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Liban

Un musée de l’indépendance des Kataëb pour lutter contre l’amnésie

Mémoire

La nouvelle structure ouvrira ses portes aujourd’hui à Haret Sakhr (Jounieh).

13/04/2019

Le parti Kataëb marquera aujourd’hui, lors d’une cérémonie organisée au théâtre Platea à Jounieh, la journée de ses martyrs célébrée le 13 avril, date anniversaire de la guerre du Liban. Mais cette journée sera assez particulière cette année : le parti va officiellement inaugurer le musée de l’Indépendance, une idée qui a germé depuis longtemps dans l’esprit de l’ancien président et ex-chef du parti, Amine Gemayel, et qui a nécessité six ans pour se concrétiser.

Le musée est situé à Haret Sakhr (Jounieh), dans l’ancienne permanence Kataëb de la localité. C’est un immeuble en forme de bateau, inauguré en 1982 par l’ancien président élu Bachir Gemayel quelques mois avant son assassinat, en septembre de cette année-là, qui l’abrite. « Le Musée de l’indépendance retrace l’histoire du Liban et celle du parti Kataëb créé en 1936 », souligne, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, le directeur du musée Joy Homsy. « Il existe plusieurs raisons pour l’ouverture de ce musée. Nous voulons rendre hommage aux martyrs tombés pour le Liban, recueillir les témoignages des vivants pour constituer la mémoire de demain. Nous l’avons aussi fait parce que l’État est incapable de fournir un vrai livre d’histoire. Nous nous sentons quelque part investis d’une mission pour mettre la lumière sur cette période de l’histoire contemporaine du Liban dont personne ne parle et lutter ainsi contre l’amnésie collective », dit-il.

« Nous abordons une époque qui n’existe pas dans les livres d’histoire, le programme scolaire s’arrêtant à 1943, année de l’indépendance du Liban », ajoute-t-il, notant également que « c’est aussi une transmission de flambeau aux générations suivantes pour qu’elles apprennent des erreurs du passé ».

À la question de savoir si ce musée des Kataëb raconte l’histoire avec objectivité, Joy Homsy précise : « En parlant de la guerre, nous essayons d’être le plus objectifs possible. Ce musée est notre devoir de mémoire. Nous avons travaillé sur cette objectivité en préparant le matériel ; nous nous sommes dit que ce musée n’est pas uniquement destiné aux partisans Kataëb, mais à plusieurs catégories de visiteurs. Et nous nous sommes demandé comment notre message passera pour tout le monde : nos partisans, les personnes qui ne nous aiment pas, les visiteurs neutres et les touristes étrangers. »

L’équipe qui a effectué le travail est constituée de six personnes : Joy Homsy, Sophie Akl, Waldemar Faddoul et Wassim Jabr, qui sont membres du parti Kataëb, ainsi que de deux indépendants, Marianne Geadah et Chaker Bou Abdallah.


« À tous les combattants tombés en défendant leur idée du Liban »

Dans une grande salle au rez-de-chaussée, qui rend hommage aux « martyrs » Kataëb, brûle une flamme éternelle, allumée hier par l’ancien président Amine Gemayel et le patriarche maronite Béchara Raï. Sur les murs sont inscrits les noms des membres du parti tombés pour le Liban. « Nous faisons appel à tous ceux qui ont des proches appartenant au parti qui sont tombés au combat. S’ils ne retrouvent les noms de leurs proches sur ces murs, qu’ils nous en informent et nous les ajouterons. À cause de la guerre, nous ne disposons plus de toutes nos archives », précise M. Homsy.

Une boutique de souvenirs a été également mise en place au rez-de-chaussée où des livres et d’autres objets sont exposés à la vente.

« Ce musée sera interactif et vivant. Il sera en perpétuelle mutation. Il y aura des expositions et des conférences. Nous recueillons actuellement sur vidéo les témoignages des vieux partisans Kataëb », souligne M. Homsy.

L’exposition permanente s’étale sur deux étages qui s’inspirent des musées européens, comme celui de Check Point Charlie à Berlin. Au premier étage, le visiteur découvre sur deux murs qui se font face l’histoire du Liban et, à partir de 1936, celle des Kataëb. À l’entrée, plusieurs passages de la Bible où figure le nom du Liban sont exposés, puis la liste des civilisations qui se sont succédé dans le pays, l’histoire de l’enclave autonome du Mont-Liban, une carte expliquant l’origine des communautés religieuses du Liban, des photos de la grande famine (1916), des reproductions des documents de la Proclamation du Grand Liban en 1920... « C’est très rare d’avoir un pays âgé de 6 000 ans. Nous avons tenté d’évoquer toutes ces périodes en mettant l’accent sur les années 1943-2005 », précise Joy Homsy.

Parmi les photos ou les unes de journaux, on découvre la chemise ensanglantée de Pierre Gemayel, le fondateur du parti, quand il avait été frappé, lors d’une manifestation appelant à l’indépendance en 1937, par des soldats français.

Sur le mur consacré au parti, des archives des services de renseignements français sur l’activité de Pierre Gemayel avant l’indépendance sont exposées. Le bureau du fondateur du parti a été reconstitué, avec sa chaise, sa table, sa serviette en cuir et ses photos de famille. Des photos de l’activisme social du parti sont également mises en valeur : « Laure Moghaïzel, l’une des premières militantes féministes du Liban, était la responsable du comité féminin du parti. Nous avons œuvré pour le vote des femmes, pour faire adopter le code du travail et, bien avant les écologistes quand le Liban était encore couvert de forêts, nous menions des campagnes de reboisement », explique fièrement Joy Homsy, montrant photos et textes à l’appui.

Un pan de mur est tapissé d’une image géante de la manifestation du 14 mars 2005, qui avait rassemblé un million de personnes et marquant, pour un bon nombre de Libanais, la seconde indépendance. D’autres pans de mur sont consacrés aux autres membres de la famille Gemayel, Maurice, député mort en 1970, Amine et Bachir, Pierre Amine Gemayel, assassiné le 21 novembre 2006, et à tous les députés, ministres et chefs de parti Kataëb. Un studio de la Voix du Liban, la radio du parti, est également reconstitué.

Au second étage, on découvre la guerre du Liban avec ses barricades, divers uniformes militaires Kataëb portés par des mannequins, des cartouches et des obus vides, des miniatures de véhicules militaires reproduits minutieusement. Des documentaires sur la guerre du Liban sont passés en boucle. Presque au milieu de la salle trône un canon géant, fabriqué par un forgeron de Lehfed (caza de Jbeil), un membre du parti qui voulait défendre son village.

« Il nous a fallu beaucoup de temps et d’efforts pour retrouver ou reconstituer tous ces objets. Nous avons fait un appel aux dons. De nombreuses personnes nous ont aidés dans ce cadre », précise le directeur du musée.

Fin de la visite, on peut lire sur une plaque non loin du mur de sortie : « Ce musée est un hommage à tous les combattants libanais morts pour leur idée du Liban, à tous les martyrs de la Croix-Rouge et toutes les organisations humanitaires, aux soldats de la paix tombés au Liban, aux blessés et handicapés de la guerre, et à tous les civils qui ont péri durant la guerre du Liban. »


Lire dans notre dossier spécial pour la 44e commémoration de la guerre libanaise :

La conflagration du 13 avril, apogée d’un long processus de crises en cascade, par Michel Touma

Pourquoi l’État n’arrive toujours pas à s’imposer 29 ans après la fin de la guerre, par Zeina Antonios

Ils ont couvert la guerre du Liban : cinq journalistes livrent leurs souvenirs les plus marquants, par Julien Abi Ramia et Matthieu Karam

Le 13 avril 1975 dans la presse : un "dimanche noir", plusieurs récits, par Claire Grandchamps

Sur Facebook, un féru d’histoire raconte la guerre du Liban « au jour le jour », par Zeina Antonios

Le bus de Aïn el-Remmané, véhicule de nos mémoires tourmentées, le récit de Marwan Chahine

La difficile écriture historique de la guerre civile, le commentaire de Dima de Clerck

Avril 1975, sorties et rentrées des artistes, par Maya Ghandour Hert

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TrucMuche

C'est un musée ou un mouroir?

Emmanuel Pezé

En tant que quotidien francophone, vous auriez pu dire un mot sur les volontaires français, dont plusieurs ont payé de leur vie leur solidarité avec les chrétiens du LIban, dans les combats aux côtés des Kataëb à Beyrouth, dans le centre-ville, sur le port, dans la montagne ou à Tall El Zaatar. Un mur, qui ne passe pas inaperçu, leur est consacré dans l'escalier du Musée...

Honneur et Patrie

Je n'apprécie pas beaucoup l'emploi du terme "martyr" parce qu'il a été employé abusivement même trop abusivement pour les kamikazes suicidaires assassins par voitures piégées etc. Je préfère et de loin l'emploi du terme "héros". Le "héros" est celui qui meurt pour la Patrie, sa Patrie. C'est le sacrifice suprême pour la Patrie.
Le parti Kataéb, c'est le parti des héros morts au Champ d'Honneur pour l'indépendance, la souveraineté et la liberté de notre patrie, le Liban éternel.

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