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Liban - Crise politique

Aoun dresse une feuille de route fondée sur le respect de Taëf et du pacte national

Lors de son allocution pour la fête de l’Armée, le chef de l’État a mis en garde contre « le discours et les pratiques du passé ».

Michel Aoun lors de la fête de l’Armée, hier. Photos Dalati et Nohra

Dans son discours durant la cérémonie organisée à l’École militaire de Fayadié, pour le 74e anniversaire de l’armée, le président Michel Aoun s’est fait un point d’honneur de réaffirmer son attachement à l’accord de Taëf et à l’esprit du pacte national qui prône le vivre-ensemble. Il les a présentés comme une feuille de route en vue d’une sortie de crise, alors que ses réserves au sujet de l’exemption, dans la loi de finances 2019, des lauréats du concours du service de la fonction publique, à majorité musulmans, du gel des recrutements dans l’administration, n’étaient plus aussi contestées.

L’opposition du président et de son parti politique, le CPL, à l’alinéa de l’article 80 du budget relatif aux lauréats du concours du service de la fonction publique a été perçue au départ comme une entorse à Taëf, faisant craindre dans les milieux proches du mouvement Amal, du courant du Futur et du PSP une tentative d’établir de nouveaux usages en contradiction avec la Constitution et le document d’entente nationale.

La polémique qu’elles avaient suscitée s’est cependant tassée à partir du moment où le président a décidé de saisir le Parlement de cette affaire, afin que l’article 95 de la Constitution sur l’abolition du confessionnalisme politique qui définit les règles de recrutement des fonctionnaires, au niveau confessionnel, soit interprété. Elle a cédé la place hier à des louanges adressées au chef de l’État pour ses propos au sujet de Taëf et de la crise dans le pays, même s’il a abordé celle-ci en termes de généralités. Un hommage qui s’explique sans doute par le fait que le président a remis les pendules à l’heure dans son discours et insisté sur le fait que la vie politique devrait se subordonner à Taëf et à la Constitution, dans un effort évident pour réduire la tension attisée par les crises successives. Sans critiquer ouvertement une certaine attitude qui a eu pour effet d’exacerber la crise politique récemment, Michel Aoun a donc rappelé les garde-fous indispensables, selon lui, à une normalisation.

« Il n’est pas utile pour le Liban aujourd’hui qu’on ressuscite le langage et les pratiques du passé, en tablant sur les sensibilités et en portant un coup à la volonté du vivre-ensemble et à ses impératifs, confirmés par Taëf », a déclaré le président, avant de souligner que « ce genre de pratiques, que ce soit en politique ou au niveau de l’administration, porte préjudice à la vie nationale, menace de ralentir le processus de développement et les efforts pour sortir de la crise actuelle ». « Il faut qu’elles cessent immédiatement », a-t-il martelé.

Ses propos semblaient s’adresser à ses détracteurs dans l’affaire de l’article 80 du budget mais aussi aux belligérants dans l’affaire des affrontements meurtriers de Qabr

Chmoun, le Parti démocrate libanais de Talal Arslane et le PSP de Walid Joumblatt, voire également à son gendre, le chef du CPL, Gebran Bassil. Ce dernier est accusé de tenir des propos provocateurs, lors de ses tournées au cours des week-ends dans les régions. On l’avait pratiquement tenu pour responsable des incidents de Qabr Chmoun, en lui reprochant d’avoir réveillé les démons du passé, à travers le discours qu’il avait tenu sur la guerre, à Kahalé, lors de sa tournée à Aley, la veille des accrochages, le 30 juin dernier.

« L’accord de Taëf que je me suis engagé à appliquer dans mon discours d’investiture et auquel le gouvernement s’est aussi engagé dans sa déclaration ministérielle constitue un bouclier qui sert à protéger le pacte national, en préservant les droits de tous et en réalisant une égalité entre les différentes composantes de la population. Aucune pratique, aucune position ne peuvent par voie de conséquence en contredire l’esprit », a averti Michel Aoun, dans un clin d’œil à l’affaire des lauréats de la fonction publique.

Ses propos ont été salués par l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, qui les a trouvés « extrêmement importants et précis ». Estimant que « tout le monde devrait se féliciter de ce discours, M. Siniora, qui est pourtant critique à l’égard de la politique du CPL, a jugé primordial » de faire en sorte que cette tendance qu’il a définie soit maintenue et suivie. Après avoir repris le passage dans lequel le chef de l’État évoque Taëf et met en garde contre le langage et les pratiques du passé, Fouad Siniora a appelé à « se tenir aux côtés du président afin de généraliser cette feuille de route pour qu’elle soit appliquée par l’ensemble des ministres et autres responsables ».

Walid Joumblatt, qui a rendu hommage à l’armée, a répondu indirectement au président en exprimant l’espoir que « certains dépasseront la mentalité des affrontements et qu’ils soutiendront, en parole et en actions, l’accord de Taëf, loin des interprétations ». Ses propos, selon lesquels « l’avenir est plus important qu’un passé figé », ont résonné comme un écho à ceux de Michel Aoun.


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ENCORE ET TOUJOURS : QUELLE INTERPRETATION DONNER / MAIS SURTOUT AGREER A LA CONSTITUTION ? QUELLE SERAIT L'AUTORITE RESPONSABLE DE SON INTERPRETATION APRES QUE LES HONORABLES 128 AIENT DEPOSSEDE LE ""CONSEIL CONSTITUTIONNEL"" DE CETTE PREROGATIVE ? PS. QUEL ROLE DORENAVANT A CE CONSEIL VERS QUI SE TOURNENT SOIT DISANT LES ESPOIRS DES LIBANAIS , CITOYENS & RESPONSABLES INCLUS ?

Gaby SIOUFI

14 h 02, le 02 août 2019

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Commentaires (1)

  • ENCORE ET TOUJOURS : QUELLE INTERPRETATION DONNER / MAIS SURTOUT AGREER A LA CONSTITUTION ? QUELLE SERAIT L'AUTORITE RESPONSABLE DE SON INTERPRETATION APRES QUE LES HONORABLES 128 AIENT DEPOSSEDE LE ""CONSEIL CONSTITUTIONNEL"" DE CETTE PREROGATIVE ? PS. QUEL ROLE DORENAVANT A CE CONSEIL VERS QUI SE TOURNENT SOIT DISANT LES ESPOIRS DES LIBANAIS , CITOYENS & RESPONSABLES INCLUS ?

    Gaby SIOUFI

    14 h 02, le 02 août 2019

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