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Liban

La fonction publique à nouveau en ébullition

Austérité

« Certains points du projet de budget ne sont pas bien réfléchis, notamment en ce qui concerne les retraités », déclare Béchara Asmar à « L’OLJ ».

11/05/2019

La fièvre reprend au sein de la fonction publique alors que le Conseil des ministres égrène jour après jour les dispositifs de la cure d’austérité qu’il entend mettre en place. Un sit-in de fonctionnaires, d’enseignants des écoles publiques et de l’Université libanaise et de retraités de la fonction publique est prévu aujourd’hui, à 13 heures, place Riad el-Solh, à Beyrouth. Il a pour but de protester contre de possibles coupures dans les salaires et retraites des fonctionnaires ou anciens fonctionnaires.Le président de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) Béchara Asmar s’est réuni hier avec le Premier ministre Saad Hariri, en marge du Conseil des ministres. Contacté par L’Orient-Le Jour, le leader de la centrale syndicale a dénoncé le fait que « certains points du projet de budget ne sont pas bien réfléchis, notamment en ce qui concerne les retraités. On dirait que (les responsables) procèdent par tâtonnements ».

« J’ai vu Saad Hariri aujourd’hui (hier) et je lui ai exprimé notre point de vue. Je lui ai rappelé que nous avons suspendu notre grève (il y a quelques jours) après une initiative du chef de l’État, Michel Aoun, et la promesse que nous serons écoutés. Il a promis d’étudier nos demandes », a confié M. Asmar à L’OLJ.

« Il y a des avantages que nous avons obtenus au prix d’années de lutte et nous n’accepterons pas de les perdre (…) Il y a certes des fuites d’informations (sur les mesures possibles) et un climat de panique parmi les fonctionnaires qui est en train de créer des problèmes. M. Hariri a critiqué le fait qu’il y ait des fuites. Mais le gouvernement devrait démentir ces informations si elles étaient erronées », a-t-il ajouté.

Concernant une possible suppression des aides aux écolages, il a fait part d’un projet du gouvernement consistant à les diminuer de 15 %, « mais rien n’a encore été décidé ». « Il y a une réunion du Conseil des ministres qui est prévue dimanche soir. On attend pour voir ce qui va en résulter. Nous allons recourir à l’escalade si nos demandes ne sont pas prises en compte », a lancé le président de la CGTL.Le comité de coordination syndicale a pour sa part appelé à une manifestation aujourd’hui, à 13 heures, place Riad el-Solh. Il a dénoncé hier dans un communiqué les « revirements dans les discours de certains responsables qui avaient promis de préserver les salaires et avantages sociaux (dont les aides pour les écolages) et de préserver les droits des retraités ». Sur un autre plan, M. Asmar a mis en garde contre les retraits massifs des pensions et indemnités de fin de service de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), par peur que les retraites ne soient affectées par les mesures d’austérité. « Ces agissements pourraient mettre en péril la CNSS », a-t-il souligné.



(Lire aussi : La hausse de 3 % du taux d’imposition sur les intérêts bancaires sera bien dans le projet)



« Nos retraites sont sacrées »
Pour Nazih Jibaoui, président de la Ligue des enseignants du secondaire dans les écoles publiques, « il y a d’autres solutions que de toucher aux salaires des personnes à revenus limités ». « Nous avons peur pour nos salaires et nous essayons de hausser le ton pour faire parvenir le message au Conseil des ministres, a-t-il confié à L’OLJ. Les salaires des fonctionnaires sont bas à la base. On arrive à 4 millions de livres par mois au bout de 40 ans de service ! » « Nous haussons le ton en prévision des mesures d’austérité qui pourraient être adoptées. Ils évoquent le fait de couper 10 à 15 % des salaires des fonctionnaires. Ils menacent de toucher aux retraites de la fonction publique. Ces retraites sont sacrées », a-t-il ajouté. Par ailleurs, les professeurs à temps plein de l’Université libanaise ont organisé une manifestation hier devant le siège du ministère de l’Éducation. Une délégation de ces enseignants a ensuite été reçue par le ministre Akram Chehayeb, qui a déclaré que le timing de leur grève était déplacé, leur demandant d’attendre les décisions du gouvernement avant de se mobiliser, tout en assurant qu’ils avaient le droit démocratique d’exprimer leur point de vue.

Le comité administratif de la Ligue des enseignants du secondaire public a pour sa part annoncé une grève aujourd’hui, exprimant une nouvelle fois son opposition à toute réduction des salaires des enseignants ou atteinte à leurs avantages sociaux. Le comité a également appelé à une réunion afin de se prononcer sur des mesures d’escalade, notamment une grève ouverte et des manifestations, en envisageant également un boycott de la correction des examens officiels.



(Lire aussi : Examen du budget : des signaux négatifs sont envoyés à l’Occident)



Les militaires sur le qui-vive
Poursuivant leur mouvement de protestation, des dizaines d’anciens militaires se sont rassemblés hier matin place Riad el-Solh, en marge du Conseil des ministres, pour afficher leur opposition à toute réduction de leur pension. Dans un communiqué publié hier soir, ils ont annoncé qu’ils restaient mobilisés et qu’ils prévoyaient un mouvement à partir de lundi, sans plus de précisions sur la nature de ce mouvement.

Parmi les mesures éventuelles contestées par les militaires retraités, celles dictées par l’article 55 du projet de budget, qui prévoit une ponction mensuelle de 3 % sur les pensions de retraite des militaires en échange de leur couverture maladie.

« Nous refusons qu’il soit porté atteinte à nos droits et demandons au pouvoir de retirer définitivement les articles qui nous concernent dans le budget », a lancé un militaire à la retraite, menaçant d’une « escalade à Beyrouth et dans toutes les régions ». D’autres retraités des forces armées ont également manifesté à Marjeyoun ou encore à Aley.

Le ministre de la Défense, Élias Bou Saab, s’est rendu sur les lieux de la manifestation à Beyrouth, où il a été quelque peu chahuté par les soldats retraités qui ont brûlé des pneus en signe de contestation. Peu auparavant, les manifestants avaient demandé à l’un des ministres du gouvernement de venir leur parler pour leur assurer que l’exécutif allait retirer tous les articles du budget concernant les militaires.

Avant le début du Conseil des ministres, M. Bou Saab a appelé les militaires à la retraite à quitter la rue « car ce n’est pas leur place », leur proposant de constituer un comité de 10 personnes les représentant. « Je suis prêt à les recevoir de manière quotidienne afin de suivre leur dossier », a-t-il déclaré, assurant que le commandement de l’armée suivait ce dossier en coordination avec le ministère de la Défense.



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Liberté de Penser

Et si le gouvernement commençait par réduire :
Les salaires des députés et des ministres, leur pension à vie, leurs avantages en nature, leurs voyages en Première Classe ou en Business.
Le nombre et les salaires des nombreux « conseillers » affectés aux différents ministres.
Le train de vie en général de l’Etat.
Je suis persuadé que le Président Aoun ne permettra pas que le gouvernement prenne des mesures de paupérisation de la population libanaise

gaby sioufi

CA ALORS,
POUR DES GENS QUI S'OFFUSQUENT QD ON MENACE LEURS POCHES,
QUI ARGUENT DE LEUR SACRIFICE POUR LA NATION,
ILS NE LE DEMONTRENT NULLEMENT EN BRULANT DES PNEUS EN PLEINE VILLE .
ASSEZ DE DEMAGOGIE PURULANTE...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A PAS UN LIBANAIS QUI A MONTRE UN SENS DE RESPONSABILITE JUSQU,AUJOURD,HUI ENVERS SON PAYS. TOUS NE VEULENT PAS PERSONNELLEMENT PARTICIPER AU SAUVETAGE DU PAYS QUELLES QUE SOIENT LES CAUSES. CHACUN DIT QUE LES AUTRES LE FASSENT. UNE HONTE SURTOUT VENANT DES FAINEANTS DES SECTEURS PUBLICS !

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