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Liban

Les mouvements de protestation restent disparates mais se suivent

Grève

« Je voulais juste dire à nos dirigeants : nous n’en pouvons plus », affirme Béchara Asmar.

05/01/2019

Plus qu’un véritable cri de colère solidaire contre un blocage politique qui perdure, la grève observée hier à l’appel de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) et du parti Sabaa a été finalement l’expression très timide d’un mouvement symbolique.

Dans toutes les régions du pays, l’activité économique a été normale, le patronat, partenaire principal de la centrale syndicale ayant exprimé de fortes réserves sur le timing de la grève, organisée pour protester contre l’absence de gouvernement et les querelles politiques qui empêchent la nouvelle équipe ministérielle de prendre forme. Sauf que si les revendications des organisateurs – soutenus par le Rassemblement des dirigeants et des chefs d’entreprises au Liban (RDCL), présidé par un partisan de Sabaa – sont légitimes, la précipitation avec laquelle l’appel à la grève a été lancé et qui explique en grande partie les réserves exprimées par les organismes économiques, a soulevé plusieurs interrogations en rapport notamment avec une possible instrumentalisation politique d’un mouvement qui se revendique comme strictement syndical et populaire, le parti Sabaa se présentant comme étant un représentant de la société civile.

Une éventualité que le patron de la CGTL, Béchara Asmar, proche du président de la Chambre, Nabih Berry, balaie sans l’ombre d’une hésitation, en faisant état à L’Orient-Le Jour d’un ras-le-bol général concernant l’immobilisme et les tiraillements dans le pays. Selon lui, même si la grève n’a pas été globalement suivie, « elle reste une réussite puisqu’elle a occupé tout le monde dans le pays où l’on en parle depuis trois jours ». « Cette grève n’était dirigée contre personne. Je voulais juste faire parvenir à nos dirigeants le message suivant : nous n’en pouvons plus. Comme tout le monde, nous en avons assez de cette situation et nous réclamons des choses simples, l’électricité, l’eau, des salaires corrects et, surtout un pouvoir exécutif capable de les assurer », affirme-t-il, en insistant sur le caractère pacifique de son mouvement. « Si je le voulais, j’aurais pu demander à la Fédération des syndicats des chauffeurs de taxis et des employés des transports publics de bloquer les routes. Mais nous sommes conscients de la gravité d’un recours à la rue que nous voulons autant que possible éviter », ajoute-t-il.

Ses propos ont été cependant démentis en soirée par le président de cette fédération, Marwan Fayad, également proche du chef du mouvement Amal, Nabih Berry. Dans une déclaration à la télévision, ce dernier a annoncé que les syndicats affiliés à son organisme seront dans la rue le jeudi 10 janvier, « en signe d’appui à une série d’anciennes revendications qui avaient fait l’objet d’un accord avec le président Michel Aoun ». Il a cité, entre autres, la fin de la concurrence de la main-d’œuvre étrangère, l’application du code de la route… En d’autres termes, rien qui corresponde au blocage contre lequel la CGTL et Sabaa militent. Les chauffeurs de taxi, de camions et bus privés seront donc dans la rue pour faire pression de nouveau en faveur de l’approbation d’un « plan national de gestion des transports publics ». Une revendication pour laquelle ils avaient également bloqué les routes en juillet dernier.

S’agit-il de mouvements spontanés, puisque d’autres sont prévus, ce dimanche, le dimanche suivant, puis le 20 janvier, ou sont-ils encouragés par des partis politiques agacés par les conditions et les contre-conditions qui empêchent depuis mai dernier la naissance d’un gouvernement ? Certains ont pointé du doigt le mouvement Amal, la plupart des syndicats qui commencent à montrer des signes d’impatience et de colère étant proches du parti de Nabih Berry. Mais dans les milieux d’Amal, on rejette toute implication dans ces mouvements de protestation, en mettant en relief le danger que pose un recours à la rue dans le contexte de tensions politiques actuelles. Dans le même temps, elles expliquent l’effet boule de neige de ces mouvements par un ras-le-bol généralisé et notent que la grève de la CGTL était relativement réussie.



Un respect inégal
En fait, celle-ci a été respectée de façon inégale par les fonctionnaires des institutions publiques. Les fonctionnaires des différentes branches de la CNSS, d’EDL, du port de Beyrouth et des Offices des eaux ne se sont pas présentés à leurs bureaux. Les employés d’hôpitaux gouvernementaux, notamment à Marjeyoun, Nabatiyé et Baalbeck ont suspendu leurs activités pendant une heure, tout comme ceux de la MEA et de la Compagnie libanaise d’approvisionnement de l’aéroport. L’ordre des ingénieurs de Beyrouth a suspendu ses activités à partir de 14h. Des employés et des contractuels de la municipalité de Tripoli ont organisé un rassemblement devant le siège de la municipalité. En revanche, la grève n’a pas été observée au sérail de Halba et celui de Tripoli, ou encore à Jezzine et à Aley et dans le Koura. À Batroun, les employés d’Ogero ont juste suspendu leurs activités pour une heure.

Le secteur privé par contre, que ce soit à Beyrouth, ses banlieues ou les régions, n’a pas suivi, à l’exception de quelques rares établissements de commerce qui ont fermé leurs portes, « par solidarité ». Les organismes économiques, comme on le sait, étaient opposés à cette mesure qu’ils ont jugée inopportune. Nicolas Chammas, président de l’Association des commerçants de Beyrouth, explique à L’Orient-Le Jour que le patronat ne pouvait pas suivre l’appel de la CGTL pour diverses raisons. L’une d’elles, dit-il, se rapporte au timing. Les fêtes de fin d’année, dont les effets au niveau commercial et touristique se prolongent jusqu’à la fin de janvier, représentent grosso modo près de 25 % du chiffre d’affaires de nombreux établissements, souligne-t-il, en faisant remarquer que les commerçants, qui ont vu avec la fin de l’année leurs activités s’améliorer un peu, alors qu’elles étaient pratiquement gelées depuis plusieurs mois, n’allaient pas freiner cet élan. Il relève ensuite qu’il n’est pas question pour les organismes économiques de s’associer à un mouvement de protestation avant le sommet économique arabe des 19 et 20 janvier.

Une deuxième raison avancée par M. Chammas se rapporte au fait que la centrale syndicale, qui représente avec l’État le partenaire des organismes économiques, a pris l’initiative de s’attacher à un parti politique, une initiative que les organismes économiques ne peuvent pas suivre non plus. Nicolas Chammas, qui rappelle que le patronat avait été le premier à élever la voix contre le blocage politique et ses incidences sur l’économie du pays, déplore la précipitation avec laquelle la CGTL s’est lancée dans une grève et critique en particulier la manifestation centrale prévue le 20 janvier. Il constate surtout « une fragmentation qui fait que le mouvement de protestation risque de devenir inaudible ».

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON GROGNE, ON SE PLAINT, ON PROTESTE PUIS ON SUIT ET ON SE TAIT ! LES TROUPEAUX DE MOUTONS SUIVENT TETE BASSE ET BELANT LEURS PANURGES RESPECTIFS...

Cadige William

Le manque de solidarite populaire, ainsi que l’individualisme ont rendu notre societe inapte a tout changement social ou politique.
La corruption aidant, aucun changement a l’horizon, et ce pour longtemps.

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