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La Dernière

Zeina Daccache

Dans la peau d’une femme
18/11/2014

Quand les gens la rencontrent dans la rue, ils ne peuvent s'empêcher de lui sourire et de l'aborder comme si elle était leur vieille amie. À leurs yeux, elle reste la sympathique « Izo » qui les fait rire chaque semaine dans la série satirique Basmat watan. Mais Zeina Daccache est bien plus que cela, une intelligence redoutable et une nature passionnée qui la poussent à vouloir toujours autre chose, de plus inaccessible, sans craindre les difficultés et les défis. Son sens de l'humour lui permet de regarder le monde (et elle-même) avec une lucidité amusée, et les nombreuses questions existentielles qui la hantent la mènent à sortir des sentiers battus, sans craindre de casser son image. Zeina Daccache aurait donc pu continuer à être cette star du comique. Mais cette carrière sans surprise ne pouvait pas lui suffire. Elle avait même l'impression d'étouffer, évoluant dans un cercle vicieux, le monde clos des artistes, et passant à côté de ce qui était peut-être la réalité et le concret. Son esprit alerte et sa curiosité ne pouvaient pas ne pas la pousser à vouloir aller vers cette réalité que dans son monde artiste on ne faisait qu'effleurer en la transformant en histoire dramatique ou drôle. Zeina s'est donc rendue à Londres où elle a travaillé avec Philippe Gaulier qui a eu cette phrase cinglante : « Si vous êtes ennuyeuse en tant qu'actrice, il faut essayer la banque. » C'est là qu'elle a eu l'idée d'introduire le théâtre dans la vie de tout le monde, comme un moyen d'expression et comme une thérapie. Enthousiasmée, elle a donc décidé de la concrétiser en se rendant aux États-Unis où elle a suivi des cours dans ce domaine à l'Université du Kansas, avant de revenir au Liban en 2007 pour fonder sa propre ONG, Catharsis, chargée d'utiliser le théâtre comme thérapie sociale.

 

 (Pour mémoire : Dans les prisons libanaises, les détenus renouent avec la vie)


C'est là que les difficultés ont commencé. Comment faire accepter aux autorités que le théâtre pourrait être utile aux prisonniers, qu'ils soient trafiquants de drogue, détenus condamnés à la prison à vie pour assassinat ou simples malfaiteurs ? Comment aussi réussir à convaincre les prisonniers eux-mêmes qu'ils peuvent danser, chanter ou jouer sur des planches, alors qu'ils ont souvent perdu toute confiance en eux et tout contact avec l'art ? Comment encore se démener à apprendre un rôle à un prisonnier pour apprendre à la veille du spectacle qu'il a été relâché ? Mais de telles difficultés ne peuvent pas arrêter Zeina qui, en découvrant l'univers de la prison, n'a pas craint de s'y plonger, tissant des liens souvent émouvants avec les détenus. Son action à Roumié l'a tellement marquée qu'elle a choisi de tourner un film avec les détenues de la prison des femmes à Baabda. Et c'est une nouvelle histoire qui a commencé... et qui a été couronnée par la sortie de Journal de Shéhérazade, un documentaire de 80 minutes qui sort cette semaine dans les salles après avoir été primé dans plusieurs festivals.


Comme elle refuse de dormir sur ses lauriers, Zeina prépare une pièce avec les employées de maison étrangères qui devrait être achevée à la fin de l'année. En même temps que son mariage prévu lui aussi en décembre. Ce tourbillon, c'est sans doute sa thérapie à cette écorchée vive, qui ne peut pas voir le malheur des autres sans réagir, en repoussant sans cesse les frontières de l'art, son cinéma à elle.

 

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