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Liban

Beyrouth prend acte du désistement des chefs d’État et... « comprend »

Sommet économique arabe

Gebran Bassil a demandé aux pays arabes de « ne pas laisser tomber le Liban ».

19/01/2019

Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui présidait hier une réunion préparatoire des ministres des Affaires étrangères, de l’Économie et des Finances des pays de la Ligue arabe à l’hôtel Phoenicia, a quasiment dressé un constat de l’échec du 4e sommet économique de la Ligue arabe, prévu dimanche à Beyrouth, affirmant « comprendre » la décision de la quasi-totalité des chefs d’État de boycotter l’événement, se contentant d’y déléguer des ministres, à l’exception des présidents somalien et mauritanien. « Chaque pays a le droit de décider de son niveau de représentation. En toute franchise, je comprends que certains présidents aient pris cette décision. Le Liban doit assumer ses responsabilités dans ce qui s’est passé. Il y a des façons de donner son avis », a déclaré hier M. Bassil, lors d’une conférence de presse à l’hôtel Monroe, après la réunion des ministres, dans une critique à peine voilée à l’égard du comportement des miliciens du mouvement Amal, dont l’action à l’encontre de la Libye a clairement précipité la débandade.

Les pressions du président de la Chambre et chef d’Amal Nabih Berry – avec le clair soutien du Hezbollah – et les agissements des partisans d’Amal dans la rue le week-end dernier ont poussé la délégation libyenne à se désister. M. Berry, dont la formation reproche à la Libye d’être responsable de la disparition de l’imam Moussa Sadr en 1978, a fait savoir qu’il n’assistera pas au sommet, dans un énième camouflet à la présidence de la République. Le Hezbollah a pour sa part indiqué que son ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, sera présent.Le sommet, qui se tient dimanche au Seaside Arena (ex-BIEL), restera sûrement dans les annales pour avoir sans doute été l’une des rencontres du genre où il y aura eu le moins de représentants de haut niveau, ce qui a laissé le Liban face à un sentiment d’échec cuisant. « L’importance du sommet est dans les thèmes et les décisions », a toutefois tempéré le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki, lors d’un point de presse avant la réunion ministérielle. Il ne fait pas de doutes que la présence des chefs d’État donne plus d’importance à l’événement, mais leur absence n’amoindrit pas l’importance des sujets traités car ils concernent tous les pays arabes », a-t-il dit, avant d’ajouter que la reconstruction de la Syrie ne sera pas abordée durant le sommet.

Lors de la conférence de presse ayant suivi la réunion ministérielle, le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmad Aboul Ghait, a indiqué que 29 points avaient été adoptées au cours de cette réunion. Houssam Zaki avait auparavant expliqué qu’à l’ordre du jour figurent notamment la gestion des déchets solides, le marché arabe commun pour le courant électrique, l’économie numérique, ainsi que d’autres points concernant les questions des femmes, des enfants et de la pauvreté.

Le président de la République Michel Aoun devrait pour sa part présenter, dimanche, une initiative pour la mise en place d’un système de financement des pays arabes détruits à cause d’affrontements armés survenus durant les sept dernières années.


(Lire aussi : Le mouvement de protestation et le sommet économique arabe seront demain côte à côte)


Retour des réfugiés syriens

La question du retour des réfugiés syriens a été évoquée par Gebran Bassil qui a exprimé le souhait « de pouvoir arriver à un plan pour le retour de ces réfugiés, en dépit de la volonté de ceux qui les ont poussés à l’exode ». « Ceux-là veulent qu’ils restent (dans les pays d’accueil). Alors que nous, les pays hôtes, nous voulons qu’ils rentrent dignement, et personne ne peut nous en empêcher si ce retour est digne et bénéfique pour l’économie de leur pays », a-t-il dit dans un discours prononcé peu avant la tenue de la réunion.

Des propos qui n’ont pas plu à l’Arabie saoudite. Selon la chaîne LBCI, cette dernière n’est pas d’accord sur les modalités du retour des réfugiés telles que proposées par le Liban. Ce dernier refuse que le mot « retour volontaire » soit utilisé dans la version finale qui sera adoptée sur ce point. Un débat qui sera tranché d’ici à la rédaction du rapport final du sommet, de façon à satisfaire tout le monde, selon Houssam Zaki.

La thématique du retour de la Syrie au sein de la Ligue a également été abordée, d’abord par M. Bassil dans son discours d’ouverture. « La Syrie doit retourner parmi nous au lieu d’être jetée dans les bras du terrorisme. Nous n’avons pas besoin d’attendre qu’on nous donne la permission pour son retour », a-t-il dit, faisant ainsi écho, au moins verbalement, aux tentatives du Hezbollah et des figures du 8 Mars de redonner une légitimité au régime syrien.

« Ce qui s’est passé en 2011, c’est une suspension de la Syrie de la Ligue arabe (…) mais le retour est inéluctable car la Syrie n’a pas perdu son siège et n’a pas été chassée de la Ligue arabe », a pour sa part expliqué M. Zaki lors de son point de presse. M. Aboul Ghait a lui indiqué qu’« il n’y a pas encore de consensus arabe par rapport à cette question ».


(Lire aussi : Le sommet a révélé l’ampleur du conflit entre les pôles du pouvoir sur les choix stratégiques du Liban)


« Ne laissez pas tomber le Liban »

Gebran Bassil a par ailleurs appelé à la solidarité arabe et demandé aux pays arabes de « ne pas laisser tomber le Liban ». « Le Liban n’a jamais poignardé aucun d’entre vous dans le dos (…) Malheureusement, en tant qu’Arabes, nous ne savons pas nous préserver les uns les autres », a-t-il dit lors de son allocution dans le cadre de la réunion ministérielle.

« Ne devrions-nous pas penser à la reconstruction ? Est-il acceptable que ceux qui le font soient punis, au lieu d’être encouragés ? (...) » a lancé le chef de la diplomatie, en référence à la reconstruction en Syrie. « Si nous ne nous ressaisissons pas, (...) nous perdrons ce qu’il nous reste. (...) Élaborons ensemble une vision économique arabe commune, a-t-il ajouté. Je ne vous cache pas que je suis favorable à la mise en place d’un marché économique levantin commun qui se développera grâce à la reconstruction en Syrie et en Irak, à la redynamisation du Liban, au développement de la Jordanie et de l’Égypte et à la construction de la Palestine. »

Les chefs de délégation des États arabes ont ensuite pris la parole. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a appelé à « une plus grande coordination garantissant un plus grand rôle arabe pour affronter les défis ». De son côté, son homologue mauritanien, Ismaïl Ould el-Cheikh Ahmad, a insisté sur l’importance de « mettre l’accent sur le renforcement des efforts en faveur des investissements arabes sur les infrastructures ». Le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad Maliki, a, lui, insisté sur l’attachement de la Palestine au droit au retour des réfugiés. Pour sa part, son homologue irakien, Mohammad Ali Hakim, a appelé les détenteurs de fonds arabes à soutenir les projets de développement en Irak.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PLUS STUPIDE DECLARATION IL N,Y A PAS !

Tony BASSILA

Le Liban mérite mieux que ça. C'est la faute à l'absence d'un gouvernement qui n'existe toujours pas et des agissements de certains partis pro-régime Syrien. Le Liban risque de perdre sa crédibilité politique et avec elle la sympathie de ses donateurs tellement les rivalités politiques sont toujours visibles sur la scène locale.

otayek rene

C'est dire le poids que pèsent le Liban et sa diplomatie dans le "concert" des Etats arabes...Et au-delà. Triste et humiliant, mais le pire est qu'on finit par s'y habituer!

gaby sioufi

C vrai, Beirut a, non seulement rien compris ,
mais comme toujours, se croyant plus importants & plus intelligents que les autres arabes, le liban Officiel NE VEUT PAS ENCORE COMPRENDRE.
COMPRENDRE QUE LES TEMPS HEUREUX OU LES FRERES ARABES AVAIENT VRAIMENT BESOIN DE NOTRE"INTELLIGENCE" SONT REVOLUS.
COMPRENDRE QUE LES TEMPS OU L'ON POUVAIT AVOIR LE BEURRE & L'ARGENT DU BEURRE SONT REVOLUS.
COMPRENDRE QUE CHOISIR SON CAMP, MIEUX ENCORE CHOISIR SON NON-CAMP EST DEVENU CONDITION SINE QUA NON, POUR ASSAINIR NOTRE RELATION AVEC EUX, NOS FRERES ARABES.
ET PAS QUE LES MAURITANIENS SOMALIENS OU AUTRES SOUDANAIS, TOUS TROP LOIN , TROP PAUVRES POUR ETRE D'UN BAUME QUELCONQUE .

Eleni Caridopoulou

Amal et Hezbollah c'est la même chose bonnet blanc et blanc bonnet

L’azuréen

L’intitulé de cet article aurait dû être : « Beyrouth prend acte du désistement des chefs d’état et ...n’a rien compris » mais alors rien du tout !

« Ne nous laissez pas tomber! «  Franchement mettez vous à la place de n’importe quel pays arabe ....et posez vous la question sur le Liban.

C’est de l’autodestruction...un suicide ....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,EDITORIAL DE MONSIEUR ISSA GORAIEB DIT PRESQUE TOUT SUR LES RESPONSABILITES DE L,ECHEC DE CE SOMMET SANS - SOMMETS - !

Bustros Mitri

Zéro crédibilité. Et même moins...

Irene Said

Notre brillant ministre des affaires étranges demande aux pays arabes de "...ne pas laisser tomber le Liban..."

Superbe !
Alors que les responsables libanais eux-mêmes ont laissé tomber leur patrie pour suivre les directives de leurs nombreux sponsors: Iran, Syrie, Arabie Séoudite, USA etc., chacun étant récompensé par son ou ses sponsors.

Quant au plus glorieux de nos responsables, Nabih Berry, il prouve clairement ce qui importe pour lui = ses propres affaires et bénéfices de toutes sortes.
Le Liban en tant que patrie pour lui...il ne connaît pas, seulement comme tirroir-caisse !!!
Irène Saïd

NAUFAL SORAYA

« ne pas laisser tomber le Liban »... que tous nos hommes politiques commencent eux, par le faire... après on pourra le demander aux autres!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A CAUSE DES DEUX MILICES ET DES TERGIVERSATIONS DE L,ETAT SOUS LEURS PRESSIONS LE LIBAN NE S,EST FAIT QUE DES ENNEMIS DANS LES RANGS DES PAYS ARABES OUBLIANT SON ETAT ECONOMIQUE ET FINANCIER QUI EST SUR LA VOIE DE LA GRECE ET QUE SEULS LES PAYS ARABES POURRAIENT UN JOUR LE RENFLOUER TOUT COMME L,UE RENFLOUA LA GRECE ! MAIS HELAS ON NE FAIT PARMI LES ARABES, A CAUSE DU TANDEM IRANIEN, QUE DES ENNEMIS QUI NOUS TOURNERONT LE DOS...

Ado

On tend la droite pour quémander et on gifle avec la gauche
Liban chronique d’une mort annoncée inéluctablement
Personne ne pense à ses enfants et préfére privilégier ses parrains
Fantoches.
Quelle hérésie !

John

Nous nous sommes meme pas capables d'organiser une conference d'ordre regional a cause des ingerences politiques et confessionelles internes. Notre semi Etat (et encore) et institutions sont dans un etat piteux. En esperant un miracle de Dieu qui changerait la donne (bien que ca fait 35 ans que je l'attends).

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