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La Dernière

Noubar Eskidjian, artisan du nouveau monde

Positive Lebanese
27/02/2019

L’atelier de ce spécialiste du cuivre ressemble à un vrai atelier. Machines en tout genre, outils dont certains sont visiblement plus âgés que leur propriétaire, coins encombrés et étagères surchargées, moules et moulages partout, objets en devenir qui laissent planer le suspense, bouteilles et boîtes en plastique, pinceaux et crayons, et surtout partout, des murs aux planchers, des quelques mètres carrés jusqu’au quartier tout entier, une passion. La vraie passion. Celle qui transcende les âges et les époques, les nécessités économiques et les automatisations de facto.

Nous sommes à Bourj Hammoud et Noubar Eskidjian est un artisan. Il travaille le cuivre comme son père l’a fait avant lui, et en parle comme une vraie vocation. L’artisanat au Liban ne relève pas du luxe. Il a longtemps été une nécessité. Surtout pour ces populations arméniennes qui se servaient de leurs mains, de leur savoir-faire et de leur talent pour mieux s’intégrer au tissu géographique, social et économique de leur ville d’accueil. L’artisanat au Liban ne relève pas du folklore. Il est issu d’un héritage culturel ancestral qui perdure quand tout le reste disparaît ou se transforme. L’artisanat au Liban ne relève pas du passé. Il est, comme dans le reste de la planète, un outil indispensable aujourd’hui pour créer des écosystèmes durables dans un environnement en déliquescence et où le retour aux sources est la clé face aux défis de ce nouveau monde qui se profile.Tout cela, l’ONG Nahnoo l’a bien compris. Cette formidable association travaille sur plusieurs volets comme la bonne gouvernance, la mise à disposition des espaces publics et la préservation nécessaire des patrimoines bâtis et intangibles. Intangibles mais tellement ancrés dans le paysage qu’étudier leurs évolutions, leurs fragilités et leurs forces, et fournir des solutions à long terme est un travail nécessaire pour préserver la cohésion d’un tissu urbain qui a longtemps souffert de trop plein et de difformités.

Noubar Eskidjian et son atelier de cuivre, ses exécutions artistiques, ses correspondances avec des architectes qui ont compris la valeur de son travail, son expérience dans le domaine et tout l’amour qu’il met dans chacun de ses gestes patiemment enseignés par son père fait partie d’une famille soudée, celle des artisans de Bourj Hammoud qui, dans les nombreuses ruelles de ce quartier tout en couleurs, continue d’exister. Ils seraient plus de cent nous racontent Farah Makki et Jessica Chemali, qui s’occupent chez Nahnoo de cette étude minutieuse. Des corps de métier différents, variés mais toujours manuels avec la notion de transmission et d’héritage comme trait d’union. Et même si le danger guette dans un monde de plus en plus pressé et en quête de performance et de diplômes, un retour aux sources, aux vraies valeurs, à la dextérité vient aujourd’hui s’opposer à l’automatisation du travail et aux machines plus productives. On a juste envie de revenir à l’essentiel et le vent du changement qui souffle sur la terre aujourd’hui est bien plus amical pour les hommes et les artisans que les souffles des machines qui ne fascinent plus personne.

Dans son travail sur les politiques territoriales, l’ONG a bien compris que les artisans de Bourj Hammoud allient parfaitement les notions de passation, d’expertise, d’artisanat et de cohésion sociale. Quand un artisan se fait aider par un autre artisan, quand les savoirs se mêlent et fusionnent, c’est toute une ville qui s’agite et reprend vie, c’est tout un esprit qui se ranime et fait frémir l’espoir, c’est tout un pays qui imprime son héritage et son histoire. Et partout au Liban aujourd’hui, les nouvelles générations de créateurs, de penseurs, de designers ont compris l’importance de ce formidable vivier. Et les petites échoppes au coin des rues, les ateliers rudimentaires sont autant de merveilleuses découvertes et perpétuations de ce qui fait la véritable identité d’une nation tout entière qui a juste besoin de perpétuer sa prodigieuse histoire dans tous ses aspects.

Entre-temps, le sourire de Noubar Eskidjian illumine son atelier encombré d’années de travail. Et quand son père vient encore gratter le cuivre, c’est tout à coup une évidence qui s’installe dans cette petite boutique de Bourj Hammoud, celle d’avoir choisi pour ses mains une activité noble, pérenne et tellement essentielle pour un quartier, une ville, un pays et pour le monde tel qu’on voudrait le vivre demain.

*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovants, optimistes et pleins d’amour pour leur pays.




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