X

Moyen Orient et Monde

Marine Le Pen, ou l’extrême droite dédiabolisée

Portrait
Julie KEBBI | OLJ
26/04/2017

« Je suis la candidate du peuple. » Ce dimanche 23 avril 2017, Marine Le Pen entre dans l'histoire. La native de Neuilly-sur-Seine a réussi un coup double: faire passer le Front national au second tour de l'élection présidentielle française pour la première fois depuis son père, Jean-Marie Le Pen, en 2002, mais surtout, sans secouer le pays. Avec un score de 21,3 %, elle arrive à la deuxième place derrière Emmanuel Macron. Et la possibilité de son accession à l'Élysée, si elle reste plutôt improbable, n'est plus un scénario totalement irréaliste, contrairement à 2002. Quinze ans plus tôt, des millions de Français sous le choc étaient descendus dans la rue à travers tout le pays pour manifester contre la qualification de son père pour le second tour de la présidentielle. Aujourd'hui, le contraste est saisissant: quelques centaines de personnes seulement ont manifesté ici et là à travers le pays au soir du premier tour, et la classe politique n'a pas vraiment dénoncé un « coup de tonnerre  » . La France a changé depuis, Marine Le Pen l'a compris et son travail de dédiabolisation du parti a fini, dans une certaine mesure, par payer.

 

(Lire aussi : L’insaisissable M. Macron)

 

Marine sans Le Pen
Avocate de formation, elle entre au FN en 1998 au service juridique. Parachutée dans la ville minière d'Hénin-Beaumont, dans le Nord-Pas de Calais, en 2007, sur les conseils de son fidèle bras droit, Steeve Briois, elle effectue d'abord des mandats locaux avant de grimper les échelons. En 2004, celle qui prône aujourd'hui la renégociation des traités européens, voire un « Frexit » (sortie de la France de l'Union européenne), devient députée européenne, avant de succéder à son père en 2011 à la tête du parti, face à Bruno Gollnisch.
Tout au long de la campagne présidentielle de 2017, l'héritière de Jean-Marie Le Pen aura réussi à chambouler le discours du FN, en apparence. Aujourd'hui, on est bien loin de la flamme bleu-blanc-rouge, logo du parti. Le cru 2017 laisse la place à « Marine présidente », souligné d'une rose bleue. Celle qui a jeté son père hors du parti et a cherché à s'en distancier à tout prix déclare en janvier à Paris Match : « Entre mon père et mon parti, j'ai choisi mon parti. »

Délestée de son lourd patronyme, se revendiquant antisystème, la grande blonde aux yeux bleus de 48 ans adoucit son image et celle du parti par la même occasion. Contrairement à la course à la présidentielle de 2012, elle choisit de mettre les thèmes phares de l'extrême droite en léger retrait : les questions d'identité et de laïcité sont reléguées à la deuxième place. Avec l'aide de son équipe et notamment du vice-président du parti, Florian Philippot, Marine tente de dé-radicaliser son discours en le diversifiant. L'économie, la mondialisation, la dénonciation du « système » : voici ses nouvelles cibles principales. Et sa stratégie fonctionne. Lors de son discours au soir du premier tour de la présidentielle, elle ne manque pas de les rappeler. « Le grand enjeu de cette élection est la mondialisation sauvage, qui met en danger notre civilisation », lance-t-elle, soulignant que l'essentiel est « la survie de la France ».

 

(Lire aussi : Jean-François Jalkh, d’origine libanaise, président par intérim du FN)

 

Maquillage et discours politique
Nommée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par le magazine Time en 2011 et 2015, Marine Le Pen intrigue, attire et, surtout, rassemble plus de sept millions de Français en ce 23 avril. Cependant, malgré son discours politique maquillé, l'héritière s'aligne bel et bien dans les sillons idéologiques (et xénophobes) du patriarche sur le thème fondamental du parti : l'immigration. Fermeture des frontières, suspension des accords de Schengen, limitation drastique des quotas d'accueil d'immigrés, tant de mesures que l'on trouve dans le programme de 2017.

« Les réfugiés, on les renvoie chez eux », affirme-t-elle en octobre lors d'une interview accordée à RFI et France24. Elle ne tient pas de propos antisémites, contrairement à son père, mais vise en revanche la communauté musulmane. En 2015, elle est convoquée devant le juge pour avoir tenu des propos cinq ans plus tôt comparant les prières des musulmans sur la voie publique à l'occupation nazie, avant d'être relaxée. « Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine Le Pen est islamophobe : il n'y a pas rupture mais continuum. C'est le changement dans la continuité », écrit Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales stratégiques (IRIS), dans La Croix en 2010.

Cependant, bien que les sondages lui accordaient pendant plusieurs semaines près de 25 % des voix, le score obtenu au final par la candidate d'extrême droite est en-deçà des espérances du parti. Plusieurs raisons peuvent l'expliquer : la peur de sa rhétorique sur une possible sortie de l'UE ou encore l'éloignement des sujets fondamentaux du parti. À l'approche du second tour, elle pourrait décider d'y revenir plus clairement, et notamment lors du meeting demain à Nice, ville où le FN a obtenu un score bien au-dessus de sa moyenne nationale (25,28 %).

 

 

 

Lire aussi

Un lifting pour Mariannel'édito de Issa Goraieb 

Le plus dur reste à fairel'édito d'Emilie Sueur 

De la banalisation du FN dans le paysage politique français

Le duel Le Pen-Macron oppose deux visions de l’économie aux antipodes

Renaissance, l'édito de Ziyad Makhoul

Les peuples de France..., le commentaire d'Anthony Samrani

Macron-Le Pen : chronique d'un duel annoncé, le décryptage de Caroline Hayek

Chez Macron, des larmes de joie pour « un moment historique »

Une journée électorale intense au « petit Paris » du Moyen-Orient

 

Portraits 
Emmanuel Macron, ovni politique "ni de droite ni de gauche" 

Marine Le Pen, l'héritière à la conquête du pouvoir

 

Repères
1965 - 2012 : retour sur les élections présidentielles sous la Ve République

Présidentielle en France: mode d'emploi

 

Dossier
Présidentielle française : programmes, portraits, enjeux... ce qu'il faut savoir

 

Interviews
Emmanuel Macron à « L’OLJ » : Les intérêts des chrétiens d’Orient ne sont pas liés à Assad

Le Pen à « L’OLJ » : Rien n’est encore tranché sur la rétroactivité de la suppression de la double nationalité

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Je suis le candidat du peuple.... Äzîîîm !
BoSSfééér a réussi son Petit coup : Être désigné comme (président?) par une (Chambre Fantôme!) sans Nul besoin d’un 8 Mai bis.
En 05, au moins un million de Libanais sous le choc seraient descendus dans la rue à travers tout le pays pour manifester contre cette désignation !
Malheureusement, aujourd'hui, quelques centaines de personnes seulement ont manifesté ici et là à travers le pays, et la (classe?) politique s'est aplatie.
Délestant son passé équivoque et se revendiquant antisystème, lui(!), le Caporal (adoucit) son langage. Il a donc choisi de mettre ses thèmes phares en léger retrait : les questions d'identité et de laïcité sont reléguées à la deuxième place.
Le bigaradier tente par-là de dé-radicaliser son discours. L'économie, la mondialisation, la dénonciation du « système » : voici ses nouvelles cibles !
Mais il ne peut s'empêcher d'encore rappeler la (fameuse) mise en danger de la (civilisation) chrétienne orientale, et souligner que l'essentiel est (la survie!) de ce Liban-là…. (Chrétien)." !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ABRUTISSEMENT GENERAL SUIT LES SONS DES SIRENES !

Yves Prevost

Le titre est incorrect: Marine le Pen n'est pas du tout "dédiabolisée". La preuve en est que les hommes politiques de droite, Fillon en tête, osent se rallier à leur ennemi, le candidat de gauche Macron pour "faire barrage au FN". Comme si Marine le Pen représentait pour la France un plus grand danger que Emmanuel Hollande.

Amère Ri(s)que et péril.

Il n'y a qu'en France où quand un français dit je suis fier d'être français il est taxé de xénophobe.

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de Élie FAYAD

La soixante-treizième heure

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le gouvernement se réunit aujourd’hui, mais la crise de confiance est trop profonde

Commentaire de Anthony SAMRANI

Le réveil d’une nation

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants