X

La Dernière

Jean-Paul Fares, quand mission rime avec passion

Positive Lebanese / « L’Orient-Le Jour » en guerre contre le plastique
28/11/2018

Parfois les images, les chiffres nous submergent. Parfois le découragement nous envahit. Souvent le désarroi domine. Au Liban et ailleurs, l’homme a malmené la planète. L’homme a eu la vue courte et n’a pas anticipé les catastrophes qui guettent. Mais parfois aussi, une rencontre, une initiative, une belle idée et le cœur s’emballe et se remet à espérer.

Face aux dégradations continues sur la nature, la nouvelle génération est mieux informée, plus motivée et certainement plus inspirée que ses aînés. Jean-Paul Fares a 35 ans. Responsable informatique dans une banque, le jeune homme passe tout son temps libre dans son petit atelier à recycler du plastique. Cet amoureux de la nature, du scoutisme et de la mer s’est retrouvé, il y a sept ans, à nager au milieu de détritus non recyclables. Choqué par la situation dans les mers, les océans et la planète, en général, il décide d’agir. Il ramasse des déchets de bois et en fait des sculptures. Mais très vite, il réalise combien le plastique nous envahit. Au quotidien, et nous ne le dirons jamais assez, nous jetons sans réfléchir des tonnes et des tonnes d’objets non recyclables.

Jean-Paul Fares a toujours adoré travailler de ses mains. Seul dans son atelier, il teste, apprend, se renseigne et crée. Des bouteilles de plastique récupérées, il fait des meubles. Mais l’exposition à laquelle il participe il y a deux ans ne lui donne pas satisfaction. Les gens n’apprécient pas l’impact de ses créations et surtout ne comprennent pas vraiment le message véhiculé : réduire drastiquement la consommation de plastique ; ne pas utiliser de bouteilles en plastique jetables ; privilégier les récipients en verre ; remplacer les sacs en plastique par des sacs en toile. Autant de leitmotive qui, s’ils ne résonnaient pas vraiment il y a quelques années, sont devenus, à cause de l’urgence, des gestes indispensables. Et c’est au plastique dur que Jean-Paul Fares décide dorénavant de s’attaquer. Chaises, tables, pièces d’ordinateur, de frigo, de machines électroniques, rien ne lui résiste. Il collecte auprès des particuliers, des proches, des ONG, des chantiers, des centres de tri et patiemment, avec confiance et minutie, redonne vie à cette matière qui représente aujourd’hui un des plus grands périls pour l’écosystème. Cet apprenti inventeur découpe, scie, fragmente, réduit, fabrique des moules et recrée des pots, des cendriers, des sous-verres, des tables, des bureaux, des dalles, le tout sous la marque JP Recycle Design. Mélangés à d’autres matières comme le béton, les fragments de plastique créent la surprise en donnant des effets terrazzo inattendus. Mais surtout, ils retrouvent un nouvel usage et, par ces innovations, s’éloignent totalement de la pollution.

Cet autodidacte avoue passer plus de sept heures par jour à faire ses expériences pour tirer le meilleur produit du pire pollueur. Avec plus de 500 kilos de plastique recyclés par mois, le jeune homme a de quoi faire. Mais cela ne l’empêche pas de poursuivre ses essais, de chercher d’autres matériaux à mélanger au plastique, d’anticiper les prochains objets à recycler et surtout d’organiser des workshops, des conférences et tenter d’éveiller la jeune génération au respect de l’environnement. Parler, expliquer, responsabiliser, alerter, ramasser, nettoyer, trier, recycler, transformer, la mission est vite devenue passion.

Même si des modifications graves et importantes sont déjà visibles au niveau du climat, des sols et de l’air, Jean-Paul Fares est optimiste. Il sent bien que depuis quelques années, la façon de voir les choses a changé. Ses produits se vendent bien et mieux, et les clients savent qu’ils font là un geste responsable. Mais l’ancien scout, l’amoureux de la nature, le passionné de recyclage sait que tant que les habitudes n’auront pas drastiquement changé et que les gens n’y réfléchiront pas à deux fois avant de jeter du plastique dans la nature, il restera beaucoup de travail à faire. Et le voilà reparti dans son petit atelier continuer son grand projet. Un projet de vie, un projet de survie.

Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d’amour pour son pays.


Lire aussi
Alerte au plastique, l’édito de « L’Orient-Le Jour »


Dans la même rubrique
Alice Eddé au pays des merveilles de Byblos


À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué