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Moyen Orient et Monde

Proche et Moyen-Orient : Macron vs Le Pen

Repère
06/05/2017

Ce serait peu de dire que les politiques étrangères d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, notamment au Proche et au Moyen-Orient, sont diamétralement opposées. Mais, à quelques heures du second tour de la présidentielle française, un tour d'horizon des positions des deux candidats à la magistrature suprême sur les dossiers brûlants qui agitent la région s'impose – comme le conflit israélo-palestinien, les minorités, ou encore la guerre en Syrie.

 

1. Chrétiens d'Orient
Alors qu'ils tentent d'accéder à la tête d'une République laïque, les deux candidats tiennent absolument à ce que la France protège les minorités de la région, notamment les chrétiens d'Orient – du terrorisme de l'État islamique notamment.

Pour Marine Le Pen, ils doivent rester dans leur pays, que ce soit en Irak ou en Syrie, où la communauté chrétienne a été réduite des deux tiers, après avoir fui les violences et persécutions. La candidate frontiste n'hésite pas à affirmer que le président syrien Bachar el-Assad représente le seul rempart, pour les chrétiens de la région, contre l'EI.

Il s'agit, en ce qui concerne Emmanuel Macron, de défendre les intérêts des chrétiens d'Orient, qu'il considère comme une composante essentielle de la région, certes, mais refuse de se référer au passé croisé de la France, ce dont est accusé le Front national. L'équilibre, et non le clivage, est pour lui la clé.

 

(Pour mémoire : Pourquoi Marine Le Pen se trompe sur les chrétiens d’Orient)

 

2. Liban
En janvier pour M. Macron, puis en février pour Mme Le Pen, le Liban s'est avéré une étape importante de la campagne présidentielle française.

La candidate du FN a plusieurs Français d'origine libanaise dans son entourage, comme Jean-François Jalkh, l'un des quatre vice-présidents du parti, et Élie Hatem, l'un des organisateurs du déplacement de la cheffe du Front national au Liban. Jean-Marie Le Pen a même évoqué, pour le quotidien Le Monde en février, une « tendresse particulière » pour le Liban, qui remonterait à la guerre civile, durant laquelle certains proches du FN ont combattu aux côtés des milices chrétiennes. La candidate considère le Liban comme un facteur d'équilibre dans la région, et où le patriotisme prévaut sur le communautarisme.

Même son de cloche pour M. Macron, qui, lui aussi, est entouré de plusieurs Libanais, à commencer par Bernard Mourad. Le patron d'En Marche ! considère que le Liban se distingue par sa pluralité, sa capacité à résister aux conflits qui agitent la région. S'engageant à investir davantage sur le plan économique et créer un groupe de contact pour la gestion humanitaire de la crise des réfugiés, il a toutefois mis en garde, dans une interview accordée à L'Orient Le Jour en janvier, contre l'impact de la crise syrienne sur la stabilité du pays. Cette dernière question devrait, pour lui, être mieux encadrée par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et l'Union européenne.

 

(Interview : Le Pen à « L’OLJ » : Rien n’est encore tranché sur la rétroactivité de la suppression de la double nationalité)

 

3. Syrie/Assad
D'après Marine Le Pen, le soutien, et ce dès le début, par certaines puissances occidentales à une opposition syrienne modérée, a été une erreur et a contribué à renforcer les groupes terroristes. Elle considère que le président syrien Bachar el-Assad, qui aurait selon elle une « politique réaliste », reste une alternative plus rassurante pour les Français. Il est moins dangereux pour la France que l'EI ou Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra), selon elle, et elle ne doute pas que son objectif premier est de combattre le groupe ultraradical. Elle désire également une normalisation des relations de la France avec la Syrie : cela inclut la réouverture d'une ambassade à Damas, dont la fermeture a été « plus qu'une faute ». Un maintien des relations du Quai d'Orsay avec les renseignements syriens aurait pu, pour elle, éviter des attentats, épargner des vies. La Russie est, aussi, un interlocuteur privilégié dans le conflit syrien. Quant aux vagues de réfugiés fuyant les violences du conflit, ils sont supposés rester dans les pays limitrophes de la Syrie, et non être accueillis en Europe. Elle prône une politique de non-interventionnisme, sauf exception, soit à la demande expresse du pays concerné. L'exemple de la Libye est, affirme-t-elle, révélateur de l'erreur majeure que fut l'implication française dans le conflit, et qui a permis au pays de devenir un terreau du terrorisme.

Tout en estimant que Bachar el-Assad est un dictateur sanguinaire, Emmanuel Macron ne fait pas du départ du président syrien un préalable à toute discussion et n'écarte pas le fait de faire participer des membres du régime syrien à des négociations pour une éventuelle résolution du conflit, qui impliquerait une transition politique. Mais après l'attaque à l'arme chimique du 4 avril, la position du candidat centriste a quelque peu évolué. Invité de L'Émission politique sur France2, il a prôné une intervention militaire sous l'égide de l'ONU et estimé que le président syrien devrait « répondre de ses crimes devant des tribunaux internationaux ». « Notre ennemi, c'est Daech (...). L'ennemi du peuple syrien, c'est Bachar el-Assad », va-t-il même affirmer. L'une de ses priorités en tant que président de la République ? Une feuille de route qui mènerait à une solution politique en Syrie. Il adhère également à une normalisation des relations avec Moscou, interlocuteur incontournable du conflit et allié de Damas.

Deux points communs ressortent entre les deux candidats : tous deux donnent la priorité à la lutte contre l'EI et constatent l'échec de la diplomatie française dans le conflit.

 

(Lire aussi : Damas « espère » un changement de la politique française)

 

4. Arabie saoudite/CCG
La candidate du Front national qualifie l'Arabie saoudite de « premier responsable de l'extension mondiale du fondamentalisme », suivie du Qatar. Elle affirme aussi que la France devrait prendre ses distances avec les monarchies du Golfe, après une révision totale de ses relations avec ces pays, qui ne devraient selon elle pas pouvoir investir en France (le Qatar est par exemple actionnaire du club de football Paris-Saint-Germain). Quant aux EAU, ils font partie, comme l'Égypte, des pays musulmans dont il convient de se rapprocher pour lutter contre le fondamentalisme, selon elle. De nombreuses rumeurs circulent en outre sur des prêts qu'aurait recherchés, sinon touchés, le FN de la part de banques émiraties.

Depuis le mois de février, la publication d'un faux article donne lieu à la circulation de fausses informations quant à une supposée prise en charge financière de la campagne d'Emmanuel Macron à plus de 30 % par l'Arabie saoudite. Massivement relayées par la fachosphère, démenties par les « sources » citées dans l'article concerné (dont l'AFP), les rumeurs n'en demeurent pas moins des certitudes pour de nombreux détracteurs du candidat centriste. Ce dernier dénonce souvent la complaisance de Nicolas Sarkozy envers les pays du Golfe, notamment le Qatar, et affirme qu'il envisage de mettre « fin aux accords qui favorisent en France le Qatar ». Il fera preuve, promet-il, de beaucoup plus d'exigence, surtout en ce qui concerne le financement de réseaux terroristes par les pétromonarchies.

 

(Pour mémoire : Les programmes de politique étrangère des candidats à l'élection présidentielle française)

 

5. Iran
Marine Le Pen est une fervente défenseure de la politique de la République islamique, qui combat, selon elle, le fondamentalisme islamiste, comme c'est le cas en Syrie contre l'EI. Elle estime aussi que l'Iran est parfaitement dans son droit de vouloir se doter d'un programme nucléaire civil, et que le pays n'a jamais cherché à se doter d'une arme nucléaire comme le craignent les États-Unis mais aussi et surtout Israël.

Même ouverture, ou presque, du côté d'Emmanuel Macron. Il considère néanmoins que la France doit être tout aussi exigeante envers l'Iran qu'elle ne doit l'être avec l'Arabie saoudite, plaçant là aussi Paris en position d'équilibriste. Il considère que l'ouverture vers l'Iran doit se maintenir, à condition que l'accord de juillet 2015 sur le nucléaire iranien soit respecté par Téhéran.

 

(Pour mémoire : Économie, immigration, politique étrangère... : Ce que proposent les principaux candidats à l’Élysée)

 

6. Conflit israélo-palestinien
En rupture avec son père au sujet d'Israël et de l'antisémitisme notoire de l'ex-président du FN, un négationniste, Mme Le Pen a plusieurs fois tenté de rallier des voix au sein de l'électorat juif en France. Elle est aussi contre le BDS, mouvement de boycott des produits israéliens – fréquemment issus des territoires occupés en Cisjordanie. Ses propos sur la non-responsabilité de la France au sujet de la rafle du Vel d'Hiv, ainsi que le comportement ouvertement antisémite de plusieurs de ses proches, comme son conseiller Frédéric Chatillon, ont toutefois suscité la fureur du gouvernement israélien, entre autres. Elle milite pour la création d'un État palestinien, mais à condition seulement qu'il reconnaisse l'État hébreu.

De même, M. Macron prône une solution à deux États, solution qui pour lui ne peut être que l'aboutissement de négociations entre les deux camps. Si l'État hébreu semble favorable à une élection éventuelle de l'ex-ministre de l'Économie à la présidence, qui augurerait d'une coopération étroite à tous les niveaux, le patron d'En Marche ! a néanmoins qualifié la politique régionale de Benjamin Netanyahu de « belliqueuse ».

 

(Lire aussi : Un député du Likoud de Netanyahu tweete son soutien à Marine Le Pen)

 

7. Turquie
Les deux candidats sont clairement opposés à l'adhésion de la Turquie à l'UE. Dès le début des purges qui ont suivi le coup d'État raté du 15 juillet 2016, Marine Le Pen a appelé à un arrêt « immédiat » des négociations sur cette adhésion au Vieux Continent, lequel serait d'après elle « complice », par son silence, du despotisme du gouvernement turc qui bafoue les droits de l'homme et les libertés de ses ressortissants. « La folie épuratrice du gouvernement islamiste d'Ankara ne connaît pas de limites et abat un à un les derniers piliers de la démocratie turque, entraînant le pays sur la voie d'une dictature confessionnelle », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Mais, pour M. Macron, il ne faut pas pour autant fermer complètement la porte à la Turquie, dont les relations avec l'UE se sont considérablement détériorées ces dernières années. Il fait ainsi référence à ceux qui, en Turquie, militent pour davantage de démocratie, s'opposent au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, accusé d'autoritarisme croissant.

 

 

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