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La Dernière

Sawsan Safa et « l'affaire »

Dans la peau d’une femme
13/01/2015

C'est à cause d'une malencontreuse phrase prononcée face à un micro inopportunément ouvert que la vie de Sawsan Safa a basculé. La présentatrice de bulletins télévisés et de talks-shows à la chaîne NBN n'oubliera jamais ce sinistre 13 juin 2007 lorsque le député membre du courant du Futur Walid Eido a été assassiné. Huit ans après, elle continue à évoquer ce moment avec émotion et tristesse. Elle était de permanence à la télé et elle parlait avec l'ingénieur du son, sans savoir qu'elle était en direct. La nouvelle de l'attentat contre Eido venait d'être annoncée et, avec maladresse, elle a rappelé les prévisions de l'un des nombreux « astrologues » très en vogue dans les médias libanais qui avait annoncé l'attentat et laissait entendre qu'un autre devrait suivre qui pourrait frapper le député Ahmad Fatfat. La jeune femme ne s'est rendu compte de rien et elle a poursuivi la présentation du bulletin télévisé ce soir-là. Mais en quittant le studio des news, vers 22h30, elle a immédiatement senti qu'une catastrophe s'était produite. Les locaux de la chaîne étaient sens dessus dessous et on lui a signifié qu'elle était renvoyée de son travail (elle a été réintégrée depuis).

 

L'ingénieur du son lui explique l'énorme tollé provoqué par sa phrase malencontreuse. Sawsan Safa n'avait jamais imaginé que la petite phrase qu'elle regrette infiniment aujourd'hui pouvait avoir un tel impact. Le 14 Mars et Ahmad Fatfat en particulier s'en sont aussitôt saisis pour l'accuser d'être de connivence avec les assassins. À travers elle, c'est le président de la Chambre Nabih Berry, propriétaire de la chaîne, ainsi que l'ensemble du 8 Mars qui étaient visés. La phrase qu'elle a prononcée, et qui n'était pas destinée à l'antenne, était soudain devenue le symbole de la division profonde du pays et Sawsan a déclenché malgré elle une tempête dont elle a été la première victime. Le ministre Fatfat et la famille Eido ont déposé des plaintes contre elle et elle a été convoquée par le parquet pour un long interrogatoire de six heures où elle a été accusée d'être à la solde de la Syrie et la complice des assassins, etc. Sawsan raconte aujourd'hui qu'elle ne se reconnaissait pas dans l'image d'elle répercutée dans les médias et à travers les déclarations des politiciens. « J'avais honte de moi-même, dit-elle. Et je me demandais si j'étais réellement cette personne sans cœur que l'on décrivait. J'ai trois enfants et j'avais peur qu'ils n'entendent des choses désagréables sur moi. Je voulais disparaître. Ayant un passeport français, j'ai voulu quitter le pays, mais je devais rester sur place à cause de la plainte judiciaire en cours. »


Les manifestations de soutien de la part du 8 Mars se sont aussi multipliées. La petite phrase était devenue « l'affaire Sawsan » et elle cristallisait désormais tous les démons du pays. La situation échappait totalement à la jeune femme qui a dû consulter un psychologue et aller voir un cheikh pour se réconcilier avec elle-même. C'est en voyant aujourd'hui l'émotion et l'élan de solidarité suscités par l'odieux attentat contre Charlie Hebdo en France et après les attentats contre Jabal Mohsen qu'elle a accepté de revenir sur cet épisode pénible. Chaque camp a voulu l'utiliser pour son compte. Tout en assumant ses affinités politiques en tant que fille du Sud qui mesure l'importance de la résistance, elle confie n'avoir jamais voulu la mort de qui que ce soit. « On ne m'a pas donné l'occasion d'expliquer mon point de vue. Les médias m'ont condamnée ou louée, selon leurs options, mais personne ne m'a laissé m'exprimer », dit-elle, avant d'ajouter que ce qui manque au Liban, c'est une véritable unité nationale face aux dangers et aux épreuves.

 

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Olivier Georges

"Tout en assumant ses affinités politiques en tant que fille du Sud qui mesure l'importance de la résistance, elle confie n'avoir jamais voulu la mort de qui que ce soit. « On ne m'a pas donné l'occasion d'expliquer mon point de vue. Les médias m'ont condamnée ou louée, selon leurs options, mais personne ne m'a laissé m'exprimer », dit-elle, avant d'ajouter que ce qui manque au Liban, c'est une véritable unité nationale face aux dangers et aux épreuves" = il est vrai qu'on a des affinités selon la région géographique dont on est originaire. S'est-elle exprimée depuis? Cela aurait pu compléter l'article au passage. L'unité nationale ne peut être garantie à condition d'avoir toutes les composantes politiques et sociétales dans une même nation (avec donc un seul et unique pouvoir politique). Il est également compliqué de faire face ensemble au danger quand ce même danger est dans nos rangs...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Wallâh yâ äamméh, elle est super bien cette Sawsan ! Malgré le fait "qu'on lui avait signifié qu'elle était renvoyée de son travail, heureusement, yâââï, qu'elle a été réintégrée depuis ; khâââï ! Sans oublier, mahééék, que la jeune femme a dû consulter un psychologue et aller surtout voir un cheikh pour se réconcilier avec elle-même." ! Mais bon, tout est bien qui finit bien ! Allâh yérhamôh, n'est-ce pas, Walid Eïdo....

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