X

La Dernière

Raya Daouk, une femme de vision et de convictions

Dans la peau d’une femme
09/12/2014

Pas étonnant que Raya Daouk soit la présidente de l'Apsad (Association pour la protection des sites et anciennes demeures). Dans la Villa Daouk, construite par Omar Daouk, qui a formé le premier gouvernement arabe après le départ des Ottomans en 1918, où elle réside depuis son mariage, il n'y a de place que pour le beau, le raffiné et l'élégant. Ici, on est loin du clinquant des soirées mondaines et même des bruits de la ville. Au cœur de Beyrouth, à Koraytem, Mme Daouk a voulu préserver son havre de paix, s'occupant personnellement des fleurs, des plantes et des oiseaux, comme s'ils étaient des êtres chers. Ce lieu, elle le chérit pas seulement parce qu'il est le sien, mais aussi parce qu'il a une âme et une mémoire. Dans cette villa, Rachid Karamé et son père venaient dormir avant d'avoir un appartement à Beyrouth. Et c'est au cours d'une des visites de Rachid Karamé qu'elle a appris qu'un général était sur le point d'être nommé commandant en chef de l'armée, c'était le général Michel Aoun, avec lequel elle a établi une relation de confiance qui a d'ailleurs fait d'elle un membre fondateur du CPL.


Dans la vie de cette femme de caractère, tout tourne autour de la morale et des valeurs. Dans son militantisme politique, dans ses aides sociales, qu'elle donne à ceux qui viennent frapper à sa porte, et dans son combat permanent à la tête de l'Apsad (qu'elle préside depuis 9 ans), elle a toujours pour objectif l'idée de préserver la mémoire du Liban et l'idée qu'elle se fait de ce pays dont elle a connu les grands et les petits moments. Elle se bat ainsi pour sa vision et ses convictions, n'épargnant personne, ni les amis ni les rivaux. C'est ainsi que l'idée d'installer un restaurant et une salle polyvalente dans l'enceinte du Musée national la met hors d'elle. Pour elle, il s'agit d'une entreprise lucrative alors que le musée est un espace de mémoire et d'histoire. Selon elle, ouvrir un restaurant et une salle polyvalente dans ce lieu créerait aussi un précédent. Comment empêcher ensuite la construction d'une piscine au palais de Beiteddine ou d'un hôtel au pied des colonnes de Baalbeck ? Elle a donc déposé une plainte dans ce sens devant le Conseil d'État au nom de l'Apsad. Mais elle a aussi réussi à empêcher des constructions près du pont naturel de Fakra et elle a pu préserver la maison de Zaki Nassif à Machghara, qui deviendra un musée, mais aussi une école de musique pour les enfants talentueux. Avec les musées Gibran Khalil Gibran, Mikhaël Neaïmé et Maroun Abboud, elle espère créer un tourisme culturel au Liban. Raya Daouk est convaincue qu'il existe dans ce pays beaucoup de gens talentueux. Il faut simplement les valoriser, en leur donnant des opportunités, même si aujourd'hui ce sont les politiciens qui occupent le devant de la scène.


Veuve depuis 18 ans, elle mène seule ses combats, en femme libre. Dans un paysage stéréotypé, elle sort de l'ordinaire, affirmant d'ailleurs avec humour : « Si je marche dans les pas des autres, je ne laisserai pas de traces. » Elle ne craint donc pas de faire cavalier seul, soucieuse de laisser à ses enfants et à ses petits-enfants l'image d'une femme qui s'est battue pour ses convictions et qui considère que la morale devrait faire partie du patrimoine libanais. Aujourd'hui, ce qu'elle déplore le plus, c'est ce qu'elle appelle « la désertification intellectuelle ». Mais Raya Daouk ne baisse pas les bras, elle ne l'a jamais fait, ni quand les Syriens la menaçaient dans sa maison ni lorsque le béton dévore de plus en plus les arbres de la ville.

 

Dans la même rubrique

Lubna Ezzeddine

Nadine Labaki, femme multiple

Zeina Daccache

Nada Abou Farhat

Nabila Farès

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Et qu'en pense Näämttallâh-Ftoûhhh ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EST-CE QUE CE "COLLIER" EST EMPRUNTÉ À LA COLLECTION ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

En effet du CPL ! On dirait la Gilberte de ce même CPL.... et son "naturel" !

Dernières infos

Les signatures du jour

Ziyad MAKHOUL

L’édito de Ziyad MAKHOUL

Le califat est mort, vive le califat

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pompeo et les nuances entre le fond et la forme

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué