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Liban - Gouvernement

Les haririens se disent déterminés à ne pas céder aux diktats du Hezbollah

À Bkerké, Gebran Bassil reconnaît implicitement briguer le tiers de blocage.

Le patriarche Raï avec Gebran Bassil et Roger Azar. Photo ANI

Après avoir promis un prochain déblocage de la crise gouvernementale, c’est dans une nouvelle bataille contre le Premier ministre désigné, Saad Hariri, que vient de s’engager le Hezbollah. Le parti chiite est revenu hier à la charge, tentant à nouveau de renvoyer la balle dans le camp haririen exclusivement et plaidant ouvertement pour un cabinet de 32 ministres. Une option à laquelle le courant du Futur continue de s’opposer catégoriquement, affirmant sa détermination à ne pas céder aux diktats du parti de Hassan Nasrallah.

Pour la première fois depuis l’échec de l’initiative lancée avant Noël par le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, le Hezbollah s’en est pris hier au chef du gouvernement désigné. S’exprimant lors d’une cérémonie au Liban-Sud, le cheikh Nabil Qaouq, membre du conseil central du parti chiite, n’a pas mâché ses mots. « La solution concernant la formation du gouvernement est entre les mains du Premier ministre désigné qui refuse de reconnaître le droit de la Rencontre consultative (regroupant les six députés sunnites hostiles au courant du Futur) » d’être représentés au gouvernement, a-t-il tonné. Et d’ajouter : « Il existe une formule gouvernementale à même d’assurer la représentation des députés sunnites indépendants sans pour autant provoquer qui que se soit, à savoir la formule de 32 ministres, que le Premier ministre refuse parce qu’il ne veut pas de ces députés. »

Le cheikh Qaouq a ainsi voulu garder le chef de l’État à l’écart de la querelle avec M. Hariri, dans la mesure où les rapports entre Baabda et le parti chiite ont subi de sérieuses secousses récemment. On en veut pour preuve les propos tenus par M. Aoun il y a une dizaine de jours à Bkerké, dans lesquels il avait implicitement accusé le Hezbollah d’ « instaurer de nouveaux us et coutumes en matière de formation des cabinets ». Une prise de position à laquelle il conviendrait d’ajouter des propos similaires tenus hier par le président devant une délégation du Conseil supérieur de la magistrature conduite par son président, Jean Fahed. « Des divergences au niveau des choix politiques continuent d’entraver le processus gouvernemental », a souligné Michel Aoun, exhortant « tous les protagonistes concernés à s’acquitter de leurs responsabilités nationales et faciliter la mise sur pied de l’équipe ministérielle ».

Mais le Hezbollah ne semble pas se sentir concerné par les propos de Michel Aoun. Contacté par L’OLJ, un proche du parti assure que sa formation entretient de bons rapports avec le locataire de Baabda. Pour ce qui est de la crise ministérielle, ce proche du Hezbollah se contente d’adresser à Saad Hariri un conseil. « Le Premier ministre doit profiter de la phase actuelle des tractations pour s’acquitter de ses responsabilités, reconnaître l’existence politique des députés sunnites du 8 Mars et nommer leur représentant qui devrait faire partie de son propre lot. »


(Lire aussi : Gouvernement : le Hezbollah continue de distiller le chaud et le froid)


Détourner l’attention du vrai problème
Sauf que les haririens n’en sont pas là : Saad Hariri a avalisé une solution qui répondait favorablement aux demandes du Hezbollah et de ses alliés. Une allusion à peine voilée à l’initiative Ibrahim dans le cadre de laquelle les parlementaires hostiles au Futur devaient nommer leur représentant au sien du cabinet, qui devait faire partie du lot du président de la République. Mais Gebran Bassil a exigé que le ministrable en question relève de la quote-part de son parti. « La seule sortie de crise réside en la nomination d’un représentant des sunnites dans la quote-part du président Aoun », déclare à L’OLJ un proche du Futur. Réitérant le veto à une formule de 32, il déclare sans détour : « Cette mouture ne réglera pas le problème. Et nous la refusons parce que nous ne nous plierons pas aux diktats du Hezbollah. »

Commentant les propos du cheikh Nabil Qaouq, ce proche de la Maison du Centre estime qu’ils visent à détourner l’attention du vrai problème : le refus du Hezbollah de voir le camp de Michel Aoun se doter du tiers de blocage. Allant encore plus loin, il accuse ouvertement le chef du CPL d’avoir « tout ruiné » en insistant pour que le ministrable sunnite du 8 Mars relève de la quote-part de son parti.

Même certains milieux proches du 8 Mars s’indignent, via L’OLJ, du fait que Gebran Bassil a anéanti les derniers efforts déployés peu avant les fêtes, en insistant pour intégrer le ministre sunnite dans son propre lot. La genèse du gouvernement est reportée sine die dans la mesure où il sera difficile de trouver une personnalité sunnite qui accepterait de se plier aux conditions de M. Bassil, ajoute-on dans ces milieux, où l’on croit savoir que les négociations actuelles sont articulées autour du rôle du représentant des sunnites opposés à M. Hariri.


(Lire aussi : Lendemains de bouffe, le billet de Gaby NASR)


L’ombre de la présidentielle...
À son tour, le ministre sortant de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, est allé très loin dans son accusation de Gebran Bassil d’entraver les tractations gouvernementales. S’exprimant à l’issue d’un entretien avec le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, à Bkerké, il a fait état « d’un conflit implicite, mais très sérieux et profond autour de la présidentielle ». « L’élection présidentielle se tient, d’une façon ou d’une autre, derrière le blocage actuel de la part de plusieurs protagonistes », a-t-il encore dit. Des propos auxquels Gebran Bassil n’a pas tardé à réagir depuis Bkerké. À l’issue d’une rencontre avec le chef de l’Église maronite en présence du député Roger Azar (CPL, Kesrouan), il a assuré qu’il n’établit « aucun lien entre la formation du gouvernement et toute autre échéance ». « Lier la mise sur pied du cabinet à la présidentielle est une honte faite à l’intelligence des Libanais », a-t-il ajouté. Et de poursuivre : « Je comprends les nouvelles équations dictées par la nouvelle loi électorale, mais les Libanais ne peuvent pas comprendre que certains tentent, à l’heure actuelle, d’enregistrer des gains politiques ou de changer le système politique en vigueur. Le timing d’une telle démarche est inopportun. »

À une question articulée autour du refus d’accorder le tiers de blocage au tandem Baabda-CPL, M. Bassil a répondu en rappelant que le Hezbollah a fait savoir à plusieurs reprises, de la bouche du secrétaire général Hassan Nasrallah ainsi que de plusieurs autres cadres, qu’il n’a aucun problème concernant ce sujet monté de toutes pièces. Preuve en est, les moutures gouvernementales approuvées par ce parti. Une façon pour le chef du CPL de faire savoir que le camp auquel il appartient est réellement en quête du tiers de blocage au sein de la future équipe. M. Bassil a confié avoir présenté cinq idées de solution « respectant le critère de la juste représentation ». Des propos auxquels Fayçal Karamé, député de Tripoli, et un des six parlementaires hostiles à Saad Hariri ont réagi en optant, à nouveau, pour l’escalade. « Nous avons eu écho de cinq idées de solution actuellement débattues. Cela signifie que l’initiative précédente (de Abbas Ibrahim) a échoué, de même que notre concession. Nous demandons donc d’être représentés par un membre de la Rencontre consultative avec un portefeuille », a-t-il déclaré à la MTV.



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Après avoir promis un prochain déblocage de la crise gouvernementale, c’est dans une nouvelle bataille contre le Premier ministre désigné, Saad Hariri, que vient de s’engager le Hezbollah. Le parti chiite est revenu hier à la charge, tentant à nouveau de renvoyer la balle dans le camp haririen exclusivement et plaidant ouvertement pour un cabinet de 32 ministres. Une option à laquelle...
commentaires (6)

Le Hezbollah s'en fout du Liban et du President Aoun! Il fait ce qu'il veut dans ce Pays et tous les Libanais sont des otages....

IMB a SPO

21 h 35, le 05 janvier 2019

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • Le Hezbollah s'en fout du Liban et du President Aoun! Il fait ce qu'il veut dans ce Pays et tous les Libanais sont des otages....

    IMB a SPO

    21 h 35, le 05 janvier 2019

  • LE PREMIER MINISTRE OFFICIEL GEBRAN BASSIL ET LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES GEBRAN BASSIL ET LE PRÉSIDENT DU LIBAN GEBRAN BASSIL SONT ENTRAIN DE FORMER LE GOUVERNEMENT "LIBANAIS" AVEC LE PATRIARCHE RAÏ. MAIS COMMENT ILS ARRIVENT À DISCUTER DANS CETTE POSITION ? ASSIS EN LIGNE DROITE ? C'EST POUR LA PHOTO PEUT ÊTRE. C'EST UNE RÉUNION TRÈS IMPORTANTE QUAND MÊME. LE CAFÉ ÉTAIT CHAUD ET BON....ILS ONT MANGÉ DU KNAFÉ CE QUI PARAIT.

    Gebran Eid

    13 h 29, le 05 janvier 2019

  • jeu d'echec par excellence : aoun&hariri font un tandem contre HN, aoun&HN font tandem contre tout le monde, aoun&Geagea font tandem l'un contre l'autre, hariri s'accouple a gibran contre tout le monde, hariri s'accouple a Geagea mais ne trouvent tjrs pas un ennemi commun, hariri s'accouple des fois a joumblat, d'autres fois a berri, s'en sort toujours avec des égratignures vite oubliees, Geagea lui veut s'accoupler a chacun des joueurs, Geagea ne trouve preneur-provisoire- que frangieh, Geagea est rejete par HN ET joue a quitte ou double -principale arme : voir venir ! ajoutez y qqs autres autres fous, cavaliers, mais surtout bcp de Pions..... vous voila bien parti pour un Impossible " echec et mat ".

    Gaby SIOUFI

    13 h 10, le 05 janvier 2019

  • EL LE HEZBOLLAH SOUS L,INTIMIDATION PERENNE DES ARMES VOULANT IMPOSER SON DICTAT... ADIEU BEAU LIBAN PAYS SUPPOSE DU RESPECT MUTUEL ET DU VIVRE ENSEMBLE ! ILS S,EN FOUTENT CARREMENT !

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 51, le 05 janvier 2019

  • Avec la décomposition du politique c'est l'ombre de la Grande Syrie qui s'étend pour le plus grand malheur du Liban!

    Beauchard Jacques

    10 h 29, le 05 janvier 2019

  • "...à même d'assumer la représentation des sunnites indépendants..." mais ouvertement pro-Syrie et férocément anti-Hariri... c'est cela la conception de l'indépendance de Cheikh Nabil Qaouq ? Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 07, le 05 janvier 2019

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