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Liban

Le mouvement de protestation et le sommet économique arabe seront demain côte à côte

Social - Manifestations

« La participation va faire boule de neige », affirme à « L’Orient-Le Jour » le président du Parti communiste, Hanna Gharib.

Claude ASSAF | OLJ
19/01/2019

Outre le sommet socio-économique arabe (ou ce qu’il en reste), un autre événement, mais cette fois local, va marquer la journée de demain dimanche. La manifestation à laquelle ont appelé l’Organisation populaire nassérienne (OPN) présidée par Oussama Saad, le Parti communiste libanais dirigé par Hanna Gharib et nombre d’acteurs de la société civile s’articule autour de revendications touchant aux besoins de la population, dont les conditions de vie liées notamment à la santé, au logement et aux opportunités de travail se détériorent à l’ombre du vide gouvernemental.

Le mouvement devrait démarrer à Barbir dès 12h, passer par Basta et aboutir à la rue Béchara el-Khoury, devant l’immeuble de la Direction des recettes relevant du ministère des Finances, juste à l’extérieur du périmètre de sécurité fermé par les forces de l’ordre en raison du sommet. Une destination riche en signification puisque les revendications des participants visent principalement la politique financière et économique, notamment le système des impôts, qui charge d’un lourd fardeau les classes moyennes et pauvres.

Fait marquant : contrairement à la grève générale du 4 janvier (inégalement suivie dans le pays), la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) ne participera pas au mouvement de protestation de dimanche. Son président, Béchara Asmar, contacté par L’Orient-Le Jour, indique que sa décision a été prise en raison d’« une faiblesse, voire d’un manque de coordination avec les parties organisatrices ». « Nous n’avons pas appelé à la manifestation parce qu’il n’y a pas eu d’agencement entre les différentes composantes », précise M. Asmar, soulignant toutefois que la CGTL « soutient chaque mouvement entrepris dans la rue pour revendiquer les droits des gens et élever une voix qui exprime leurs souffrances ». M. Asmar souhaite « une meilleure collaboration au cours de la période à venir », qui permettrait à son organisme de « se mobiliser davantage ». « Les mouvements de contestation, indique-t-il, ne sont d’ailleurs qu’à leurs débuts. » Et le président de la CGTL d’ajouter : « Nous avons laissé toutefois le choix aux travailleurs de participer dimanche à la manifestation, d’autant que nous portons avec les parties organisatrices une cause commune, qui est celle de défendre les travailleurs. »


(Lire aussi : Beyrouth prend acte du désistement des chefs d’État et... « comprend »)

« Un mouvement architecturé »

Une autre formation semble elle aussi participer de manière réduite à la manifestation de dimanche. Le parti Sabaa, par la voix de son président Jad Dagher, a affirmé à L’OLJ que « seuls les étudiants du parti vont se joindre au mouvement ». « Nous ne figurons pas parmi les organisateurs, et notre participation à cette journée sera symbolique », indique dans ce cadre M. Dagher, soulignant « ne pas avoir d’objection majeure vis-à-vis du mouvement, puisque les demandes se recoupent ». Pourquoi donc la timidité dans la participation ? « Il est des partis politiques auxquels nous ne voudrions pas nous associer », déclare sans détour le président de Sabaa, évoquant « des partis du 8 Mars ». « Le fait que ces formations jouent un rôle dominant dans la manifestation nous pousse à nous interroger et à faire preuve de prudence, notamment à l’égard du discours de circonstance qui sera prononcé dimanche, et qui manque, à notre avis, de transparence », indique M. Dagher. « Il aurait mieux valu que le mouvement soit plus spontané et moins architecturé », conclut-il.

De nombreux syndicats et organisations se sont joints au contraire à l’appel du PCL et à la formation d’Oussama Saad. Parmi eux, l’Union nationale des syndicats, l’Union des syndicats des ouvriers du bâtiment et du bois, des travailleurs de l’industrie alimentaire, des travailleurs de la Békaa, ainsi que les mouvements du Haut-Metn, « Le Akkar n’est pas une poubelle », « Li Hakki » (groupe d’activistes du Chouf), l’Observatoire populaire pour la lutte contre la corruption... Contactée par L’Orient-Le Jour, une militante, Zeina Hélou, affirme que « depuis la manifestation du 16 décembre à Beyrouth à laquelle avait appelé le PCL, les associations civiles tiennent diverses réunions avec ce parti et celui d’Oussama Saad en vue d’organiser une série d’autres mouvements de protestation ». « Nous pâtissons avec eux d’une crise économique en lien direct avec la crise politique », relève-t-elle, mettant par exemple en cause « la décision de la Banque du Liban de convertir en livres libanaises les virements provenant de l’étranger, ainsi qu’un système fiscal qui favorise l’injustice sociale ».


(Lire aussi : Le sommet a révélé l’ampleur du conflit entre les pôles du pouvoir sur les choix stratégiques du Liban)

Économie de rente

À côté de ces accusations, le président du PCL, Hanna Gharib, joint par L’OLJ, déplore que « l’État paie les salaires des fonctionnaires en contractant auprès des banques des prêts dont les intérêts ont augmenté de 4 % (11 % au lieu des 7 % qui avaient cours au préalable), ou encore en empruntant des montants à la Caisse nationale de Sécurité sociale ». Il évoque également la CEDRE (Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises) qui, selon lui, « aura des répercussions très négatives sur les personnes à revenus limités, comme l’augmentation de 5 000 LL du prix du bidon d’essence et la majoration de la TVA de 11 % à 15 % ». Parmi ses revendications, M. Gharib propose de « fixer des impôts de manière ascendante, mettre fin à la monopolisation de l’importation des produits pétroliers, et plus généralement au gaspillage, à la corruption et aux bazars ». « Au lieu d’une économie de rente, il faut renforcer l’industrie et l’agriculture et faire du Liban un pays producteur plutôt que consommateur », ajoute M. Gharib, mettant en garde contre « un effondrement économique ».

Quant à Oussama Saad, il a appelé au « rejet des politiques économiques et sociales exercées par le pouvoir politique », évoquant en vrac « le niveau déplorable des allocations sociales, l’absence d’indemnités de retraite, le défaut de transparence des administrations publiques, la négligence au plan de l’enseignement public et la corruption fondée sur les partages des parts et des compromis ». Il a mis l’accent sur « l’importance du rôle des jeunes pour réaliser le changement à travers une mobilisation visant à construire un État civil, démocratique et juste, et établir une équation nationale qui ferait face à celle du pouvoir confessionnel ».

Quid des prévisions de participation au mouvement de dimanche ? Hanna Gharib s’attend à « une manifestation massive ». « La participation va faire boule de neige », estime-t-il, assurant à L’OLJ que « pas à pas, elle va aller en s’amplifiant ». « Dimanche dernier déjà, de nombreuses régions se sont mises de la partie », rappelle-t-il, énumérant « Nabatiyé, Saïda, Aley, Akkar, Tripoli, Laboué, Zahlé, Zouk Mosbeh »...

Une activiste très impliquée sur le terrain est moins optimiste. « Nous ne nous attendons pas à des dizaines de milliers de participants », avoue-t-elle, relevant que « ces deux ou trois dernières années, les gens se sont dégonflés, parce qu’ils jugent que de tels mouvements ne mènent nulle part ». « De plus, ajoute-t-elle, les mesures sécuritaires prises dans le cadre du sommet économique vont probablement dissuader certains de se déplacer. »


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LA MAKHLOUTA ET LA SOUPE FROIDE. QU,EN SORTIRA-T-IL DES DEUX ? DE L,AIR !

gaby sioufi

TOUJOURS CETTE MEME QUESTION DEMEUREE SANS REPONSE !

QU'EST CE QUI FAIT QUE MOI, CITOYEN LIBANAIS,SI MAL PARTI, SI MAL SERVI, SI MAL DESSERVI, SI MAL HONORE PAR LES AUTORITES SUPPOSEES RESPONSABLES DE MOI,

QU'EST CE QUI FAIT QUE JE N'EN AI CURE, QUE TRES RAREMENT JE PARTICIPE A UNE MANIFESTATION D'ORDRE A BUT SOCIO ECONOMIQUE APPELEE NON PAS PAR ZAIM CONFESSIONNEL ( CELUI-LA EST SUR D'ETRE ENTENDU DES SON APPEL AU "JIHAD"-A LA DEFENSE DE LA COMMUNAUTE QUOI ), MAIS APPEL D'UN ORGANISME, D'UNE ALLIANCE D'ORGANISATIONS, DE PARTIS POLITIQUES DE 2e ORDRE?

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