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Liban

Derrière la réconciliation Aoun-Joumblatt, une volonté de « parer à tous les dangers »

Vie politique

L’accueil en grande pompe réservé par le PSP au chef de l’État samedi à Beiteddine viserait autant à normaliser les rapports avec la présidence qu’à tenter de brider les débordements de Bassil.

M. H. G. | OLJ
19/08/2019

Après la rencontre au palais de Baabda qui avait permis, le 9 août dernier, sous l’égide du triumvirat Michel Aoun-Saad Hariri-Nabih Berry, de clore le dossier des incidents sanglants de Bassatine-Qabr Chmoun (caza de Aley), où une rixe avait opposé des partisans du chef du Parti démocrate libanais, le député Talal Arslane, à ceux du chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, lors d’une tournée du chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, dans la région, l’acte II de la réconciliation a été posé samedi à Beiteddine.

Dans une volonté manifeste de tourner la page avec le chef de l’État et le CPL dont il est le fondateur et dont il fut autrefois le chef historique, une délégation transcommunautaire du PSP s’est rendue au palais de Beiteddine, résidence estivale du président de la République, pour souhaiter la bienvenue à Michel Aoun, qui y avait pris ses quartiers jeudi dernier. Présidée par la fille de Walid Joumblatt, Dalia, qui représentait son père, la délégation massive regroupait notamment les ministres de l’Éducation et de l’Industrie, Akram Chehayeb et Waël Bou Faour, les députés Bilal Abdallah, Hadi Aboul-Hosn, Mohammad Hajjar (courant du Futur), l’ancien député Élie Aoun, ainsi qu’un certain nombre de cheikhs druzes.

Avant sa rencontre élargie avec la délégation, Michel Aoun s’est entretenu avec Dalia Joumblatt, les ministres Chehayeb et Bou Faour, et les députés présents. Durant l’entretien, Mme Joumblatt a transmis les salutations de Walid et Teymour Joumblatt, en déplacement à l’étranger, précisant qu’ils se rendraient auprès du chef de l’État à leur retour de voyage. « Nous vous souhaitons la bienvenue dans la région du Chouf et de la Montagne et considérons la présence de Votre Excellence comme une grande impulsion à la réconciliation et l’unité nationale de la Montagne », a-t-elle indiqué à l’adresse de M. Aoun.


(Lire aussi : Aoun aux partisans de Joumblatt : Rien ne pourra ébranler la réconciliation)



L’allocution de bienvenue de Chehayeb

Le président de la République et la délégation restreinte ont ensuite rejoint la cour extérieure où plus de 300 personnes étaient rassemblées. M. Chehayeb a aussitôt pris la parole pour souhaiter au chef de l’État la bienvenue « dans sa maison de Beiteddine » au nom de M. Joumblatt : « La Montagne dans toutes ses composantes politiques et spirituelles est venue vous accueillir. Votre présence constitue une consécration de la réconciliation bien ancrée dans cette Montagne, réalisée par feu Nasrallah Sfeir dont nous préservons le meilleur souvenir, et consolidée par le patriarche Béchara Raï ainsi que par votre visite à Moukhtara en 2010. »

« La réconciliation a été et restera un porte-étendard éclatant du vivre-ensemble national, bien établi dans la Montagne, ainsi que de la consolidation du partenariat national dans cette région du pays », a encore noté M. Chehayeb.

« Lorsque vous avez souligné (lors d’un discours chez Walid Joumblatt à Clemenceau, NDLR) que la Montagne constitue le lien entre la plaine et le littoral, vous consolidiez l’idée selon laquelle la Montagne est le cœur de la patrie. Si ce cœur se porte bien, toute la patrie aussi. Sur base de cet esprit, nous préservons, avec vous et le reste de nos partenaires au sein de la réconciliation, le Liban comme pays de la tolérance, de la démocratie, de la diversité et des libertés », a poursuivi le ministre de l’Éducation. « Votre Excellence, je vous rassure sur le fait que la réconciliation est un acte de conscience réalisé au quotidien par conviction et choix constant. Votre présence aujourd’hui à Beiteddine confirme cette voie », a-t-il conclu.


La réponse de Aoun

Dans sa réponse à la délégation du PSP, le président de la République a estimé que « le Liban traverse aujourd’hui des circonstances particulièrement dures, avec un cumul de crises », notamment la crise financière mondiale, les guerres aux alentours, l’afflux massif de « déplacés » syriens et « l’héritage économique » pesant.

« Nous déployons cependant nos efforts pour régler les résultats de ces événements et espérons parvenir bientôt à des résultats à même de nous sortir du fossé », a poursuivi Michel Aoun, évoquant les réunions qu’il a menées avec MM. Berry et Hariri, ainsi que des responsables économiques et financiers, pour mettre en place un document financier, économique et social à mettre en application. Le chef de l’État a dissipé, dans ce cadre, « le climat médiatique qui évoque depuis plus d’un an le scénario d’une dévaluation et d’un effondrement de la livre et du pays ». Le président a promis que « tous les efforts seront déployés pour sortir de cet état (…) et nous sommes tous appelés à unifier nos efforts, nous épauler et nous mettre d’accord sur la nécessité d’une reconstruction du Liban, quelles que soient nos divergences politiques ».

S’exprimant ensuite devant les journalistes, Akram Chehayeb a souligné la concordance de points de vue avec le président Aoun sur « l’importance de l’entente interne et de la réconciliation historique, qui est désormais un acte de vie au quotidien dans notre société et dans cette région de la Montagne ». « (…) Son Excellence est très rassuré par l’accord qui a eu lieu en présence des présidents Berry et Hariri à travers le document économique qui doit être mis en application. Nous devons aplanir toutes les difficultés pour parvenir à une situation économique rassurante, d’autant que nous sommes aux portes de l’hiver et d’une nouvelle année scolaire. »

Il convient en outre de signaler qu’à Beiteddine, le chef de l’État a accordé audience samedi à l’archevêque maronite de Saïda et Deir el-Qamar, Mgr Maroun Ammar, et à son homologue catholique, Mgr Élie Haddad. Il a également assisté hier à l’office du dimanche en l’église Saint-Maron de Beiteddine.


(Lire aussi : Aoun s'installe dans le Chouf, des banderoles lui souhaitant la bienvenue déchirées)


La stabilité, priorité et exigence pour toutes les parties

Selon une source responsable du PSP, l’objectif de la visite de la délégation était « l’ouverture d’une nouvelle page avec le président de la République, fondée sur la réconciliation de Baabda », mais aussi de « rectifier le cours de la réconciliation de la Montagne ». « Le chef de l’État a été très accueillant, amical et très positif concernant la réconciliation. L’entretien en privé s’est principalement focalisé sur la situation économique et financière du pays, et les défis à relever à ce niveau », ajoute cette source à L’Orient-Le Jour.

Pour un analyste politique proche des milieux du PSP, l’importance du geste effectué samedi par Walid Joumblatt montre qu’il « ne souhaite pas attaquer le mandat Aoun ». « Le problème, c’est Gebran Bassil et la manière populiste avec laquelle il déborde le mandat. Sa politique menace la réconciliation et le legs du mandat à ce niveau », précise cet analyste.

Il est rejoint en ce sens par une source politique indépendante, selon qui l’objectif de l’accalmie de Baabda scellée à Beiteddine était de mettre fin à « une frénésie dangereuse pour la stabilité du pays ». « Le climat qui pointe à l’horizon est celui d’une grande tempête, et il est nécessaire de se prémunir, de se mettre à l’abri de ce qui va déferler », note cette source. Il s’agirait donc de « parer à tous les dangers ». « Tout le monde a un intérêt réciproque à se protéger mutuellement à un moment critique, c’est ce qui a permis au président Berry de pouvoir persuader tout le monde, Hezbollah et autres, de mettre fin à l’escalade et de retourner à la raison », indique-t-elle encore. Et d’ajouter : « Le Hezbollah n’avait pas intérêt, du reste, à ce qu’un Saad Hariri énervé et échaudé par le blocage institutionnel se rende à Washington pour rencontrer le secrétaire d’État américain Mike Pompeo… »



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Hitti arlette

Sieur "l'analyste politique" proche du leader joumblatt a tenu semble t-il à garder l'anonymat pour avoir les coudées franches afin d'attaquer un ministre dynamique et actif. La personne qui préfère taire son identité pourrait, beaucoup de fois être elle-même l'auteur de l'article qui voudrait faire parvenir une idée en l'attribuant à une personne anonyme. Quoiqu'il en soit , le PSP nous a habitués aux grands slaloms parfois même dangereusement sinueux . Un coup de réconciliation contre un coup de pique pique ..À à chacun sa manière de gérer la chose publique .

Honneur et Patrie

En toute impartialité envers qui que ce soit, le Président Michel Sleiman fut, avec Béchara el-Khoury, Camille Chamoun et Fouad Chéhab, l'un des quatre meilleurs chefs d'Etat du Liban moderne.

C- F- Contributions et Interprétations

...""Selon une source responsable du PSP, l’objectif de la visite de la délégation était « l’ouverture d’une nouvelle page avec le président de la République, fondée sur la réconciliation de Baabda », mais aussi de « rectifier le cours de la réconciliation de la Montagne ».""

C’est cela oui, ""rectifier le cours de la réconciliation de la Montagne"", donc une tentative de rapprochement !

Encore la réconciliation, toujours la réconciliation. On a cru voir Taymour, mais c’était sa sœur. On a cru voir Walid, mais c’était ses lieutenants. Quel sens (au propre et au figuré) donnent les Arabes au terme ""réconciliation"" ? Mais où sont donc les chrétiens du Chouf pour parler de réconciliation ? Nulle part !
Ça devient un rituel d’accueillir dans la résidence d’été du président, selon les bons code de l’hospitalité druze.
Tout cela a un sens. Pour Walid Joumblatt, le président, c’est déjà du passé. Et que les Chrétiens qui ont favorisé son élection, endossent la responsabilité de mener à terme son mandat…
C. F.

PAUL TRONC

Je suis à cette minute à Erevan, Arménie, au musée du génocide , j'ai pris en photo l'arbre offert par le Phare Aoun à la mémoire du génocide arménien par les turcs, au nom de tous les libanais.

Si je pouvais envoyer cette photo à l'olj, pour que les libanais puissent être fier de leur courageux président.

Irene Said

Un flot de paroles: "...la crise financière mondiale, les guerres aux alentours, l'afflux massif de déplacés syriens et l'héritage économique pesant..."

En somme, une grande partie de la faute de la situation catastrophique du Liban revient aux "autres" origines citées plus haut !

Nos divers responsables politiques, eux, n'ont agi dès le début en toute honnêteté que pour le bien du Liban qu'ils sont censés diriger !!!

Ils vont continuer, ces prochains jours, de se réunir encore en grandes cérémonies-spectacle, beaucoup affirmer...et estiment ainsi avoir accompli leur devoir national...en attendant que les mauvaises causes mondiales etc., se résolvent...et par la même occasion...les problèmes du Liban !
On a amplement le temps, n'est-ce pas ???
Irène Saïd



Paul-René Safa

"Nous déployons cependant nos efforts pour régler les résultats de ces événements et espérons parvenir bientôt à des résultats à même de nous sortir du fossé":
6 juin 1976, 26 avril 2005, 19 août 2019
Trois dates, 43 ans qu'on nous ressasse que "des efforts sont déployés" Dans quels domaines ces efforts sont-ils déployés? Politiques? Économiques? Sociétaux? Urbanistiques? Énergétiques? Finances publiques? Corruption? Gabegie? Vol et Dilapidation?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FREINER LE GENDRE POUR ARRETER SES GAFFES ET SES INEPTIES EST LA VOIE DE LA SECURITE POUR LE PAYS.

Bery tus

notamment la crise financière mondiale, les guerres aux alentours, l’afflux massif de « déplacés » syriens et « l’héritage économique » pesant.

Crise financière mondiale ? Héritage économique aussi un ?

PAUL TRONC

C'est notre président à tous , il représente l'ordre et la légalité, on lui doit le respect comme garant des institutions.

Face à une loque de girouette faut pas pousser non plus.

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