X

La Dernière

Paola Accari : L’amour bien plus fort que l’oubli

Positive Lebanese
30/01/2019

Sur nos montagnes et sur nos côtes, dans nos villes et nos villages, s’il existe bien un lien sacré, c’est celui qui unit le Libanais à son cercle familial. Nous venons de telle famille, nous appartenons à telle tribu, nous faisons partie de tel clan. Ni la guerre ni les changements d’habitudes n’ont semblé ébranler la cohésion familiale et le respect témoigné aux « anciens ». Et pourtant… Il faut bien l’admettre, de plus en plus de personnes âgées sont seules, abandonnées et souvent en situation de précarité. L’émigration, l’éclatement des familles et les temps difficiles ont malheureusement fait place à une nouvelle réalité. Les « vieux » sont de plus en plus délaissés, les rides de plus en plus creusées et la vie de plus en plus ingrate. Mais parfois il y a des miracles. Parfois il y a de l’amour. Parfois il y a de la lumière. Et de la lumière, il y en a beaucoup dans les yeux brillants de Paola Accari.

Cette quadragénaire dynamique et généreuse a toujours travaillé dans l’humanitaire, mue par un élan spontané envers les autres, un profond désir de faire une différence, et une empathie innée. Venant d’une famille très soudée, orpheline de mère, Paola Accari a grandi à Zghorta entourée d’affection, d’amour et de dévotion. À la mort de son père, en novembre 2011, elle transcende son immense chagrin en créant un groupe sur Facebook pour rassembler des rations de nourriture à distribuer aux personnes âgées démunies et leur organiser un repas de Noël.

Sans vraiment s’en rendre compte, la jeune femme vient de lancer une formidable machine que rien ne semble pouvoir arrêter. Les dons affluent de partout. Les volontaires se déclarent prêts à aider. Et l’enthousiasme est à la mesure des besoins. C’est que la vieillesse est un sujet qui touche tout le monde. Étape immuable de la vie, comment se figurer la profonde solitude et la grande détresse de ceux qui n’attendent plus que la mort ? Comment rester insensible face à leur dénuement ? Comment alors ne pas réagir et leur tendre la main ? Après Noël, il y a eu Pâques et ce qui était un geste pour alléger la misère est devenu une ONG. Gestures from the heart est née le 14 août 2013 avec comme objectif d’aider au maximum les gens du troisième âge à vivre avec dignité.

Dès lors s’organisent, et avec l’aide de dizaines d’adolescents et de jeunes enthousiastes, Meals from the heart, des déjeuners hebdomadaires où, autour d’une table généreuse et d’un décor chaleureux, les vieilles personnes retrouvent l’espoir, la dignité, l’attention et l’affection dont elles sont privés. Et très vite, dans la ville de Zghorta, des liens se tissent. Une grande famille d’amour où les sentiments sont réels et vrais, et les limites sans cesse dépassées. Les initiatives se succèdent et bientôt Gestures from the heart se penche sur les logements insalubres, retape les extérieurs et les intérieurs, améliore les conditions de vie, pallie les besoins élémentaires. Mais pour Paola Accari ce n’est pas encore assez, vu les conditions désastreuses dans lesquelles vivent de plus en plus d’« anciens ». La vie est de plus en plus dure, les destins de plus en plus cruels. Comme certains ne peuvent même pas se déplacer, l’ONG initie Meals on wheels, un programme hebdomadaire de livraison des repas et déménage dans une vieille maison libanaise où les déjeuners du samedi rassemblent plus de 60 personnes âgées, encore plus de volontaires et encore plus d’amour.

Cet amour précieux et spontané est le moteur, le catalyseur, le faiseur de miracles, l’essentiel, le lien sacré. Et c’est surtout ce qui anime Paola Accari, ce qui la rend totalement en paix avec elle-même et les autres, en fusion avec l’univers, en harmonie avec la vie et surtout en constante évolution vers l’aide encore, l’aide encore plus, l’aide toujours. Continuer de pouvoir livrer des repas à ceux qui ne peuvent se déplacer, mettre au point des activités ludiques pour refaire naître des étoiles dans les yeux de ces hommes et femmes « en crépuscule », agrandir son cercle de dons, encourager d’autres à initier des projets, intéresser des donateurs, ouvrir encore plus les bras et accomplir son rêve secret : que plus jamais aucun vieil homme et aucune vieille femme ne connaissent la misère physique ou morale, sans personne pour caresser leurs rides.

Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d’amour pour son pays.


Dans la même rubrique
Maya Bizri veut réparer les vivants

Mayaline Hage avec Assafina et vers la lumière

Jean-Paul Fares, quand mission rime avec passion

Alice Eddé au pays des merveilles de Byblos

Raymond Nahas, ou l’esquisse d’un Liban tant aimé

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ASSHA Férial

Une société civilisée se mesure à sa capacité à inclure les personnes les plus fragiles. BRAVO.

C.K

Des fierté comme ça nous avons beaucoup,merci à cette société civile qui agit à la place de nos élus et réelus moisis.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le compromis présidentiel et les dommages collatéraux

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants