Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, en uniforme des Gardiens de la révolution, préside une séance à Téhéran le 1ᵉʳ février 2026. Photo diffusée par l'Agence de presse de l'Assemblée consultative islamique (ICANA) via AFP
L'Iran et les Etats-Unis ont évoqué samedi une percée dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, après des semaines de tensions et de consultations diplomatiques.
« Après plusieurs semaines de pourparlers bilatéraux, on observe une tendance au rapprochement » avec les positions américaines, a affirmé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï à la télévision d'Etat, en révélant que son pays était en « phase de finalisation » d'un protocole d'accord avec Washington en 14 points, en vue de en vue de mettre durablement fin à la guerre. « Cela ne signifie pas nécessairement que nous et les Etats-Unis parviendrons à un accord sur les questions importantes », a-t-il cependant ajouté, soulignant que des différends subsistaient et qu'il s'agit plutôt de « parvenir à une solution mutuellement acceptable ». M. Baghaï a précisé que le dossier nucléaire ne faisait pas partie « à ce stade » de l'accord en discussions.
« De manière générale, ce protocole d'accord vise à mettre fin à la guerre, à l'agression américaine et à ce qu'ils appellent eux-mêmes le blocus naval. La question du gel des avoirs iraniens figure parmi les principaux points qui seront traités », a-t-il détaillé.
Quelques minutes auparavant, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avait estimé qu'il y avait « une chance » que l'Iran accepte un accord visant à mettre fin à la guerre dès samedi. « Il est possible que plus tard aujourd'hui, demain ou dans quelques jours, nous ayons des informations à communiquer », a déclaré M. Rubio aux journalistes à New Delhi, ajoutant qu'il espérait avoir de « bonnes nouvelles ».
Cette percée apparente est intervenue après des semaines de blocages et de menaces. Encore samedi, le principal négociateur iranien avait promis une réponse « écrasante » si les Etats-Unis reprenaient leur guerre contre l'Iran, dans la foulée d'informations de médias américains sur le fait que le président Donald Trump envisageait de nouvelles frappes contre Téhéran.
Chef de l'armée pakistanaise à Téhéran
« Nos forces armées se sont reconstruites pendant la période de cessez-le-feu de telle manière que si Trump commet un autre acte insensé et relance la guerre, (les conséquences) seront certainement beaucoup plus écrasantes et amères pour les Etats-Unis que le premier jour de la guerre », a prévenu Mohammad Bagher Ghalibaf.
Il a tenu ces déclarations à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, venu dans la capitale iranienne dans le cadre des efforts de médiation d'Islamabad, avant d'en repartir samedi. Après plus d'un mois de guerre qui a fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale, un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis.
Selon CBS News, des militaires américains se préparent à d'éventuels bombardements au cours du week-end, qui dure jusqu'à lundi aux Etats-Unis. Vendredi, Donald Trump a rassemblé ses plus proches conseillers pour discuter de la guerre, a affirmé Axios. Le président américain a en outre annoncé qu'il ne pourrait pas assister au mariage de son fils aîné Don Jr. aux Bahamas ce week-end, et qu'il devait rester à Washington pour des « raisons ayant trait aux affaires de l'Etat ».
Arrivé vendredi à Téhéran, le maréchal Munir a également discuté avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Ce dernier a aussi eu des entretiens téléphoniques diplomatiques avec ses homologues de Turquie, d’Irak, d'Oman et du Qatar, a rapporté l’agence de presse officielle Irna. L'émir de ce dernier pays, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a discuté samedi au téléphone avec M. Trump et a appelé à « donner la priorité aux solutions pacifiques », selon son bureau.
Poursuite des frappes au Liban
Le Qatar, comme d'autres pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis, a été visé par des tirs iraniens de représailles sur son territoire lors des premières semaines de la guerre, déclenchées par une attaque israélo-américaine contre l'Iran le 28 février. « L'Amérique ne gagnera pas ce conflit, et ce sont les pays de la région et du monde qui subiront de lourdes pertes », a prévenu samedi le président iranien, Massoud Pezeshkian.
Donald Trump cherche une issue à cette guerre impopulaire dans son pays, qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du blocage du stratégique détroit d'Ormuz par Téhéran, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.
Alors que l'Iran et les Etats-Unis échangent depuis des semaines des menaces, des Iraniens ne cachent pas leur lassitude. « L'état de 'ni guerre ni paix' est bien pire que la guerre elle-même. On ne peut même pas prévoir quelque chose d'aussi simple que s'inscrire à une salle de sport — encore moins des projets plus importants », déplore Shahrzad, une femme au foyer de 39 ans, jointe au téléphone depuis Paris.
Au Liban, l'armée a annoncé qu'une frappe israélienne avait ciblé samedi une caserne dans le sud du pays, blessant un soldat, au moment où Israël multiplie les raids et appels à évacuer dans plusieurs villages en dépit du cessez-le-feu avec le mouvement pro-iranien Hezbollah. Ce dernier et l'armée israélienne s'accusent mutuellement de violer au quotidien une trêve entrée en vigueur le 17 avril.
Le Hezbollah a affirmé samedi qu'un message en provenance de l'Iran montrait qu'il n'abandonnerait pas le groupe libanais pro-iranien, et que la dernière proposition de Téhéran visant à mettre fin à la guerre avec les Etats-Unis incluait un cessez-le-feu au Liban.



Désarmement du Hezbollah : négocier avec l’Iran est-il réaliste ?