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La Dernière

Nabila Farès

Dans la peau d’une femme
04/11/2014

Se faire appeler « Your Honor » et intervenir devant l'Assemblée générale des Nations unies, en tant que « mayor de Rabieh » en 1994 (dans le cadre de la Conférence internationale des maires pour le développement social), ne lui est pas monté à la tête. Au contraire, Nabila Farès, maire de Rabieh depuis 1985 et présidente d'Acsauvel, préfère travailler dans la discrétion totale, loin des sirènes du pouvoir et des feux des projecteurs. Son CV peut s'étaler sur plusieurs pages et ses actions au service de la communauté et des enfants à besoins spéciaux en disent long sur son dévouement et sur son sens social.

Elle est d'ailleurs l'une des rares moukhtars du Liban qui ne prend pas de rémunération pour ses services. Ce qui d'ailleurs lui pose aujourd'hui des problèmes, puisque les travailleurs syriens du Metn veulent tous désormais faire leurs papiers chez elle, tant qu'il n'y a pas de frais à payer... Mais Mme la moukhtar ne se laisse pas faire et exige des preuves qu'ils sont bien dans cette localité, résistant en cela à toutes les pressions. Sa vie est d'ailleurs une bataille de tous les instants, contre les injustices sociales, contre les lenteurs et les couacs de l'administration publique, contre la difficulté à réunir des fonds pour son projet d'agrandissement d'Acsauvel en période de crise et aussi contre l'ignorance et parfois un certain machisme...

S'il est vrai que Nabila Farès a commencé sa carrière de moukhtar de Rabieh par un décret présidentiel, elle s'est bien rattrapée depuis, se faisant élire régulièrement à cette fonction. En 1985, le précédent moukhtar était décédé depuis 4 ans et les habitants avaient besoin d'un remplaçant pour cesser d'aller ailleurs faire leurs papiers. Le conseil municipal l'a choisie, en dépit des réserves de son mari Farès, peu enthousiaste à l'idée de voir sa femme se mêler de la chose publique. Le ministre de l'Intérieur de l'époque Joseph Skaff a accepté, et un décret présidentiel a officialisé sa désignation. Nabila Farès a pris ce choix comme une mission sociale à remplir, elle qui s'est spécialisée dans ce domaine par passion. Une passion qui ne s'est jamais démentie et qui est devenue, au fil des ans, une profession de foi.

Son statut d'une des premières moukhtars du Liban lui a valu quelques commentaires qu'elle raconte aujourd'hui avec humour. Par exemple, à un des barrages de la période de la guerre, en sachant qu'elle est moukhtar de Rabieh, le milicien s'écrie :« Pourquoi, il n'y a plus d'hommes dans cette localité ? » Une autre fois, elle se trouve chez le préposé au statut personnel en présence d'un moukhtar qui insiste pour une formalité illégale. Mme Farès vient au secours du préposé accablé et cela lui vaut un très sec : « De quoi vous mêlez-vous ? Ce sont des questions auxquelles vous ne connaissez rien », de la part du moukhtar...


Évidemment, ces incidents ne pouvaient pas décourager une femme aussi déterminée, connue de tous les habitants de Rabieh qui n'ont jamais voulu renoncer à elle. Sa vaste expérience de la chose publique lui donne une grande lucidité, mais aussi une certaine amertume face à la légèreté de certains responsables. Mais le domaine qu'elle préfère reste celui de l'action sociale, « où, dit-elle, elle a toute la latitude pour agir sans les contraintes administratives ». Proche de Charles Malek et de sa femme Eva, elle est aussi la secrétaire générale de la Fondation Charles Malek depuis 1987. Sa devise ? Aller de l'avant. Une femme de caractère en somme.

 

Pour mémoire
L'œuvre de Nabila Farès, un alliage rare d'éthique et de style

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

C'est inimaginable ! Mais, comment une parfaite militante pareille, a-t-elle pu inscrire dans ses registres de Râbïyéééh un pareil aigri et amer bigaradier ; yâ hassértéééh !

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