Photo fournie par l'établissement.
Rue Pasteur, dans le quartier de Gemmayzé, les rideaux rouges ont remplacé les palissades de chantier. Le 13 février, Patronne a ouvert ses portes, dans un local entièrement rénové, avec l’ambition de proposer à Beyrouth une adresse où la gastronomie prime, dans un cadre élégant et intimiste.
« Ce n’est pas une boîte de nuit, insiste Samer Maroun, restaurateur de longue date. Nous voulons un endroit où l’on mange bien, où l’on peut apprécier chaque plat et où l’on peut ensuite rester pour un moment convivial autour du piano. »
Le nom Patronne n’a pas été choisi au hasard. « C’est un hommage à la figure féminine qui tient la maison, qui accueille et veille à chaque détail, explique-t-il. Cela évoque autorité bienveillante et élégance : deux notions que nous voulons transmettre dans le service comme dans l’ambiance. »
Le restaurant s’étend sur 250 m² et compte 110 places assises, majoritairement en intérieur. Les murs sombres, les lumières tamisées et le piano installé au centre structurent l’espace. Une petite terrasse pourrait être exploitée ultérieurement. Il ne s’agit pas d’une reprise, mais d’une création ex nihilo, portée par un trio d’associés réunis au sein d’une SARL, dont Samer Maroun et son frère. « Nous sommes tous du métier. C’est un chemin logique qui aboutit à un restaurant comme Patronne », souligne-t-il. L’équipe compte une vingtaine d’employés, dont cinq en cuisine.
L’investissement avoisine les 500 000 dollars, et le restaurateur espère un retour sur investissement d’ici à 18 mois. « J’ai toujours cru au Liban. J’ai toujours pensé qu’un jour, le pays redeviendrait comme avant. Mais il ne faut pas attendre, il faut agir », affirme-t-il.
Une cuisine française moderne
La carte de Patronne s’inspire d’une cuisine française contemporaine, ponctuée de touches asiatiques. On y trouve saumon au yuzu, coquilles Saint-Jacques, crevettes à l’orange et autres plats soignés. « Ce ne sont pas des petits plats que l’on croque vite pour aller danser. Il faut manger, prendre le temps et apprécier », explique Samer Maroun.
Le ticket moyen s’élève à environ 80 dollars par personne, un positionnement assumé, visant une clientèle majoritairement quadragénaire et plus, « une génération qui n’a pas beaucoup d’endroits où sortir et où l’on peut à la fois s’amuser et bien manger ».
Un piano comme fil rouge
Chaque soir, l’expérience est orchestrée autour du piano. À partir de 23h30, le rythme monte progressivement pour inviter les convives à se lever, sans transformer l’espace en club. « Tout tourne autour du piano. Il peut ouvrir la soirée comme la clore. Il y a beaucoup d’improvisation, des effets de surprise. Je ne dis jamais qui vient chanter : je veux que les gens viennent pour Patronne, pas pour une performance », précise le restaurateur.
En semaine, l’atmosphère reste feutrée, « un dîner festif » ; le week-end, elle gagne en intensité. Le service débute à 20h30, du mardi au dimanche, et se termine autour de 1h du matin.
Dans un quartier de Gemmayzé qui continue de se réinventer entre nostalgie et renouveau, Patronne parie sur une formule centrée sur la table et l’expérience. « À Beyrouth, on a souvent appris à choisir : soit on mange bien, soit on fait la fête. Ici, nous proposons de ne plus trancher », résume Samer Maroun.
L’ouverture de Patronne illustre la volonté de certains restaurateurs de créer des lieux qui allient gastronomie et convivialité, dans une ville où le choix de la qualité se fait parfois rare.
