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La Dernière

Raymond Nahas, ou l’esquisse d’un Liban tant aimé

Positive Lebanese
31/10/2018

Derrière son bureau dans sa librairie Fabriano à Verdun, Raymond Nahas est un homme heureux. Un homme qui affirme que la vie commence à 80 ans et qui a su mener sa trajectoire avec panache, droiture et optimisme. Un optimisme qui fait chaud au cœur et qui rafraîchit l’esprit. Ce grand monsieur de 88 ans a le sourire doux de ceux qui rêvent encore et qui n’ont jamais douté de la grandeur de leur pays.

Le Liban, Raymond Nahas le porte en lui comme un enfant, comme un destin, comme un dessin. Orphelin de père à six ans, il comprend très vite qu’il va devoir endosser de grandes responsabilités, seconder sa mère italienne dont il parle avec beaucoup d’admiration, et surtout jongler entre sa créativité et son sérieux, son enthousiasme et son devoir. De ce mélange détonant découlera une vie pleine de défis relevés, de joies légitimes, de sens de la famille et de ce patriotisme jamais remis en cause. Détenteur de plusieurs décorations étrangères, directeur de publicité, père, grand-père et mari comblé, fidèle à son poste à la librairie dès 6h30 tous les matins depuis 67 ans, rien n’a jamais fait dévier Raymond Nahas de cet adage qui dit que « le travail, c’est la santé ». Et aucun effort ne sera jamais épargné pour accomplir de si belles réalisations et rester dans la trajectoire du juste.

D’abord l’incroyable défi de ne jamais quitter ce quartier de Verdun qu’il aime tant, même au plus profond des terribles épisodes de cette guerre qui a tenté de séparer les chrétiens des musulmans. Plusieurs fois menacé, pris pour cible, il s’en est sorti par le dialogue, le respect et la conciliation. Et alors qu’on lui proposait d’entrer en politique, il a préféré rester dans le service et le social, faire de la rue Verdun une artère à sens unique pour dégorger la circulation, devenir président des commerçants de ce quartier et surtout offrir une fontaine, magnifique œuvre de l’artiste Marco Bravura et qui représente les ailes de l’ADN en mosaïque colorée.

Car l’Italie fait partie intégrante de l’ADN de ce monsieur qui a très vite compris l’importance de l’art dans l’éducation des jeunes. Et ce sera plusieurs dizaines de générations d’enfants qui participeront religieusement, chaque année, au « Concours Fabriano » qui propose depuis 1962 divers sujets à illustrer.

Initié par Raymond Nahas, que beaucoup surnomment « monsieur Fabriano », ce concours est une bien belle histoire qui engendre de bien belles histoires. Comme un rendez-vous à ne pas rater, l’art est ainsi entré dans la plupart des écoles aux quatre coins du Liban dans une continuité jamais interrompue, donnant aujourd’hui à plus de 100 000 élèves la possibilité de montrer toute l’étendue de leur talent. Un jury international sélectionne les meilleurs dessins qui seront ensuite exposés dans différentes villes du monde. Ce ne sont pas moins de 87 expositions qui ont été organisées depuis la création du concours et qui exportent les talents libanais dans le monde. Les yeux de Raymond Nahas brillent très fort quand il nous raconte les destins changés de tel lauréat qui s’est retrouvé peintre du Vatican ou telle candidate qui s’est vu offrir une bourse dans une université italienne pour parfaire ses compétences.

Encourager l’art, faire éclore les aptitudes, faire connaître le Liban et ses enfants dans le monde, même si le travail est gigantesque, les retombées de ce concours pérenne sont légion. C’est aussi un rendez-vous entre l’Italie et le Liban, renouvelé chaque année et qui déborde souvent des seules limites du concours. Telle cette équipe d’artistes italiens venue enseigner l’art de la mosaïque à des universitaires, ces bourses données pour réaliser de nombreux rêves, ces voyages en Italie ou encore la grande cérémonie prévue en 2019 pour fêter les 20 ans de la fontaine monumentale de 6 mètres de hauteur. Échanger avec Raymond Nahas, c’est renouer avec certaines valeurs morales et humaines qui font tellement de bien. C’est l’écouter déclamer avec passion et sans hésitation quelques-uns des plus beaux poèmes de la langue française. C’est lui demander gentiment de nous dédicacer son livre de recueil d’impressions et de souvenirs. C’est l’entendre dire son amour pour le Liban à qui il faut donner, donner, et son souhait de voir ce pays s’apaiser, reprendre des couleurs et rayonner de cette belle lumière qui entrait ce matin-là dans la librairie Fabriano de ce grand monsieur.


*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d'amour pour son pays. (voir ici)


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Talaat Dominique

je l'ai vu plusieurs fois en allant acheter l'Orient le Jour .
je me rappelle , il y a quelques années, je suis entré et il m'avait dit que les journaux français étaient arrivés, et que je lui avais non j'achète l'Orient le Jour

Sarkis Serge Tateossian

Je suis admiratif. En lisant ... On imagine le personnage....
Des gens qui à leur manière écrivent l'histoire de leur quartier, du pays.
Respects.

NAUFAL SORAYA

Raymond Nahas et cette chère Librairie Fabriano, symbole de notre enfance... Nous y avons passé tant de temps à acheter livres, revues et papeterie...

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