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Liban

Le Hezbollah à la Santé : quelles conséquences pour le Liban ?

Sanctions

Deux analystes estiment que le pays pourrait pâtir de l’attribution de ce portefeuille au parti chiite.

22/12/2018

Que se passera-t-il si le Hezbollah obtient, comme cela se répète depuis plusieurs semaines, le portefeuille de la Santé, à l’heure où le parti chiite ploie sous le poids des dernières sanctions américaines ? Et pourquoi insiste-t-il tant pour obtenir ce ministère ? Alors que le parti est quasiment assuré d’obtenir ce portefeuille dans le gouvernement dont la formation serait imminente, L’Orient-Le Jour a interrogé trois experts qui livrent chacun sa lecture de la situation.

Pour un analyste politique proche du dossier et de Washington, et qui a requis l’anonymat, le Hezbollah a « plus que jamais besoin du ministère de la Santé, après que les dernières sanctions américaines (entrées en vigueur en août puis en novembre derniers) ont durement frappé l’Iran et amoindri les rentrées financières du parti, d’autant plus que ce dernier a été placé en octobre dernier par les États-Unis sur la liste des groupes impliqués dans le crime organisé ».

« Le Hezbollah a besoin du ministère de la Santé car il doit être autosuffisant maintenant. Ce ministère dispose d’environ 338 millions de dollars par an, et possède donc le quatrième plus grand budget après les ministères de la Défense, de l’Intérieur et de l’Éducation, explique l’expert. Le parti chiite a besoin de satisfaire sa base populaire en lui assurant des aides médicales car il ne peut plus lui donner de l’argent. C’est également important pour soigner ses combattants blessés en Syrie », ajoute-t-il.


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Médicaments d’Iran
L’analyste revient par ailleurs sur les amendements apportés en septembre dernier à la loi intitulée Hezbollah International Financing Prevention Amendments Act (Hifpa, loi votée en 2015 par le Congrès sur les sanctions contre le Hezbollah) et qui pourrait mettre à mal le ministère de la Santé si jamais il était chapeauté par un proche du parti de Dieu. « Les sanctions ne visent plus seulement les personnes qui soutiennent le Hezbollah, mais elles peuvent également toucher les agences ou institutions rattachées à des gouvernements étrangers qui donnent des aides militaires ou financières au Hezbollah. Elles peuvent également viser les sociétés qui font des transactions en dollars américains ou qui vendent des équipements américains, ce qui veut dire que le ministère sera sanctionné si les Américains estiment qu’il est en train d’être utilisé pour offrir de l’aide au Hezbollah », souligne l’expert, qui craint même que les États-Unis n’en arrivent à interdire l’exportation de leurs médicaments vers le Liban.

« Le Hezbollah insiste pour obtenir ce portefeuille, mais ce n’est pas dans notre intérêt. Le Liban compte beaucoup sur le soutien financier américain, surtout celui prodigué à l’armée. Le Hezbollah risque d’exposer tout le Liban à des sanctions », met-il en garde.

Il s’élève en outre contre l’importation de médicaments de l’Iran, le cas échéant. « Ces médicaments ne sont pas conformes aux normes internationales suivies au Liban par le syndicat des importateurs de médicaments et le syndicat des producteurs de médicaments. Il y a un risque de mettre en danger la santé des citoyens », estime l’expert.


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Fin de la realpolitik
De son côté, l’économiste et analyste Sami Nader met en garde contre l’attribution d’un ministère de services au Hezbollah dans l’absolu. « Avec le changement de la politique américaine et de celle des pays du Golfe, il n’y a presque plus de tolérance vis-à-vis du Hezbollah. Avant, il y avait une exception libanaise. Pour des raisons de realpolitik, on tolérait une relation officielle avec le Liban et on fermait l’œil sur le comportement d’un Hezbollah agressif par rapport aux États-Unis ou aux pays du Golfe. Cette exception ne tient plus », explique M. Nader. « Aucune relation ne pourra être établie avec un ministère dirigé par le Hezbollah. Cela peut aller jusqu’au boycott du gouvernement libanais. Or le Liban a besoin de la communauté internationale, qui dans sa grande majorité a un problème avec le Hezbollah », ajoute-t-il.

« Même en Europe, les temps changent. L’optique britannique, qui consistait à distinguer entre branche armée et branche politique, risque de disparaître. Une loi est aujourd’hui en train d’être discutée au Parlement britannique pour mettre fin à cette distinction », révèle Sami Nader.

Il met par ailleurs en garde contre les déclarations du ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, lors du sommet annuel du Conseil de coopération du Golfe (CCG), il y a une dizaine de jours. Ce dernier avait indiqué « rejeter le rôle de l’Iran dans la politique intérieure du Liban ainsi que le rôle subversif du Hezbollah ». « Pour M. Jubeir, le gouvernement est un tout indivisible. Il y a aujourd’hui un changement de paradigme qui pourrait conduire à un arrêt des relations avec le gouvernement libanais, dû à la présence du Hezbollah. C’est ce que la déclaration du chef de la diplomatie saoudienne laisse entendre », ajoute l’analyste qui dit craindre un « effondrement de l’économie libanaise ».

« L’Iran a une carte en main, celle de la formation du gouvernement au Liban, qu’il n’entend pas céder gratuitement (…). L’avenir de l’Iran va déterminer celui du Liban et de la Syrie », conclut-il.


(Lire aussi : Le Hezbollah n’a pas réussi à briser le monopole du leadership haririen sur la rue sunnite)


Lutte contre la corruption
Le son de cloche est diamétralement différent lorsque l’on interroge le journaliste et analyste politique Kassem Kassir, proche du 8 Mars, qui minimise l’impact des sanctions US sur le secteur de la santé et écarte la possibilité d’une pénurie de médicaments. « Il y a déjà des importations de médicaments iraniens, syriens et même turcs. Les sociétés libanaises pourraient elles-mêmes produire des médicaments, mais je ne pense pas qu’on va en arriver là. Si les États-Unis poussent le bouchon trop loin, ils pourraient produire l’effet inverse et jeter le Liban dans les bras du Hezbollah et de l’Iran, ce qu’ils veulent éviter », analyse-t-il.

Pour M. Kassir, l’insistance du Hezbollah à accéder à un ministère dit de services s’explique par le fait que le parti veut renforcer sa présence sur la scène intérieure libanaise « pour faire face à la corruption et offrir des services à l’ensemble des Libanais ». L’analyste estime par ailleurs que le Hezbollah « cherche plus de crédibilité à travers son implication au sein de l’État et sur la scène locale » et qu’il « n’a pas intérêt maintenant à régner seul au Liban ». L’analyste estime que le portefeuille de la Santé est acquis d’office au Hezbollah, qui « a un plan pour ce ministère et qui a l’espoir d’y apporter du changement ».

Il dénonce une « propagande contre le parti, initiée par les Forces libanaises qui briguaient ce ministère » et auxquelles est affilié le ministre sortant de la Santé, Ghassan Hasbani. « Le problème, avec le ministre sortant, c’est la répartition des budgets des hôpitaux publics. Les hôpitaux situés dans les régions sous contrôle du Hezbollah ont moins d’argent », affirme M. Kassir.

Enfin, il minimise l’impact des sanctions sur le ministère de la Santé qui serait, « selon certaines sources, celui qui reçoit le moins d’aides des États-Unis ». La solution serait, selon lui, « que ce soit le directeur général du ministère qui signe, au lieu du ministre ». « Les aides données au ministère de la Santé n’iront pas au Hezbollah mais au ministère lui-même qui, lui, fait partie de l’État. Sauf s’ils veulent encercler l’État, mais pour l’instant, les États-Unis n’ont pas l’intention de le faire », estime-t-il.


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Wlek Sanferlou

Conséquences?? après une semaine de méditation sur le sujet je crois avoir découvert une conséquence:

Dorénavent les béquilles, made in souriya seront peintes en jaune et auront des magazins de 30 balles! et des instructions en Persan littéraire?

happy hole-i-dièse

BOSS QUI BOSSE

Je sens plutôt une panique de la concurrence que feront l'Inde et L'IRAN NPR et oui oui la Syrie, en passe de devenir des puissances mondiales en fabrications de médicaments, non pas grâce au hezb libanais de la résistance mais grâce à une industrie du médicament en pleine expansion.

Sinon, on mourra tous de la peste acheteuse au Liban, le libanais est très depensier.

Tom & Jerry.

Gros Gnon

Je les aurais mieux vu à l’Environnement. S’il pouvaient par la force empêcher la chasse illégale, obliger les gens à trier leurs déchêts à la source, les sociétés de ramassage des ordures à ne pas remélanger les sacs triés, punir ceux qui balancent leurs saletés par la fenêtre de leurs voitures, bannir les bus qui fument comme une usine électrique, déplacer les centrales électriques hors de zones à forte population, tuer dans l’œuf le projet insensé des incinérateurs, et tellement d’autres choses, alors là ils emploieraient leurs armes à bon escient...

Antoine Sabbagha

Tout le pays est en coma . Et la Santé ira mal même avec les ANGES .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI CONFIE AU HEZBOLLAH CE MINISTERE SERA BOYCOTTE PAR LES INSTANCES INTERNATIONALES... CONTRAIREMENT A CE QU,ESPERE ET VEUT LA MILICE.

Tina Chamoun

Vous n'aviez as besoin de perdre votre temps à faire ce papier: "Analyste proche de Washington" veut tout dire. Quant à Mr. Nader on sait où son coeur bat politiquement. A part ça, la santé va bien Messieurs- Dames ?

Wlek Sanferlou

Quelle santé??

Yves Prevost

"Le Hezbollah insiste pour obtenir ce portefeuille, mais ce n’est pas dans notre intérêt"
Bien évidemment! De toutes façons, il n'est pas dans l'intérêt du Liban d'offrir le moindre portefeuille au Hezbollah

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