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Liban

Au Liban, un ras-le-bol unanime, mais une grève non générale

Crise

Plusieurs syndicats répondent favorablement à l’appel de la CGTL de faire pression en vue de la formation rapide d’un gouvernement ; le patronat s’y oppose.

Yara ABI AKL | OLJ
04/01/2019

C’est un ras-le-bol populaire unanime face aux injustifiables atermoiements dans la formation du gouvernement que la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a espéré pouvoir exprimer par la grève générale qu’elle a décrétée pour aujourd’hui. Sauf que, contrairement à ce que voulaient les organisateurs, ce mouvement de contestation restera partiel.

Le patronat, en particulier, n’a pas tardé à exprimer sa farouche opposition à ce mouvement. Une position qu’a parfaitement illustrée le chef des instances économiques, Mohammad Choucair, qui estime que le timing de la grève est inopportun. Celui-ci « cause beaucoup de dommages pour les sociétés. D’autant que la grève intervient à l’heure où les marchés et les hôtels enregistrent une activité acceptable en période de fêtes et à la veille du Noël arménien et du sommet économique arabe prévu à Beyrouth le 20 janvier », comme on peut lire dans un communiqué publié hier, dans lequel M. Choucair invite les travailleurs à se rendre normalement à leur travail, « afin d’éviter des pertes supplémentaires et de préserver les établissements économiques, ainsi que l’économie nationale ».

Mais bien au-delà du timing du mouvement contestataire, Mohammad Choucair n’a pas caché ses doutes autour des « vrais objectifs de la grève », soulignant que « le patronat a longtemps fait pression pour la mise sur pied d’un gouvernement, dans la mesure où il s’agit du premier pas sur la voie du redressement du pays ». Et de réitérer son appel à la formation d’un cabinet « immédiatement », tout en faisant savoir que le patronat ne restera pas les bras croisés face à la situation actuelle et prendra les positions qui conviennent en temps voulu afin de briser la léthargie et le blocage.

S’il converge avec M. Choucair sur la nécessité de former une équipe ministérielle le plus tôt possible, le président du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL-Liban), Fouad Rahmé, a manifesté son appui à l’action menée par la CGTL. Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Rahmé explique qu’il « est intolérable de continuer à tourner le dos au quotidien des gens. Il faut donc faire entendre les voix appelant à la genèse du gouvernement parce que le pays est au bout du rouleau ».


(Lire aussi : Plusieurs syndicats vont participer à la grève générale prévue demain au Liban)


Commentant l’argument présenté par le président de l’Association des Chambres de commerce concernant le timing, Fouad Rahmé rappelle que « ce ne sont pas les instances économiques qui ont décidé du timing. Ce sont les gens et leur incapacité à supporter les atermoiements injustifiés à former un gouvernement et régler leurs problèmes chroniques ».

Quoi qu’il en soit, plusieurs organisations, dont notamment des syndicats, ont annoncé leur participation à la grève d’aujourd’hui. Il s’agit, entre autres, des syndicats des fonctionnaires des hôpitaux publics, du port de Beyrouth, de l’Office des eaux de la Békaa, d’Électricité du Liban, pour ne citer que quelques exemples. Il y a aussi le parti des Verts et les fonctionnaires des municipalités. Quant à l’ordre des ingénieurs de Beyrouth, il a annoncé la suspension de ses activités à partir de 14h, en guise de solidarité avec la CGTL.

Fort de cet attachement presque généralisé à une formation rapide du gouvernement, le président de la CGTL, Béchara Asmar, parie sur une participation massive à la grève d’aujourd’hui, mais appelle en même temps à éviter les manifestations de rue. « Il ne nous reste plus qu’à espérer pouvoir opérer une percée », confie-t-il à L’OLJ, soulignant que « la contestation d’aujourd’hui n’est qu’un premier pas sur la voie du redressement du pays ». « Des réunions auront lieu à partir de samedi pour évaluer la grève et décider des prochaines étapes de cette action visant à exhorter les responsables à former un cabinet qui placerait les bonnes personnes à la bonne place », indique-t-il, assurant que « la grève est pacifique et apolitique. Elle ne fait que transmettre la douleur du peuple à la caste politique, toujours incapable de s’entendre sur une formule ministérielle ».


(Lire aussi : Blocage du gouvernement : le RDCL et Sabaa appellent à la grève générale vendredi)


Le pouvoir appuie… ses détracteurs
Sauf que, contrairement à ce qu’espère le président de la CGTL, la récupération politique est toujours de mise dans de pareils cas. Des partis au pouvoir n’ont pas manqué de manifester leur appui à M. Asmar et l’instance qu’il préside, face au retard mis par d’autres protagonistes, également au pouvoir, pour mettre sur pied l’équipe ministérielle. C’est dans ce cadre qu’il conviendrait de placer la rencontre tenue hier au siège de la CGTL entre M. Asmar et une délégation du Parti socialiste progressiste. S’exprimant à l’issue de l’entretien, Bilal Abdallah, député du Chouf, a réitéré le soutien indéfectible de son parti aux catégories défavorisées, et celles au revenu faible, insistant sur le rôle de l’État en matière de Sécurité sociale, d’éducation et d’électricité. « Nous estimons que la priorité devrait être accordée à la formation du cabinet et nous appelons tous les protagonistes concernés à faire preuve de modestie sur ce plan », a-t-il lancé, tout en évitant de se prononcer ouvertement en faveur de la grève. Le chef de la CGTL a également reçu une délégation du Tachnag, conduite par le ministre sortant du Tourisme, Avédis Guidanian. Étaient notamment présents Agop Pakradounian et Agop Terzian, députés du Metn et de Beyrouth respectivement. À l’issue de la rencontre, le ministre sortant a lancé un appel à une participation massive à la grève, « dans la mesure où l’abstention est un signe d’indifférence ».

Le meeting Tachnag-CGTL est important dans la mesure où le parti arménien majoritaire s’est démarqué de son grand allié, le Courant patriotique libre, qui a longtemps observé un silence radio quant à la grève de ce matin. Et pour cause : le courant aouniste semble peu convaincu de l’efficacité de ce mouvement. À L’OLJ, Mario Aoun, député du Chouf, explique que « la grogne populaire ne pourra pas accélérer les tractations gouvernementales, tant que certains protagonistes continuent d’hypothéquer le gouvernement afin d’assurer la quote-part qui pourrait les satisfaire ». Une allusion à peine voilée aux six députés sunnites du 8 Mars qui continuent d’insister pour prendre part au cabinet.

Sauf que le parti Tachnag n’est pas le seul allié du CPL à se démarquer de lui. Il y a aussi Neemat Frem, député du Kesrouan. Interrogé par L’OLJ, il souligne que son soutien à la grève est « une position personnelle qui n’engage pas le bloc du Liban fort ». « Je suis conscient de la douleur des gens. Il faut former un cabinet de spécialistes qui puisse mettre fin à la corruption et au gaspillage », ajoute-t-il.

Quant à l’opposition, elle soutient naturellement la CGTL face au pouvoir en place. C’est cette position que le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a exprimée à la suite d’un entretien avec M. Asmar auquel a pris part une délégation du parti. L’occasion pour M. Gemayel de réitérer son appel à la formation d’un cabinet de spécialistes « qui dirigerait le pays pendant que les politiques se livrent à leurs querelles ».


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