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Moyen Orient et Monde

À travers Gholam Ali Haddad Adel, la haine médiatique face aux néo-principalistes iraniens

Commentaire
26/02/2016

Chef de file de la coalition des néo-principalistes, ou des dits « conservateurs », Gholam Ali Haddad Adel, 69 ans, est une figure mal connue du grand public tant la plupart des médias occidentaux ont jeté l'opprobre sur cet ex-candidat à l'élection présidentielle de 2013. L'ancien député du Majlis, qui en deviendra le porte-parole en 2004, est dépeint comme une personnalité faible, insignifiante. Sa proximité avec le Guide suprême Ali Khamenei ferait de lui un simple exécutant de consignes et d'ordres émanant de l'ayatollah, dont le fils, Motjaba, est également le gendre de Gholam Ali Haddad Adel.


Ces jugements à l'emporte-pièce, réchauffés en 2013 pour discréditer le candidat, ont passé sous silence le parcours universitaire et la richesse intellectuelle de ce militant révolutionnaire de 1979.
Titulaire d'une maîtrise de physique de l'université de Shiraz et d'un doctorat en philosophie de la prestigieuse université de Téhéran, il fait son entrée en politique peu après la révolution populaire islamique. Gholam Ali Haddad Adel est successivement nommé vice-ministre de la Culture et de l'Orientation islamique, vice-ministre de l'Éducation, avant d'accéder à des positions d'importance au sein des institutions socio-religieuses et culturelles en Iran. Il assume la direction de l'Académie de langue et de littérature persane dont il est toujours membre. Il est également le directeur exécutif de la fondation de l'Encyclopédie islamique et membre du Haut Conseil à la révolution culturelle.

 

(Lire aussi : Hassan Khomeyni évincé : les conservateurs ont préféré ne prendre « aucun risque »)


Fort de sa formation en philosophie, de ses connaissances en sciences religieuses et solidement ancré dans cet univers culturel, Gholam Ali Haddad Adel apporte sa contribution à la réflexion sur le rôle des élites politiques en Iran. Non membre du clergé, il n'en est pas moins défenseur d'une vision politique et sociale fortement attachée aux valeurs religieuses. Il est fidèle aux aspirations de la tendance politique dite des « néo-principalistes » qui consacre l'importance du capital religieux dans la construction politique et sociale tout en prônant un nationalisme soucieux de maintenir l'indépendance et la souveraineté de l'Iran. Pourtant, la méfiance et le dédain du discours dominant à l'égard du représentant des « néo-principalistes » iraniens masque les véritables enjeux politiques et économiques qui opposent cette tendance à celle que les défenseurs de la vision occidentale qualifient de « modérés ». Honnis moins pour leur représentation traditionnelle et religieuse de la vie politique et sociale (totalement admise dans le cas des pétromonarchies du Golfe) que pour leur refus de se plier aux diktats des puissances occidentales et leur volonté de préserver l'indépendance et la souveraineté politique et économique de l'Iran, ils sont régulièrement diabolisés ou vulgairement caricaturés.


Or le discours de récrimination à l'égard d'une tendance qui réprimerait avec violence toute intrusion de la modernité culturelle et l'attirance envers les « modérés », produit par le raisonnement binaire et la pensée moralisante, tend à faire oublier deux éléments de fond. Premièrement, la phraséologie du développement économique attribuée aux modérés est aussi une volonté déguisée d'introduire un néolibéralisme des plus sauvages qui mettrait fin au rôle régulateur de l'État, acquis important de la révolution de 1979. Ce néolibéralisme renforçant les stratégies de domination constituerait le principal vecteur de l'homogénéisation culturelle consumériste, pour favoriser la transition vers la « modernité culturelle » en Iran.

 

(Portrait : Hassan Rohani, un « cheikh diplomate » ambigu)


Deuxièmement, le discours des modérés est aussi celui de l'adhésion à cette stratégie dominante, et traduit également des ambitions de pouvoir. Derrière la séduisante rhétorique de l'ouverture économique, la priorité reste celle de fabriquer de nouvelles normes sociales qui, à terme, devraient favoriser l'opération de regime change. Remodeler le système de l'intérieur et transformer le régime en important, par le biais des relations économiques et commerciales, les nouvelles pratiques sociales, culturelles de la « modernité occidentale » qui seraient profondément en contradiction avec les valeurs religieuses et traditionnelles régissant le fonctionnement actuel des institutions politiques et de la vie publique, c'est là le wishful thinking des nouveaux partenaires économiques de l'Iran.


Comme le résume parfaitement Christophe Barbier, rédacteur en chef de L'Express dans son éditorial « Opération Montesquieu contre le régime des mollahs », du 26 janvier 2016 : « Il faut traiter avec l'Iran, parce que nous avons un ennemi commun, Daech (acronyme arabe de l'État islamique), et des intérêts qui ne le sont pas moins ; mais il faut préparer un avenir plus lointain, et voir déjà ce que pourrait être une Perse déturbannée. »


Cette lecture traduit cependant une méconnaissance grave des conditions historiques et culturelles de l'apparition de la révolution iranienne, de la philosophie politique des élites qui se veulent gardiennes de l'héritage révolutionnaire, de la longue expérience politique et des enseignements tirés par un pays qui au cours des trente dernières années a connu un état de siège économique et un isolement diplomatique sur la scène internationale, conséquences de la stratégie américaine d'endiguement. Enfin, elle néglige un autre paramètre fondamental, celui de l'adhésion aux acquis révolutionnaires et la légitimité que concède une majorité nette d'Iraniens au régime actuel. Les incantations « anti-Mollah » n'y changent rien, les néo-principalistes semblent encore avoir de longs et beaux jours devant eux.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Réformisme islamique ! L'existence de ce terme dans les "cours de nos 2 professeurs" leur inspire littéralement de la tristesse !
Pour eux, quiconque étudie la RII saura que le Réformisme qui s’y infiltre a 1 signification toute autre que réformisme : il a au fond ; au fond, voici donc le fond de la sagesse! ; 1 signification de néolibéralisme qui, tout le monde le sait est tel, que tous les intérêts réformistes paraissent insignifiants devant lui !
Mais, si le réformisme signifie néolibéralisme, comment les réformismes peuvent-ils paraître insignifiants au regard de leur propre signification de néolibéralisme ?
Elle et lui ne sont au courant ni de ce qui se passe en la RII, ni de ce qui se passe autour d’eux. Ils ne peuvent arriver nulle part parce que eux qui poursuivent leur œuvre non point sur le réformisme mais sur le néolibéralisme, tout ceci leur demeurera totalement inconnue. Leur "œuvre" n'est donc point sur le réformisme, mais partout sur le néolibéralisme : En se contentant du mot !
Depuis que leurs dires répandent l'idée que tous les travaux (sur)humains en vue d’1 réformisme concernent ce néolibéralisme, nos 2 professeurs peuvent appeler kifkif leurs "ouvrages" sur le Réformisme "les dires" sur le néolibéralisme.
Mais quelle exigence que de demander à nos 2 prof. de puiser le réformisme dans la connaissance de leurs propres dires, alors que leurs dires, dès qu'ils tirent des conséquences sur le Néolibéralisme, tirent des conséquences sur ce Réformisme.

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