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Moyen Orient et Monde

« J’ai l’impression de faire le jeu d’un système politique avec lequel je ne suis pas d’accord »

Reportage

En Iran, les citoyens restent divisés à l'approche des élections.

26/02/2016

En cette veille d'élections cruciales, le calme régnait hier dans le quartier huppé du nord de Téhéran. Après une semaine de campagne électorale express, les photos des candidats aux dimensions bien réglementées se disputent encore les emplacements prévus pour l'occasion.
Face à l'une d'elles, Zeinab, 24 ans, se tâte encore : « Je ne sais pas pour qui voter. J'ai l'impression de faire le jeu d'un système politique avec lequel je ne suis pas tout à fait d'accord », confie cette étudiante en littérature.
Aujourd'hui, les Iraniens sont appelés aux urnes pour élire les 290 députés parlementaires et les 88 membres de l'Assemblée des experts, celle qui se chargera de nommer le prochain guide suprême de la République islamique. Selon la police nationale, 250 000 membres des forces de sécurité seront déployés vendredi dans les quelque 50 000 bureaux de vote répartis dans tout le pays. Il s'agit des premières élections depuis la signature, l'an dernier, de l'accord historique sur le nucléaire, ayant abouti à la levée des sanctions contre l'Iran.

 

(Commentaire : À travers Gholam Ali Haddad Adel, la haine médiatique face aux néo-principalistes iraniens)


Les regards sont donc tournés vers ce pays qui s'ouvre mais un fait s'impose : les factions ultraconservatrices semblent résolues à tout faire pour sauvegarder la mainmise sur les principales instances politiques de l'Iran. La présence des réformateurs et des modérés a certes été revue à la hausse (90 % d'entre eux avaient été initialement disqualifiés), mais ils restent néanmoins largement minoritaires par rapport à leurs concurrents, les conservateurs. Pour l'aile réformatrice du président Hassan Rohani, en poste depuis 2013, tout l'enjeu du scrutin est de parvenir à consolider une base au Parlement apte à soutenir les politiques économiques et sociales engagées à ce jour.


Dans un quartier populaire du sud de la capitale iranienne, un centre culturel et de nouveaux espaces verts ont récemment été aménagés pour redonner vie et couleurs là où l'enfer de la drogue se mêle à l'extrême pauvreté. À Shoush, tout le monde connaît la « Maison du Soleil », ce centre de soins mis à la disposition des femmes toxicomanes. L'une des assistantes sociales regrette le « désintérêt » des autorités face à ce qu'elle qualifie de « fléau dont personne ne parle ». « Le pays a les moyens de sauver son économie et de permettre aux pauvres de s'en sortir en leur donnant du travail et une possibilité de se réinsérer dans la société (...) Mais rien n'est fait dans ce sens », confie-t-elle. « Nous, on voit ce qui se passe sur le terrain, on voit les dégâts du chômage et de la hausse des prix », poursuit-elle.

 

(Portrait : Hassan Rohani, un « cheikh diplomate » ambigu)


Si l'administration Rohani est parvenue à stabiliser l'inflation à 13 %, le chômage constitue un véritable désastre au sein de la population. Si les statistiques officielles l'établissent à 10 %, certaines estimations font grimper le taux d'inactivité à 25 %. Et la désillusion est palpable chez certains Iraniens. « À quoi ça sert d'aller voter ? se demande une jeune femme de 30 ans, employée chez Iran Khodro, le plus grand constructeur automobile du Moyen-Orient. J'ai peut-être tort de penser comme cela mais puisque tout est décidé d'avance, je me pose des questions sur l'utilité de ma voix. »


Tout aussi crucial que celui des législatives, le résultat de l'élection de l'Assemblée des experts déterminera le paysage politique iranien pour les dix prochaines années. Pour les autorités iraniennes, légitimer ces élections aux yeux du monde est capital et les appels à une participation massive des citoyens ont fusé de toute part. À commencer par le guide suprême Ali Khamenei. Après avoir lancé – via son site Internet – une fatwa contre le vote blanc et l'abstention, c'est sur son compte Twitter que le guide s'est exprimé mercredi. « Après trente-sept ans de pressions et de sanctions, nos ennemis n'ont pu empêcher l'allégeance des citoyens à la grandeur de la révolution islamique », a-t-il affirmé.


À 28 ans, Mostafa est chauffeur de taxi indépendant. Il savait déjà hier qu'il irait voter aujourd'hui car pour lui, il s'agit de préserver la stabilité et la sécurité de l'Iran. « Sans ce régime, notre pays serait en mille morceaux », assure-t-il.

 

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