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Liban

À Beyrouth, Pompeo assure le service après-vente de Trump

Liban-États-Unis

Les Libanais « doivent être courageux » face au Hezbollah et « s’opposer à ses desseins hégémoniques », selon le secrétaire d’État US.

Fady NOUN | OLJ
23/03/2019

Venant d’Israël, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a débarqué au Liban hier en tenue de combat, et c’est en termes très peu diplomatiques et sans mâcher ses mots qu’il a dénoncé les « activités déstabilisatrices » du Hezbollah au Liban et invité les Libanais à faire preuve de « courage » dans leur opposition à « ses desseins hégémoniques ».

Fidèle à la lutte contre l’Iran dont l’administration Trump a fait l’axe principal de sa politique dans la région, M. Pompeo a accusé en substance le parti chiite de piller les ressources de l’État en faisant mine de jouer le jeu des institutions libanaises, mais, en réalité, en poursuivant une politique forgée en Iran à travers sa « branche armée terroriste ».

À peine sorti de sa rencontre avec le président de la Chambre Nabih Berry, il a assuré dans un tweet que les États-Unis et Israël se tiennent « côte à côte », comme pour réduire à rien symboliquement tous les propos qu’il venait de tenir avec M. Berry

Cette offensive a atteint son paroxysme dans une conférence de presse conjointe qu’il a tenue avec le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil. Toutefois, aux propos de M. Pompeo, les dirigeants ont tenu un seul langage : « Le Hezbollah est un parti libanais, et ses députés ont été élus par le peuple libanais ; certes, des divergences existent, mais l’unité interne et la paix civile passent avant toutes les divergences. »


(Lire aussi : Bourbon ou vodka ? L'édito de Issa GORAIEB)


Une journée harassante

Venant d’Israël, après une première escale à Koweït, M. Pompeo a eu une journée harassante. Il a été reçu par le chef de l’État, le président de la Chambre et le président du Conseil, a rencontré la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan et le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, avant de se rendre au domicile du président du chef druze Walid Joumblatt et de rencontrer au siège de l’ambassade US, à Aoukar, le président des Forces libanaises, Samir Geagea, et son épouse. En soirée, il a assisté à un grand dîner offert en son honneur au domicile de Michel Moawad, député de Zghorta. Aujourd’hui, il pourrait poursuivre ses rencontres, et se rendre en particulier à Bkerké et au siège de l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth.

À l’issue de sa réunion avec le président du Parlement, le chef de la diplomatie américaine a « insisté sur les préoccupations des États-Unis concernant les activités déstabilisatrices du Hezbollah au Liban et dans la région et les risques qu’elles représentent pour la sécurité, la stabilité et la prospérité du pays », a indiqué son porte-parole Robert Palladino.

Le Hezbollah n’a pas tardé à réagir aux propos lancés par le responsable américain. « Qu’est-ce que les Libanais attendent de l’Amérique et de son ministre des Affaires étrangères à part une incitation à la division du peuple libanais ? » se sont interrogées des personnalités proches de ce parti.


(Lire aussi : Pour Aoun, la communauté internationale reporte indéfiniment le retour des réfugiés)



Unité et fissures

L’unité de façade manifestée par les dirigeants n’a pas été sans quelques fissures, certaines parties locales s’étant montrées plus sensibles que d’autres aux propos musclés de M. Pompeo. C’est ainsi que sa visite à la ministre de l’Intérieur et au Premier ministre ont été, apprend-on, plus détendues que celles qu’il a effectuées au président Berry, puis au chef de l’État Michel Aoun. À Baabda, les observateurs ont noté que le président a fait attendre une petite minute durant le secrétaire d’État américain, qu’il n’a pas salué ses deux adjoints, David Hale et David Satterfield, et que M. Pompeo n’a pas signé le registre d’or de la présidence.

Avec Mme el-Hassan les soucis sécuritaires ont été mis en avant par le secrétaire d’État, notamment en ce qui concerne la sécurité de l’Aéroport international de Beyrouth.

Les écarts diplomatiques de M. Pompeo que certaines parties ont relevé s’insèrent, selon le politologue Sami Nader, dans un contexte géopolitique qui comprend deux grandes priorités : la confrontation avec l’Iran, et à cet égard, l’heure est aux pressions maximales. Ainsi, M. Pompeo s’est félicité de l’appel aux dons lancé récemment par le secrétaire général du Hezbollah à ses partisans, estimant que les mesures destinées à étrangler économiquement la République islamique commencent à porter leurs fruits.


(Lire aussi : Le BN renvoie dos à dos Pompeo et le Hezbollah)



La carte géopolitique du gaz

Mais, analyse Sami Nader, il est un autre objectif, plus stratégique, que poursuivent les États-Unis. Il porte sur la nouvelle carte géopolitique du gaz en Méditerranée orientale. À cet égard, il a relevé qu’avant son arrivée à Beyrouth, un véritable sommet pétrolier et gazier s’est tenu en Israël, où ont débarqué le Premier ministre grec et des responsables chypriotes. La carte en question, précise-t-il, ne porte pas seulement sur la production, mais aussi sur la distribution des dérivés pétroliers, dans le cadre d’un projet de pipe-line qui alimenterait l’Europe, sans passer par l’espace contrôlé par la Russie. Sachant que l’un des engrenages de déstabilisation de la Syrie a pu être le projet de construction d’un pipe-line venant du Qatar, auquel le régime syrien se serait opposé.

Les propos de M. Nader expliquent pourquoi, dans la conférence de presse conjointe qu’il a tenue au palais Bustros, M. Bassil a invité les grandes compagnies américaines à participer aux appels d’offres lancés par le Liban pour l’exploitation de ses ressources gazières maritimes, regrettant le fait que, jusqu’à présent, ce sont uniquement des compagnies européennes et russes qui se sont alignées, en dépit des conflits d’intérêts qui opposent l’Europe à la Russie. Enfin, Sami Nader y a vu, dans la manière de faire de M. Pompeo, une ressemblance avec ce que les États-Unis tentent de faire en ce moment au Venezuela, où Washington fait de tout pour faire tomber la dictature du président Maduro, et faciliter la prise de pouvoir des forces de changement.


(Lire aussi : Vague de condamnations après les propos de président US sur le Golan)


Pas de « droit de rester » pour les déplacés syriens

Par ailleurs, des propos plus conventionnels ont été tenus par le secrétaire d’État américain. C’est ainsi qu’il a insisté sur « la nécessité (pour les États-Unis) de continuer à soutenir les institutions légitimes de l’État », en référence à l’aide financière et l’entraînement fournis par Washington à l’armée libanaise.

MM. Pompeo et Berry ont également discuté de « la nécessité de maintenir le calme le long de la frontière entre le Liban et Israël », a précisé le porte-parole du secrétaire d’État.

Le volet réfugiés syriens a également été abordé avec M. Pompeo, aussi bien par le président Aoun que par le ministre Bassil. Dans sa conférence de presse, ce dernier a souligné que « la nécessité d’un retour dans la dignité ne signifie pas un retour volontaire », et que la nécessité de réunir les conditions d’un retour dans la dignité « ne donne pas aux déplacés le droit de rester ».

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L’azuréen

Il faut savoir ménager la chèvre et le chou! Le tout occidental ou le tout arabe ou tout iranien n’est pas bon , on l’a vu des centaines de fois en pratique et cela nous a coûté des décennies d’emmerdements . Donc soyez ouverts et pragmatiques.

Saab Edith

Attention à vos tentations anti-occidentales et anti-américaines !
Et surtout que notre quotidien ne tombe pas dans les bras de la dictature des Mollahs et de leur bras politico-armé du Hezb.
Il vous faut choisir ou rester complètement neutres et ne pas "manger à tous les rateliers."

Gros Gnon

"...Pompeo assure le service après-vente..."
Ha! ha!
Quelle façon subtile de dire qu’ils sont tous des vendus...
Mort de rire

AIGLEPERçANT

La SOTTISE confond toujours négocier et se soumettre.

Proverbe indien du punjab.

Quand on s'est SOUMIS aux us-raeliens, malheureusement, on ne peut plus négocier, on subit. Ça fait 70 ans qu'on vit cette situation, on EST PAS DES BENSAOUDS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT COMPRENDRE QUE LES SANCTIONS DES ETATS UNIS SI RENFORCEES CONTRE LE HEZBOLLAH AFFECTERAIENT INDUBITABLEMENT ET MENERAIENT A LA FAILLITE ET L,ETAT ET LE SECTEUR BANCAIRE DU PAYS. TOUS LES CITOYENS PERDRONT. LA LOGIQUE ET LA SAGESSE SONT DE RIGUEUR. LA RUSSIE ET L,IRAN NE PEUVENT RIEN NOUS OFFRIR DE BON CAR ILS ONT EUX-MEMES BESOIN DE SOUTIEN. LA POLITIQUE DOIT ETRE PLANIFIEE ET SUIVIE EN CONSIDERANT LES INTERETS ECONOMIQUES DU PAYS ET DE SON PEUPLE TOUT ENTIER. UNE COMMUNAUTE SEULE NE DOIT ET NE PEUT PAS IMPOSER SON HEGEMONIE SUR TOUTES LES AUTRES ET MENER A LA CATASTROPHE ECONOMIQUE ET EXISTENTIELLE DU PAYS ET DE SON PEUPLE !

Marionet

IL faut reconnaître au chef de l'État un sens très politique de rééquilibrage des relations internationales du pays et une absence totale de complexes d'infériorité à l'égard des Etats-Unis, d'Israël, de la Syrie, etc. Ce sursaut de dignité fait du bien là où ça fait mal.

Tina Chamoun

Encore faut-il qu'on ait acheté leurs idées saugrenues au clown peroxydé et à Pomp hé oh. Heureusement qu'il existe encore de vrais Libanais à qui on ne la fait pas et qui résistent de la plus belle manière!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DEUX LIGNES SOUS LA PHOTO... DES PAROLES D,OR !

Rossignol

Grande victoire pour le parti de la resistance, Pompeo arbore fierement ses couleurs ,sur sacravatte.

Sarkis Serge Tateossian

Moi j'aime l'Amérique comme beaucoup de libanais. Mais l'Amérique de Trump m'a énormément déçu...depuis son arrivée.

Que veut dire Pompeo par avoir le courage de s'opposer au Hezbollah ?
Notre pays après 40 années dincertitudes, de conflits et de guerres ...que doit faire encore pour faire plaisir à ses "voisins" ?

L'Amérique en tant que grande puissance a la possibilité d'apaiser la région et rapprocher les peuples pour ne plus donner de raison d'existence à des milices comme le Hezbollah...
Ça, aurait pu être un acte héroïque et appréciable par nous tous.


À la place d'une telle démarche réconciliatrice Pompeo nous demande de refaire une guerre fratricide ?

Dans ce sens sa position et suggestion deviennent incompréhensibles.

Irene Said

...à force d'utiliser les mêmes mots et expressions...ils perdent de leur saveur...et de leur originalité...!!!
Irène Saïd

AIGLEPERçANT

Service après-vente??

Surtout pas.

Irene Said

"...que le président a fait attendre une petite minute le secrétaire d'Etat américain, qu'il n'a pas salué ses deux adjoints..." etc.

Merci, pour ce comportement exemplaire de la part d'un chef d'Etat !

Même si vous n'êtes pas d'accord avec la politique du pays que représente Mike Pompeo (nous le sommes tous !) la politesse élémentaire envers les visiteurs est primordiale, surtout de la part d'un "chef d'Etat".

Allez...un point de plus au tableau des gaffes et bévues de toutes sortes de la part des "responsables libanais" et notre pays en sort grandi en bonne réputation !
Irène Saïd

Lecteurs OLJ

Je n’ai pas aimé cette tournée de grand duc, les affaires étrangères sont constitutionnellement du ressort du président de la république. M. Pompeo n’avait que faire auprès des personnalités rencontrées, sauf à créer des embouteillages monstres.
M. Pompeo veut que les Libanais servent de chair à canon contre l’Iran et ses sbires, soit, mais qu’il leur donne les moyens de subsister, de résister, de lever les armes,
Ventre creux et affamé ne fait pas une armée. Les paroles non plus.
Georges Tyan

AIGLEPERçANT

Tout au plus il aura mis un peu de baume dans le cœur de quelques liba-niaises et libaniais.

On va sûrement les voir exulter pour pas grand-chose.

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