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Économie

Quels services ont été affectés par la grève de la BDL ?

Banques

Plusieurs banquiers prévoient un retour à la normale dès aujourd’hui.

08/05/2019

Les employés de la Banque du Liban (BDL) ont suspendu hier et jusqu’à vendredi le mouvement de grève qu’ils avaient lancé pour mettre en garde le gouvernement Hariri III contre toute tentative de réduire leurs rémunérations et avantages, entre autres revendications. Cette mobilisation, décrétée samedi à l’appel du syndicat des employés de la Banque centrale pour protester contre des dispositions visant l’institution dans l’avant-projet de budget actuellement étudié par le Conseil des ministres (voir par ailleurs), a notamment perturbé le fonctionnement de certains services bancaires.

Une situation qui n’a pas manqué d’alimenter les inquiétudes de nombreux clients de banque alors que la situation financière du pays et la santé de son secteur bancaire reviennent régulièrement dans le débat public. « Beaucoup ont lié à tort le gel de certaines transactions provoquées par la grève à la situation financière du pays », indique à L’Orient-Le Jour le directeur du département de recherche de la Byblos Bank, Nassib Ghobril. « Nous avons eu de la chance que la grève ait eu lieu à un moment où le pays possède des garanties solides aux niveaux monétaire et financier (…) comme les réserves en devises de la BDL, qui s’élèvent à 38 milliards de dollars et couvrent 75 % de l’offre monétaire en livre, ainsi que d’importantes réserves en devises dans le système financier (…) », résume de son côté Marwan Barakat, directeur du département de recherche de Bank Audi. « La grève a en outre eu un effet limité sur les rendements des eurobonds – les titres de dette émis par le Liban – qui ont augmenté dans des proportions allant de 0,20 à 0,25 % (environ 0,5 à 1 cent de dollar) pour l’ensemble des échéances », précise une troisième source sous couvert d’anonymat.


(Lire aussi : Budget 2019 : confusion sur les dispositions relatives aux militaires)


Quatre types de services

La grève des employés de la BDL a ainsi affecté quatre types de services bancaires : certains transferts entre banques établies au Liban, les compensations de chèques, les opérations de change et enfin la distribution d’espèces aux établissements bancaires.

Pour les transferts, ce sont tous ceux effectués en livres libanaises et certains en dollars entre banques établies sur le territoire – pour leur compte ou celles de leurs clients – qui ont été affectés par la grève parce qu’ils doivent être validés par la BDL. En revanche, les opérations entre banques libanaises et étrangères se font généralement par l’intermédiaire de banques correspondantes et sont donc approuvées par d’autres instances – Fed, Banque centrale européenne, etc.

Cela veut dire qu’à quelques exceptions, où le feu vert devait être donné par la BDL, la majorité des virements entre des clients de banques établies au Liban et leurs partenaires dont les comptes sont ouverts à l’étranger n’ont a priori pas été retardés. En revanche, des virements de salaires ou des règlements de prestations entre acteurs établis au Liban ont pu être gelés entre samedi et lundi.

Le traitement des chèques, libellés en livres ou en devises, a également été affecté par la grève, dans la mesure où ils doivent obligatoirement être traités par la chambre de compensation de la BDL. Cette dernière a recommencé à fonctionner normalement hier matin, après l’annonce de la suspension de la grève. Les opérations de change obéissent à un mécanisme similaire, dans la mesure où les établissements qui les réalisent les complètent en achetant ou en vendant des devises ou des livres pour des montants équivalents avec la BDL en fin de journée.


(Lire aussi : Les grèves suspendues, place au dialogue par secteur)


Distributeur automatique

Enfin, comme la Banque centrale est la seule entité autorisée à pouvoir distribuer des espèces aux banques du pays, la mobilisation des employés de la BDL a naturellement eu un impact sur l’approvisionnement des distributeurs automatiques de billets. « C’est la mesure qui a le plus d’écho aux niveaux médiatique et social », relève Nassib Ghobril.

Il appelle toutefois à distinguer plusieurs cas de figure pour expliquer qu’un distributeur n’ait pas fonctionné ces derniers jours : certains terminaux vides ou presque vides quand la grève de la BDL a commencé n’ont pas pu être alimentés lundi ; des clients ont dépassé le plafond de leurs cartes bancaires sans s’en rendre compte ; d’autres ont voulu effectuer des retraits trop importants par rapport aux montants qu’ils étaient autorisés à demander ; et enfin, le fait que des banques, craignant que la grève ne dure, aient choisi de limiter unilatéralement les droits sur les cartes de leurs clients.

Contactée par L’Orient-Le Jour, Bank Audi a par exemple reconnu avoir mis en place des restrictions « préventives », sans préciser lesquelles. Même réflexe au Crédit libanais, selon une source au sein de la banque, qui a précisé que les clients n’avaient toutefois aucune restriction de droits s’ils effectuaient leurs retraits au guichet. La Bank of Beirut – qui a nié avoir pris de telles mesures, selon une source au sein de la banque –, la Banque Libano-Française ou encore Saradar Bank – qui n’étaient pas joignables au moment où ces informations sont parvenues, figurent parmi les autres établissements cités par des clients dont les témoignages ont été recueillis par L’Orient-Le Jour. « La situation devrait rapidement se normaliser », assure M. Ghobril. Hier, des distributeurs étaient toutefois encore à sec ou hors service.


Bourse de Beyrouth

Selon l’ensemble des personnes interrogées, la quasi-totalité des services bancaires devrait donc recommencer à fonctionner normalement dès aujourd’hui, ce qui devrait convaincre la Bourse de Beyrouth (BSE), à l’arrêt depuis lundi après-midi en raison de la grève des employés de la BDL, à annoncer la reprise de ses activités. « L’arrêt de la BSE n’a en revanche pas eu d’impact significatif car elle ne contribue pas au financement de l’économie », rappelle M. Ghobril. Avec 10 sociétés cotées et une capitalisation de 9 milliards, la place boursière libanaise ne permet en effet pas aux entreprises, comme à l’État et ses collectivités, de se financer ou d’offrir un lieu de placement aux investisseurs. « Sa fermeture en raison de la grève tout comme la grève elle-même auront des conséquences limitées sur la confiance des investisseurs étrangers dans le contexte actuel, mais il ne faudrait pas que cette situation dure », juge une des sources bancaires interrogées.

Pour l’heure, les employés de la BDL se sont donc engagés à attendre vendredi pour décider de l’avenir de leur mouvement, après avoir reçu des garanties que le budget pour 2019 ne remettrait pas leurs acquis en question. Selon une source proche du dossier, trois articles figurant dans l’avant-projet avaient provoqué leur colère : l’article 61, qui aurait limité le nombre de mois de salaire qu’ils peuvent toucher en un an (16 actuellement) ;

l’article 60, qui suggère – même si cela n’est pas explicité directement – que la BDL puisse, comme d’autres entités publiques indépendantes, se retrouver sous le contrôle du ministère des Finances ; et, dans une moindre mesure, car ne concernant que quelques cadres de la BDL, l’article 54, qui limite le total des primes pouvant être encaissées au montant du salaire annuel de la personne concernée, ce dernier ne devant pas dépasser celui du président de la République (12,5 millions de livres par mois, soit 8 300 dollars).


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Cherif Bedran

Les employés (?) de la BDL font la grève et tout le système bancaire libanais s’arrête. Tout s’arrête.

Vous vous rendez compte? S’ils étaient allés un peu plus loin, plus de transactions internationales, plus de chambre de compensation, plus de livraison de «banknotes ». Le système SWIFT est AUSSI tributaire de la BDL. C’est impensable et irresponsable de la part d’un syndicat qui s’apprête à faire de nouvelles demandes ce vendredi. Ces demandes (qui ne sont pas vraiment vitales, ce sont des avertissements) doivent impérativement être soumises aux autorités sans recours à une grève, lèse Liban.

Le Liban a perdu un fleuron financier lors de la clôture de la banque Intra. Raison : la distribution des banknotes a été trop lente! Excuse déclarée pour éliminer cette institution. Et la dégradation à suivi.

L’histoire ne se répète pas, avis à ceux qui ont oublié et qui continuent de nous menacer et de menacer nos enfants en brandissant l’épée de Damoclès sans avoir le courage de subir les conséquences de leur incroyable inconscience.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REGRETTABLE ET DOMMAGE !

Cherif Bedran

Les employés de la BDL en grève ?

Vous rigolez. Ce n’est pas vrai.

Un petit détour du côté de chez Swann ne ferait aucun mal aux journalistes de l’OLJ.

Ils gagnent combien en moyenne ces employés ?

Un peu de journalisme « détective » nous informerait un peu plus.

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