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Moyen Orient et Monde

Hassan Khomeyni évincé : les conservateurs ont préféré ne prendre « aucun risque »

Iran-élections

En tentant de briguer une place lors des élections de l'Assemblée des experts, prévue vendredi prochain, le petit-fils du fondateur de la République islamique s'est vu rejeter sa candidature. Ali Vaez, analyste de l'International Crisis Group, et Djamchid Assadi, professeur à l'École supérieure de commerce de Dijon et spécialiste de l'Iran, décryptent pour « L'Orient-Le Jour » le personnage ainsi que les raisons de son éviction.

24/02/2016

Beaucoup le prédestinaient à une brillante carrière politique. Mais il ne suffit pas de porter le nom de Khomeyni et être l'un des quinze petits-fils du fondateur de la République islamique d'Iran en 1979 pour se voir garantir une place de choix pour autant. Le 26 janvier dernier, la candidature de Hassan Khomeyni à l'Assemblée des experts a été rejetée par le Conseil des gardiens de la Constitution. Le descendant du célèbre imam espérait pouvoir intégrer le Majlis, cette Assemblée de 86 sages, (88 aux prochaines élections), élus pour 8 ans au suffrage universel direct. C'est elle qui détient le pouvoir d'élire comme de révoquer le guide de la révolution ou guide suprême.
Quelques jours après avoir été écarté des élections, le religieux de rang intermédiaire, âgé de 43 ans, avait fait appel, sans trop d'illusions. Le 10 février, la décision de l'écarter de l'élection cruciale prévue vendredi prochain est tombée, enterrant toute perspective de mettre un pied en politique pour le jeune clerc, chef de la famille depuis la mort des fils de l'imam. C'est son aîné, Ahmad, 19 ans, qui avait annoncé la disqualification de son père via son compte Instagram.

Considéré comme le représentant charismatique de la famille Khomeyni, il est notamment « l'un des rares clercs qui réussit à combler le fossé entre la classe religieuse vieillissante et la jeune population », confie Ali Vaez, analyste de l'International Crisis Group.
Tuteur, depuis 1995, du mausolée de Khomeyni situé à Téhéran, où son grand-père et son père sont enterrés, Hassan Khomeyni a toujours été considéré comme le plus « éminent » de la troisième génération de la famille. Homme de foi, né et habitant toujours dans la ville sainte de Qom, ce personnage aurait, a priori, de nombreuses raisons d'adopter des positions conservatrices. Or, c'est du côté des pragmatiques à tendance réformatrice que Hassan Khomeyni se range, et notamment « auprès de l'ancien président conservateur pragmatique Hachémi Rafsandjani ».

Ce dernier s'est d'ailleurs offusqué de la décision du rejet de sa candidature. « Qui vous a donné le droit de juger ? Qui vous a donné les tribunes de la prière du vendredi et de la télévision d'État ? » s'est-il interrogé. « Si l'imam (Khomeyni) et la volonté populaire n'avaient pas existé, aucun de ces gens-là n'aurait été là », a-t-il ajouté, selon l'agence officielle Irna.

(Lire aussi : En Iran, le péril jeune)

 

Valeur symbolique
« Les conservateurs n'ont plus besoin de la présence effective de la famille du fondateur du régime. Ils ont tout simplement besoin de sa valeur symbolique, mais sans son intervention. Le régime n'a besoin ni de lui ni de son grand-père, comme le grand inquisiteur dans le chef-d'œuvre de Dostoïevski n'avait pas besoin du retour de Jésus », exprime de son côté Djamchid Assadi, spécialiste de l'Iran.

Souvent critiqué par les ultraconservateurs, la participation aux élections de Hassan Khomeyni a-t-elle été perçue comme une menace à un certain équilibre ? Officiellement, le Conseil des gardiens de la Constitution, qui a la haute main sur les élections en Iran, l'a exclu car il n'a pas pu « vérifier sa compétence scientifique religieuse ». « Si quelqu'un n'a pas participé à l'examen pour faire évaluer son niveau de connaissance théologique, il n'aura pas les conditions requises pour être candidat », avait déclaré Siamak Rah-Peyk, un membre du Conseil. Hassan Khomeyni ne se serait pas présenté à l'examen écrit. Pourtant des membres de sa famille ont déclaré que ce dernier n'a jamais reçu de convocation.

« Si les pragmatiques, menés aujourd'hui par M. Rafsandjani, arrivaient à augmenter leur poids politique au sein de l'Assemblée des experts, ils gagneraient en influence quant à la sélection du successeur à l'ayatollah Khamenei, ce qui exige un vote de majorité des deux tiers », explique Ali Vaez. Selon l'analyste, la candidature d'un personnage aussi populaire que Hassan Khomeyni aurait permis de « galvaniser l'électorat » et « aider les pragmatiques à augmenter leur nombre » lors de la prochaine Assemblée. Cela expliquerait le fait que les conservateurs n'aient pas vu d'un bon œil sa participation, préférant « adopter une approche de risque zéro » en mettant à l'écart le petit-fils de l'imam, parmi les 75 % de candidatures rejetées. M. Assadi partage cette analyse en estimant qu'étant donné que cette Assemblée « évite en général les réformateurs et les modérés, il est "normal" qu'elle évite Hassan Khomeyni ».

Mais l'autre raison, selon l'analyste, se trouverait du côté de la succession même du guide suprême. « Le guide étant gravement malade, sa succession est ouverte. » Or « la présence d'un réformateur, qui plus est de la famille du fondateur, au sein de l'Assemblée des experts, lui donnerait une légitimité pour succéder à Ali Khamenei. C'est la situation que le Majlis veut éviter », poursuit M. Assadi.
Très populaire au sein de l'électorat modéré, Hassan Khomeyni n'est pas prêt, pour l'heure, de marcher sur les pas de son ancêtre. « Mais son exclusion de la politique a en réalité protégé sa réputation dans un environnement politique fortement litigieux en Iran », conclut Ali Vaez.

 

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