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La Dernière

Sarah Beydoun voulait faire quelque chose pour aider...

Dans la peau d’une femme
20/01/2015

Ses sacs sont désormais connus dans le monde entier, et ce qui n'était il y a quinze ans qu'une petite initiative pour aider les prisonnières est devenu une grande entreprise qui a pignon sur rue à Beyrouth, mais aussi en France et dans d'autres coins du monde. Sarah Beydoun est fière du succès de « Sarah's Bag », même si elle ne veut pas s'en attribuer tout le mérite. D'une voix douce, qui cache bien la fermeté dont elle sait faire preuve lorsqu'il le faut, Sarah raconte qu'elle avait 25 ans et faisait des études de sociologie lorsqu'elle a décidé de faire sa thèse sur la prostitution au Liban. Elle a donc décidé de faire un stage à Dar el-Amal (un centre de réhabilitation pour les prostituées). En six mois, elle a entendu des histoires incroyables et elle a surtout côtoyé des femmes qui, après avoir voulu la choquer et la déstabiliser, ont commencé à lui montrer l'étendue de leur misère physique et morale. Sarah a voulu faire quelque chose pour les aider. Elle a donc commencé par leur apprendre à écrire, avant de leur donner des cours de sport. Mais cela ne lui a pas suffi. Elle voulait les aider réellement à se reprendre en main. C'est alors que la directrice du centre lui a suggéré de se rendre en prison où les femmes sont plus nombreuses et où l'aide sera donc plus efficace et utile.

En mai 2000, Sarah Beydoun entre pour la première fois dans la prison de Baabda. Elle propose aux détenues de fabriquer des bracelets qu'elle se chargerait de vendre tout en leur donnant le prix de leur travail. Mais très vite, elle juge l'idée des bracelets banale et décide de fabriquer des sacs. L'idée était de créer des sacs personnalisés. Elle a donc débarqué à la prison avec son canevas et a immédiatement perçu l'intérêt des détenues qui non seulement étaient douées, mais de plus étaient motivées pour gagner de l'argent, alors qu'elles en avaient énormément besoin. Certaines ont d'ailleurs utilisé l'argent ainsi gagné pour payer un avocat... Très vite, le mécanisme s'est mis en place. Sarah se rend une fois par semaine à la prison des femmes de Baabda et de Tripoli avec le matériel : des perles, des canevas, du crochet et des tissus pour broderie. Elle les remet à 50 détenues en leur fixant autant que possible des délais car, en prison, la notion du temps n'existe pas.


Avec le temps, certaines détenues ont achevé de purger leur peine et Sarah a décidé de continuer à les faire travailler, d'abord parce que cela facilite leur réinsertion dans la vie civile, ensuite parce que cela leur donne confiance en elles. De retour dans leurs villages, elles peuvent même recruter des aides, ce qui leur permet de gagner de la notoriété. Sarah fait ainsi travailler 150 femmes hors des prisons, en plus des détenues. Elle est à la tête d'une équipe de 50 personnes et son entreprise a des points de vente en France. Lorsqu'on lui dit que ses sacs sont chers, elle répond que le travail artisanal est rare et tous les objets fabriqués par « ses femmes » (car il y a maintenant des gants, des souvenirs de naissance et même des caftans) ont une âme. D'ailleurs, à l'intérieur de chaque sac, une petite carte en raconte l'histoire... Sarah confie aussi qu'à chacun de ses deux accouchements (elle a deux fils), lorsqu'on lui demandait ce qu'elle ressentait, elle répondait : « C'est comme lorsqu'un sac est fini ! Une énorme plénitude. » Rien ne lui fait ainsi plus plaisir que de voir ses sacs portés par Amal Alamuddin Clooney, Nadine Labaki , Catherine Deneuve et Zaha Hadid, pour ne citer qu'elles. Mais pourquoi ne s'occuper que des femmes ? « Parce que je crois en elles, dit-elle. Elles ont beaucoup à donner. »

 

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