couverture idéologique qui lui tombe du ciel, la milice peut en effet espérer récupérer en partie – et à moindres frais – ce label de résistance qui lui est vital puisqu’elle reste en mesure d’inspirer crainte à l’ennemi, de le surprendre même culottes baissées, le cas échéant.


Pour involontaire, fortuit, qu’il puisse être, cet échange de bons procédés ne saurait faire oublier toutefois ce dense réseau de tunnels que s’est ingénié à percer au Liban même le Hezbollah avec pour clair objectif d’encercler, d’assiéger, de paralyser, d’infiltrer et de fragmenter l’État pour finir par s’en emparer une fois le fruit parvenu à mûrissement, sinon à pourrissement. Tunnels souterrains parfois, telle l’implication, consignée par la justice internationale, de cadres supérieurs de la milice dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Et tunnels à ciel ouvert, le plus souvent : le Hezbollah ne faisant guère secret de sa détermination à embarquer le pays tout entier dans ses options régionales et aventures guerrières; à fausser ou même bloquer le jeu des institutions à l’aide du chantage aux armes ; à prêcher la diversité dans le camp d’autrui, alors même qu’il interdit toute contestation au sein de la communauté chiite après s’être promu, jusque dans son appellation, comme l’exécutant des volontés divines.


Cette insolente démarche, les derniers jours en auront fourni, coup sur coup, deux illustrations, l’une sunnite et l’autre druze. La première fut la soudaine exigence, non sujette à discussion, de voir inclure dans le nouveau gouvernement un représentant des élus de cette communauté opposés au courant majoritaire du Premier ministre désigné. Ce fut ensuite le turbulent ancien ministre Wi’am Wahhab, lâché par son protecteur comme une grenade dans un lieu clos, se répandant en insultes contre Saad Hariri puis en irresponsables, puériles provocations contre le leader du Chouf Walid Joumblatt, au risque d’un bain de sang : lequel a bien failli se produire le week-end dernier dans son repaire de Jahiliyé, où une force de police venue lui remettre une convocation judiciaire a été accueillie par une fusillade nourrie. Résultat ? Le monde à l’envers, puisque c’est maintenant le trublion qui se pose en plaignant, en attendant sans doute que soit négociée quelque classique sortie de crise.


Comme bien d’autres auparavant, voilà bien le type de tunnel pouvant déboucher tout droit sur un cataclysme. Mais qu’en pense au juste un président de la République allié au Hezbollah, obligé du Hezbollah qui l’a puissamment aidé à se faire élire et dont on attend néanmoins qu’il soit, du fait de sa charge, le plus acharné de tous à rechercher quelque lueur au bout du grand noir ?


Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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