Photo fournie par l’établissement
À Medawar, quartier longtemps resté en marge, un nouveau comptoir entend redonner ses lettres de noblesse au sandwich libanais. Mashwa Beirut, ouvert le 5 décembre dernier au bout de la rue d’Arménie, est le fruit d’une réflexion au long cours menée par Makram Rabbath, Fadi al-Hout et Nagib Moussallem, trois amis unis par une même passion pour la cuisine et une volonté assumée de revenir à l’essentiel.
« Nous avons créé un projet qui nous plaisait, parce que nous avons senti qu’il manquait quelque chose sur le marché », résume Makram Rabbath. Ce manque, les fondateurs le définissent comme l’absence d’un comptoir libanais authentique, capable de proposer une cuisine fidèle aux produits et aux gestes traditionnels, tout en s’adaptant aux rythmes contemporains. L’ambition est claire : offrir du libanais à ceux qui veulent bien manger sans nécessairement s’attabler pendant des heures.
Un comptoir libanais pensé pour le rythme d’aujourd’hui
Pensé comme un comptoir pour tous, Mashwa Beirut cible autant les familles que les actifs pressés. Ici, le décor est neutre et le menu succinct : le cœur du projet repose sur la qualité des ingrédients et la précision de l’exécution. La différence se joue d’abord dans la provenance des ingrédients : tous les produits sont libanais, de la viande aux herbes, jusqu’à la farine utilisée pour le pain. Ce dernier est un tannour cuit sur place dans un four traditionnel. Il se veut léger, sans huile ni sucre ajouté, conçu comme un véritable support du sandwich, et non un simple contenant.
Le sandwich, justement, est pensé comme un équilibre : pain, protéine, sauce. « Du vrai produit, de la vraie viande, dans un sandwich moderne », insiste Fadi al-Hout. Une approche qui tranche avec une offre souvent standardisée, et qui s’accompagne d’une attention particulière à l’hygiène et à la rigueur du geste, dans un esprit de snack soigné sans être prétentieux.
L’ouverture de Mashwa Beirut est l’aboutissement de plus d’un an et demi de réflexion et de travaux, pour un investissement avoisinant les 200 000 dollars. Les partenaires ont fondé une SAL, appelée Block 5. La guerre a ralenti le calendrier, mais n’a pas altéré la vision. Au contraire, les fondateurs ont voulu créer un concept intemporel, capable de résister aux soubresauts du contexte libanais. « On croit en l’avenir de ce quartier », confie Nagib Moussallem, convaincu que Medawar est en train de se transformer, porté par un agrandissement de Mar Mikhaël vers l’est.
L’espace, volontairement compact, accueille une dizaine de places à l’intérieur et quatre à l’extérieur, renforçant l’idée du passage et du partage. Les clients peuvent s’installer au comptoir, avec vue sur la cuisine ou la rue. L’addition moyenne tourne autour de 16 dollars et la maison se permet même un clin d’œil : un verre d’arak, provenant de Satyr ou de Ksara, est offert au client pour accompagner son sandwich.
Les parcours des trois associés expliquent en partie la cohérence du projet. Nagib Moussallem évolue dans le milieu de la restauration depuis 2012 ainsi que la livraison en ligne de produits alimentaires. Il a auparavant travaillé pour Addmind jusqu’en 2020. Makram Rabbath lui est passé par l’École hôtelière de Lausanne et est connu notamment pour Le Petit Gris, restaurant iconique de Saïfi. Fadi al-Hout est l’un des fondateurs de Husk et de l’entreprise de traiteur BeyBQ.
Avec 14 employés et 60m2, dont 20 de cuisine ouverte, Mashwa Beirut revendique une atmosphère de maison, ouverte tous les jours de 11h à 23h. Le week-end, la carte s’enrichit de kebbé nayyé, clin d’œil assumé à la tradition. « La viande crue est un repas un peu plus lourd, donc on a préféré garder cette option pour le week-end, cela permet aussi d’éviter les pertes et de garder des produits très frais. » Plus qu’une adresse de plus, Mashwa Beirut s’impose comme une tentative sincère de réconcilier rapidité et authenticité en se focalisant sur l’un des plats les plus iconiques de la cuisine libanaise, le sandwich. « Nous avons des plans de développement au Liban, puis nous penserons à franchiser, mais pas avant un an », explique Makram Rabbath. Un développement maîtrisé, pensé sur le temps long.


Bonne initiative qui mérite plein de succès!
08 h 49, le 02 février 2026