Le CFP de l’USJ mise sur une approche holistique pour accompagner ses apprenants vers l’emploi. Élissa Makhoul
Avec pour mission initiale de créer des formations continues destinées à des diplômés et à des professionnels qui souhaitent mettre à jour leurs compétences, le Centre de formation professionnelle (CFP) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth s’est lancé dans une autre aventure axée sur le social, en collaborant avec des partenaires issus de la société civile.
Lancée en collaboration avec l’ONG Anera (American Near East Refugee Aid), une formation technique et professionnelle vise à offrir aux jeunes issus de communautés vulnérables et qui n’ont pas nécessairement obtenu le baccalauréat l’opportunité d’intégrer le système universitaire, de se former et de développer un
savoir-faire, afin de pouvoir trouver un emploi. Le programme cible le besoin en « compétences techniques recherchées dans le monde professionnel. Il ne cherche pas à remplacer les cursus offerts d’habitude à l’université », affirme Fadi el-Hage, délégué du recteur de l’USJ pour le développement professionnel et directeur du CFP.
Particulièrement indispensable dans le contexte actuel du pays, ce programme permet ainsi aux jeunes d’intégrer des cursus de formations professionnalisantes, de la gestion et de l’hôtellerie au stylisme assisté par l’intelligence artificielle, en passant par l’agriculture et la production de produits laitiers, ainsi que l’infirmerie. « Quand certains parmi ces jeunes sont entrés à l’université, ils ont été très émus et ils m’ont dit : “on n’aurait jamais imaginé qu’on pouvait avoir accès à des cours universitaires” », rapporte Fadi el-Hage, citant des témoignages qui l’ont marqué.
À l’issue des formations, le CFP délivre des certificats aux participants, « une attestation témoignant des compétences acquises » qui leur permettra, « surtout en temps de crise et pendant la guerre, d’intégrer le monde du travail, au lieu de se retrouver au chômage », ajoute-t-il.
Financé par Anera qui prend en charge les participants, et prodigué dans la Békaa, le nord et le sud du pays, ce programme s’étale sur environ 100 heures de formation, divisées entre la théorie et la pratique. « Nous espérons que les stages qu’ils sont tenus d’effectuer leur ouvrent la possibilité d’être recrutés. »
Toujours sous le volet social, le CFP offre un programme en collaboration avec le Fonds arménien de Paris, suite à la signature d’un MoU, destiné aux Arméniens du Liban, prodiguant aux femmes et aux jeunes des compétences pour faciliter leur recrutement, à travers des formations allant de l’assistance dentaire et de l’assistance en soins de santé au marketing numérique. « Nous essayons de développer de plus en plus ce genre de programmes pour qu’on ne soit pas seulement orientés vers des personnes qui ont les moyens et la possibilité de se former. Nous offrons des formations qui sont bénéfiques aux personnes démunies », souligne le directeur du Centre de formation professionnelle.
L’IA, incontournable dans les formations
Quant aux formations continues du CFP, il est crucial pour Fadi el-Hage que les programmes soient accrédités par des organismes internationaux, constituant ainsi « une valeur ajoutée ». À titre d’exemple, parmi les dernières formations en date figurent le coaching exécutif, un programme accrédité par la Fédération internationale de coaching ou le programme sur le leadership, accrédité par Maxwell Leadership. « Nous veillons à ce que nos programmes soient reconnus sur le plan international. Les accréditations sont aujourd’hui indispensables, s’inscrivant dans le cadre des parcours flexibles et de la nouvelle vision de l’université », assure-t-il.
Dans le cadre de ses formations continues, le CFP dote ses apprenants de compétences essentielles soit pour le développement de leur carrière, soit pour une réorientation professionnelle. « Il s’agit de compétences transversales psychosociales, comme la communication, la négociation, le team building (cohésion d’équipe), la prise de parole en public, la gestion du stress et des émotions, ou de compétences techniques comme dans le secteur de la santé, de l’ingénierie ou d’autres domaines. Et aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, on a développé de nouveaux certificats », affirme le directeur du centre.
Le CFP a d’ailleurs adapté ses formations à l’intégration de l’IA dans le monde professionnel. Il offre désormais un vaste programme dédié à l’intelligence artificielle générative, mais aussi spécialisée. « De plus en plus, on nous demande des formations en IA par discipline, que ce soit en médecine, en soins dentaires, en droit, en édition, en stylisme ou en éducation », explique Fadi el-Hage, ajoutant que le CFP prodigue des formations sur mesure à la demande, en plus d’études de besoins, aux entreprises et institutions dans différents domaines.
Des formations axées sur les résultats des recherches universitaires
En outre, pour tous ses programmes, le CFP travaille sur l’insertion professionnelle à plus d’un niveau. Tout d’abord à partir des stages qui deviennent une occasion pour trouver du travail, mais aussi à travers le service de l’insertion professionnelle et le service de la vie étudiante de l’USJ, ainsi que Berytech, le pôle technologique de cet établissement, avec lesquels collabore le CFP. « C’est tout un écosystème, une approche un peu holistique, axée sur la collaboration entre les différentes entités de l’USJ, afin d’aider les étudiants, mais aussi les diplômés du CFP à trouver du travail. »
Au-delà de ce réseau, ce qui caractérise également la formation continue du CFP c’est la qualité des méthodes d’intervention, les enseignants eux-mêmes devant suivre un programme de formation de formateurs. « Il ne suffit pas d’être enseignant pour être un bon formateur. Le formateur a une autre posture. » Autre point fort, les formations sont contextualisées et sont adaptées aux besoins du marché. « Nous souhaitons que les apprenants restent au Liban, et qu’ils y développent leur carrière, on ne les forme pas pour qu’ils migrent », poursuit Fadi el-Hage.
En parallèle, le CFP tente de réinvestir les résultats des recherches produites à l’USJ dans ses formations, en collaborant avec des entreprises, dans le but d’augmenter leur productivité et d’améliorer leurs techniques et la qualité de leur production. « Aujourd’hui, on essaie par tous les moyens d’utiliser la recherche pour l’investir dans le monde professionnel. Il n’y a plus ce clivage entre l’université qui vit sur son piédestal d’un côté et puis le monde du travail d’un autre. Il y a plutôt des liens qui sont créés entre le monde professionnel et le monde académique, entre les chercheurs et les techniciens », conclut le directeur du CFP.

