Liban

La lutte d’influence américano-russo-iranienne bat son plein

Décryptage
22/03/2019

Les événements semblent se précipiter dans la région. Il y a eu ainsi la rencontre tripartite entre les chefs d’état-major des armées irakienne, iranienne et syrienne à Damas, qui a été suivie d’une visite impromptue du ministre russe de la Défense, Serguei Choïgou, dans la capitale syrienne, et qui a précédé de peu le secrétaire d’État américain Mike Pompeo en tournée au Koweït, en Israël et au Liban.

Ces rendez-vous qui se chevauchent à un moment très particulier dans la situation régionale ne peuvent pas être fortuits et, plus que jamais, les dossiers régionaux sont liés entre eux, même si les responsables libanais cherchent désespérément à dissocier la situation au Liban de celle des pays voisins, sans trop y parvenir toutefois en raison notamment du pressant dossier des déplacés syriens.

Selon une source diplomatique libanaise, même si la visite de M. Pompeo dans la région, et en particulier au Liban, était prévue depuis quelque temps – son adjoint David Satterfield était venu à Beyrouth pour la préparer –, elle arrive à point nommé pour constituer une riposte indirecte aux déplacements iraniens et russes en Syrie.

Selon la même source, la rencontre des trois chefs d’état-major est de la plus haute importance sur le plan des messages adressés aux autres protagonistes dans la région. D’abord, le fait qu’il s’agisse de généraux montre une volonté de donner un aspect militaire aux discussions. En même temps, comme il ne s’agit pas des ministres de la Défense des trois pays, cela signifie que les décisions prises ont une dimension opérationnelle sur le terrain. Il est clair qu’à travers cette réunion, les Iraniens ont voulu confirmer le lien géographique entre l’Iran, l’Irak et la Syrie qui constituait un objectif stratégique pour l’axe dit de la résistance. Il y a eu ainsi l’annonce de la réouverture officielle des frontières entre l’Irak et la Syrie, en dépit de la présence des troupes américaines à Tanaf, qui n’est pas trop éloigné de Bou Kamal. Il s’agit là, d’ailleurs, d’une décision à double portée, à la fois militaire, dans le sens de la confirmation du lien stratégique entre les trois pays en cas d’agression américaine ou même israélienne, et économique, au moment où l’administration américaine impose un blocus économique à l’Iran.

Selon la même source, la visite du ministre russe de la Défense à Damas qui a immédiatement suivi cette rencontre tripartite était certainement liée aux décisions prises par les trois chefs d’état-major. Certains médias occidentaux ont interprété la visite de M. Choïgou comme le signe d’un désaccord entre l’Iran et la Russie, non seulement au sujet de la Syrie, mais aussi de l’ensemble des dossiers de la région, Moscou souhaitant être le principal et presque le seul décideur alors que l’Iran veut avancer ses pions. Mais, toujours selon la même source, la réalité serait différente. Serguei Choïgou serait donc venu pour rappeler certes la présence et l’influence russes en Syrie, mais en même temps, il n’est pas question pour la Russie d’entrer en conflit avec l’Iran sur le dossier syrien ou sur les autres dossiers régionaux. Ce qui rassemble la Russie et l’Iran est plus important que les petites divergences sur des dossiers mineurs. Les deux pays sont en effet soumis à des sanctions américaines et à une sorte de blocus économique et financier, et, en même temps, les États-Unis mènent « une guerre douce » contre la Russie et l’Iran à travers de nombreux champs de confrontation, comme l’Ukraine, l’Irak, les pays du Golfe et, de temps à autre, la Turquie. Par conséquent, même s’il y a des divergences entre Moscou et Téhéran au sujet par exemple du nord de la Syrie et de la bataille que souhaitent Damas et Téhéran à Idleb, ou encore au sujet de l’approche avec les Israéliens, leur entente reste bien trop profonde et leurs intérêts communs bien trop importants pour être remis en cause par ce genre de dossier.

C’est donc bien pour tenter de préserver l’influence des États-Unis dans la région que Mike Pompeo vient aujourd’hui à Beyrouth. M. Pompeo, qui a succédé à Rex Tillerson au département d’État américain il y a exactement un an, est connu pour ses positions hostiles à l’Iran et pour sa volonté affichée de contrer l’influence de ce pays dans la région. Depuis sa désignation, la politique américaine dans la région se concentre sur deux points : renforcer l’axe régional hostile à l’Iran et préparer le terrain au « deal du siècle » entre les Israéliens et les Palestiniens. C’est dans ce cadre par exemple que s’est inscrit le sommet de Varsovie, en février dernier, dont on ne peut pas dire qu’il a été un grand succès. Si M. Pompeo sait que sa mission au Liban n’est pas facile en raison des rapports de force qui régissent la vie politique dans ce pays, il compte toutefois, selon la source diplomatique libanaise, rappeler que l’administration américaine conserve une grande influence dans ce pays, qui, par conséquent, ne peut pas basculer dans le camp russe ou iranien. Même si Téhéran a gagné une manche contre Washington en Irak, il ne devrait pas rafler la mise au Liban. Mike Pompeo sera là pour le rappeler.

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AIGLEPERçANT

SCARLETT grande journaliste d'investigation n'est pas là pour écrire ce qui pourrait FAIRE plaisir aux liba-niais ou pas.

Soit on critique ce qu'elle écrit soit on s'abstient de LA CRIQUITER PERSONNELLEMET.

CECI EST VALABLE POUR TOUS LES JOURNALISTES DE L'OLJ.

CECI dit je trouve Scarlett véridique quand elle écrit que AYANT CONSTATÉ LEUR ÉCHEC EN IRAK PAR LA VISITE DE ROHANI, POMPEO SE PRÉCIPITE AU LIBAN POUR ESSAYER DE RECOLTER LES MORCEAUX QUI LUI RESTENT, COMME TENTENT DE LE FAIRE LES BENSAOUDS, FACE À L'AVANCÉE DES RUSSO IRANIENS SYRIENS.

Irene Said

"...même si les responsables libanais cherchent désespérément à dissocier la situation au Liban de celle des pays voisins..."
Et le Hezbollah, milice iranienne sous couvert de "résistance libanaise" sur notre territoire, vous ne la connaisseez pas, pour ne pas le mentionner dans votre article, par ailleurs très fourni en informations sur la région ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE ANALYSE QUI AURAIT PU ETRE CONSIDEREE COMME OBJECTIVE DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD SI SA PLUME N,AURAIT PAS DERAPEE SOUVENT EN CHEMIN...

Bery tus

Le jeu ne fait que commencer !!

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