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La Dernière

Nadine Labaki, femme multiple

Dans la peau d’une femme
25/11/2014

Nadine Labaki, c'est mille histoires en une seule. Derrière l'image lisse de la réussite et la voix qui est aujourd'hui pour une grande partie des Libanais celle du succès, il y a une femme multiple et un parcours atypique. Difficile de raconter un tel foisonnement d'idées et d'expériences en quelques lignes. Par où commencer ? La petite fille rêveuse qui se laissait bercer par les souvenirs nostalgiques de son père qui fantasmait sur les jeunes filles élégantes qui venaient voir les films projetés dans la salle de cinéma de son propre père sur la place principale à Baabdate ? Par l'adolescente enfermée de force chez elle par la guerre et qui s'évadait à travers les films qu'elle louait à la boutique en bas de chez ses parents ? Si l'on suit ce schéma, on peut dire que Nadine Labaki a le cinéma dans le cœur depuis sa plus tendre enfance. Mais il n'y a pas que cela.

Chez cette femme qui refuse de se laisser enfermer dans les stéréotypes et dont la plus grande angoisse est de ne vivre qu'une seule vie, il y a surtout un besoin de s'exprimer qu'elle parvient à satisfaire à travers les films.

Enfant, elle disait déjà à son entourage : quand je serai grande je réaliserai un film, et cela faisait rire tout le monde. Aujourd'hui, c'est elle qui rit non seulement parce qu'elle a relevé le défi, mais aussi parce que le cinéma est devenu le moyen pour elle de faire face à ses frustrations et de poser les grandes questions qui hantent son esprit. Pourquoi les femmes au Liban paraissent-elles en général mal dans leur peau, comme si elles avaient des comptes à régler avec la société ou comme si la société avait des comptes à régler avec elles ? Pourquoi la plupart d'entre elles semblent cacher un désir d'avenir inassouvi ? Ce fut donc l'objet de son premier film, Caramel, devenu possible grâce à sa rencontre par hasard au Festival du film européen à Beyrouth avec une productrice française qui a décidé de partager son aventure. Ensuite, les incidents du 7 mai 2008 l'ont poussée à se poser d'autres questions : comment les habitants d'un même quartier peuvent-ils brusquement basculer dans la guerre civile, après s'être vantés pendant des années de vouloir la paix civile et la coexistence ? En tant que mère, elle s'est demandé jusqu'où elle pourrait aller pour empêcher son fils de se laisser entraîner sur cette pente. Et ce fut Et maintenant, on va où ?, un film qui a marqué les esprits au Liban et ailleurs. Même si elle est maintenant dans d'autres projets (tout en ne négligeant pas la publicité qui lui a ouvert la voie du cinéma), qui commencent toujours par des questions existentielles tirées de notre quotidien. Mais chez Nadine Labaki, il n'y a ni provocation ni agressivité.

C'est une « rebelle soft », si l'on peut dire, pour qui le changement doit se faire en douceur. Son regard sur la société et ses problèmes n'est jamais celui du juge mais celui de quelqu'un qui cherche à comprendre. Elle n'y arrive pas toujours et, surtout, elle n'a pas de réponse à toutes les questions, mais elle poursuit son chemin, comme dans la pub, ayant trouvé dans la réalisation de films sa façon de militer, et dans les rôles la possibilité de vivre mille vies et de camper « légitimement » d'autres personnages. Dans la vraie vie, elle se réalise en réalisant des films, tout en posant toujours un regard neuf et un peu naïf sur les gens et sur les événements. Ce regard qu'elle qualifie d'innocent, elle ne l'échangerait pour rien au monde contre le cynisme de ceux qui croient savoir...

 

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CBG

Une femme libanaise qui a osé ! Et réussie!
Bel article!

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