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Liban

Aoun tranche et refuse de faire pression sur Bassil

Vie politique

Le chef de l’État dément avoir subi des pressions US pour initier la réconciliation interdruze.

20/08/2019

Alors que la crise de Qabr Chmoun vient à peine d’être jugulée à la faveur d’une réconciliation politique parrainée par Baabda et couronnée samedi par un accueil chaleureux réservé par le Parti socialiste progressiste au chef de l’État Michel Aoun, qui vient juste de prendre ses quartiers d’été au palais de Beiteddine, ce dernier a envoyé hier un double message plein d’ambiguïté au sujet de la relation complexe qu’il entretient avec son gendre et chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

En affirmant lors d’une discussion à bâtons rompus avec les journalistes, et en réponse à une question, qu’il refuse de faire pression sur M. Bassil ou sur n’importe quel autre responsable comme souhaité par certaines parties politiques – une attitude qui sonne comme un rappel de son rôle d’arbitre qui se veut au-dessus de la mêlée –, le chef de l’État ne s’est pas privé de souligner que son gendre reste en définitive le chef du plus grand groupe parlementaire, et que par conséquent, c’est en cette qualité qu’il faut directement négocier avec lui les dossiers litigieux.

C’est la première fois que le chef de l’État évoque la question de la distinction des rôles (certains diront la répartition) entre lui et le chef du CPL, depuis qu’il a parrainé il y a une dizaine de jours la réconciliation entre le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt et son rival druze, le député Talal Arslane, qui avait mis fin à une crise politique dont les origines ont été imputées aux « propos provocateurs » de M. Bassil lors de sa tournée dans la Montagne. « Certains politiciens viennent me voir et me demandent de faire pression sur le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil », a affirmé le chef de l’État. « Je n’effectuerai de pression sur personne et je dis à ces responsables qu’ils doivent parler directement à Gebran Bassil et reconnaître sa position de chef du plus grand groupe parlementaire », a-t-il souligné.

À plusieurs reprises, des responsables, notamment Walid Joumblatt et le chef des Forces libanaises Samir Geagea, ont appelé Michel Aoun à agir face aux agissements de M. Bassil, accusé de provoquer des dissensions politiques et confessionnelles entre les différentes parties. Lors d’un entretien télévisé il y a trois semaines, M. Geagea avait laissé entendre que le président se désistait et refusait de trancher toutes les fois qu’il était sollicité pour résoudre un dossier litigieux, préconisant de prendre directement contact avec la personne concernée, c’est-à-dire M. Bassil.


(Lire aussi : Après la visite de Washington, Hariri interlocuteur privilégié des États-Unis)



L’absence de Bassil

C’est aux propos du chef des FL notamment que M. Aoun faisait allusion. « Nombreux sont ceux qui ont prétendu que Gebran Bassil est devenu le chef de l’État effectif, m’attribuant le titre de chef du CPL. Cela me faisait rire », a ajouté M. Aoun en réponse à la question d’un journaliste qui lui demandait si les rumeurs selon lesquelles les États-Unis ont conseillé au président d’écarter M. Bassil étaient vérifiées. « Je n’ai pas intérêt à le faire ni avec lui ni avec personne d’autre », a encore répondu le chef de l’État.

Gebran Bassil n’était pas présent au palais de Baabda lors de la réconciliation interdruze, ni lors de la réunion du gouvernement qui s’est tenue le lendemain. Une absence qui s’explique, selon les milieux aounistes, par le fait que c’est le chef de l’État, chargé protocolairement de décider du choix des parties dont la présence était nécessaire, qui a décidé qui convier, estimant que la crise à résoudre était exclusivement druzo-druze et non druzo-chrétienne, et ne concernait par conséquent pas M. Bassil, ni de près ni de loin.

C’est pourtant le chef de l’État lui-même qui avait, un mois après le début de la crise de Qabr Chmoun, conféré un caractère éminemment politique et transcommunautaire à cette affaire en déclarant que c’était le ministre Bassil et non le ministre Saleh Gharib, proche de Talal Arslane, qui était visé par « l’embuscade » de Qabr Chmoun.

Le chef de l’État a également démenti devant les journalistes avoir subi des pressions exercées par les États-Unis pour initier une réconciliation dans la Montagne. « Les États-Unis n’exercent aucune pression sur le Liban. De toute façon, nous n’accepterions aucune pression », a-t-il ajouté.

Dans un geste inédit, l’ambassade des États-Unis avait appelé à un règlement de la crise de la Montagne, préconisant, en termes fermes, que l’affaire reste à l’écart de « toute ingérence politique » et mettant en garde contre « toute tentative d’exploiter l’événement tragique du 30 juin à Qabr Chmoun pour promouvoir des objectifs politiques ».

Considérés dans certains milieux politiques comme étant une « nouvelle dose de soutien » accordée au chef du CPL qui se mure depuis quelques semaines dans un silence significatif, rompu hier par un entretien avec le patriarche maronite (ses proches justifient ce retrait temporaire par le fait que M. Bassil a choisi de prendre des vacances à cette période), les propos de M. Aoun n’ont « rien d’étonnants venant de la part d’un président-arbitre », estime le député du CPL Chamel Roukoz. Tout en reconnaissant que certaines parties vont probablement interpréter ses déclarations dans un sens extensif, il affirme à L’Orient-Le Jour que Michel Aoun « reste, en définitive, le président de la République qui se veut au-dessus des parties, même si des relations familiales et historiques le lient à Gebran Bassil ».

Un avis avalisé par Eddy Maalouf, député du même groupe parlementaire, qui considère que le président « n’est pas une boîte aux lettres pour transmettre des messages ou desiderata adressés par les responsables politiques au chef du CPL ».


(Lire aussi : Les messages internes de Nasrallah et leurs différentes interprétations, le décryptage de Scarlett Haddad)



Ambiguïté

Selon un responsable politique qui a requis l’anonymat, les propos du président recèlent « une ambiguïté certaine ». Le président cherche à jouer son rôle d’arbitre en s’abstenant d’intervenir et de faire pression sur les différentes parties quelles qu’elles soient. En même temps, dit-il, il cherche à rappeler à ceux qui veulent l’entendre que Gebran Bassil reste en définitive une personnalité de poids. « Il est quasiment impossible de séparer le CPL et son chef du président qui en est le levier principal », ajoute-t-il.

Le responsable, qui affirme s’attendre à ce que cette nouvelle prise de position du chef de l’État fasse l’objet d’appréciations diverses, souligne la position difficile dans laquelle se trouve le président, forcé de porter « une double casquette ». « Cela rend sa tâche malaisée dans un système consensuel comme au Liban. Si notre système politique était fondé sur une majorité et une minorité, le président aurait mieux assumé son appartenance à cette majorité », conclut-il.

Dans les milieux du PSP, on préfère s’abstenir d’interpréter ou de commenter les dernières déclarations du président dans un souci de préserver les acquis de la récente réconciliation interdruze, tout en prenant soin de différencier le chef de l’État de M. Bassil et les responsabilités respectives dans la crise de la Montagne.


(Lire aussi : Derrière la réconciliation Aoun-Joumblatt, une volonté de « parer à tous les dangers »)



C’est le climat qu’a notamment tenté de distiller hier le député Marwan Hamadé, qui a insisté sur la nécessité de « continuer à consolider la réconciliation ». « Le conflit avec le président n’est pas personnel. Il est dû à un climat général qui s’est propagé dans la Montagne avant l’incident de Qabr Chmoun », a-t-il dit.

Dans l’entourage du chef du CPL, on interprète les propos du président comme suit : il faut désormais distinguer entre le chef de l’État et le chef du plus grand groupe parlementaire qui est Gebran Bassil, et non Michel Aoun. Ces milieux dénoncent à ce propos « les tentatives répétées de provoquer des scissions entre Gebran Bassil et le CPL (allusion aux dissensions internes présumées au sein de ce courant), et entre ce dernier et Michel Aoun ».


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Stes David

Sur la photo on voit Aoun dans une chaise en plastique qui fait une image sympathique car c'est très typique pour les libanais, c'est un trait typique du Liban. C'est remarquable pour un étranger de voir combien de chaises en blanc en plastique il y a partout au Liban. C'est que les libanais adorent le "outdoor dining" et partout les restaurants ont ces chaises plastiques qui sont pratiques pour nettoyer et pour les laisser en dehors ... Je me souviens aussi de voir au Liban Sud des familles en voiture sur l'autoroute vers la plage et ils ont leur propres chaises en couleur blanc en plastique en haut de la voiture ... J'ai remarqué dans le vidéo https://www.lorientlejour.com/article/1135908/avoir-20-ans-a-tripoli-ces-jeunes-qui-saccrochent-face-a-ladversite.html "avoir 20 ans à Tripoli" que partout on voit des chaises en plastique au Liban, et qu'on devrait encourager l'artisanat à Tripoli en remplacant les chaises en plastique (bon marché) par des modèles faites à Tripoli en bois. Aussi un peu triste je me souviens de voir des chaises en plastiques à des endroits comme une belle rivière au Chouf ou la Vallée Sainte, c'est aussi une forme de pollution ...

Honneur et Patrie

Dans une République démocratique, lorsqu'un ministre n'est plus d'accord avec la politique menée par son Chef de gouvernement, il doit avoir un minimum d'honneur en présentant sa démission.
C'est ainsi qu'en France, Gérard Colomb, ministre de l'Intérieur et Nicolas Hulot, ministre de l'Ecologie ont démissionné du gouvernement français.
Au Liban, le ministre des Affaires étrangères, n'est pas d'accord avec la politique menée par son Premier Ministre, reste scotché attendant, peut-être son renvoi officiel. Où est l'honneur dans notre République topinambourienne ?

PAUL TRONC

Droit dans ses bottes, comme on aime voir nos présidents au Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ATTEND-ON DE LA TETE DE TRANCHER LE BRAS ?

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

Quand on est jeune et sans experience on se croit tout permis jusqu'au jour ou on se rend compte que le peuple est sorti de sa letargie et demande des comptes sur ce que vous avez fait, vous la soit disante plus grande force Chretienne au Liban apres une loi d'election taillee sur mesure pour vous et vos allies Chiites

ELECTRICITE
ORDURES
EAU
CORRUPTIONS
EMPLOIES
DOUANES
INTERNET
FINANCE

et je peux continuer a enumerer encore 100 problemes non resolus

Dommage que le pere de la nation n'a meme plus la volonte ou la force de vous remettre en place officiellement car votre silence depuis quelques temps veut dire qu'il a intervenu aupres de vous malgre ses dires et que vous lui avez obei quand meme

HEUREUSEMENT POUR LE LIBAN
PLEASE GARDER LE SILENCE POUR L'AMOUR DU LIBAN



Honneur et Patrie

Dans un pays libéral et démocratique comme le Liban où l'équilibre confessionnel est délicat, lorsqu'un ministre prononce des propos provocateurs envers les autres communautés qui menaceraient la paix civile, devrait être révoqué illico par le chef du gouvernement.
Il est impératif que Saad Hariri exerce ses prérogatives avant l'arrivée de la "bosta de Aïn Rammaneh".

Irene Said

A un certain âge, on a plus la même force "pour faire pression", d'autant plus si cela concerne son gendre !

Qui, lui, a la force et le culot de sa jeunesse...et connaît trop bien l'indulgence à son égard de son beau-papa...et en profite à fond, et pas toujours pour le bien du Liban !
Irène Saïd

Khalil Masri

Je reve ou ils sont assis sur des chaises en plastique?!

Zovighian Michel

Tant pis pour lui. Les différents partis politiques devraient contourner le President sand tarder et engager Le Bras de Fer avec Bassil. Le President lui donne l'espace et le temps nécessaires pour achever des plans qui rentrent dans le cadre de la moumanaa. Il peut dire ce qu'il veut, sauf que le mandat fort met en danger Taef et l'identité du Liban.

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