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Liban

Pourquoi le Hezbollah tient tant au portefeuille de la Santé

Gouvernement

Le parti chiite a besoin d’un ministère juteux en termes de services pour mieux opérer son come-back sur la scène intérieure.

10/10/2018

Depuis le début des tractations menées en vue de la formation du gouvernement, et bien avant que le marchandage autour des quotes-parts ne soit entamé, le Hezbollah s’est pratiquement réservé le portefeuille de la Santé, martelant à chaque occasion son souhait de conquérir ce ministère. Pour le parti chiite, qui a fait du thème de la réforme son slogan principal durant la campagne électorale, il s’agit surtout de faire reluire son image auprès de sa base, mais aussi d’autres Libanais, et de ce fait, ce ministère, juteux en termes de services, est devenu vital pour lui permettre d’atteindre ces objectifs.

En rendant public son souhait dès la première heure de gérer ce ministère, le Hezbollah a voulu très tôt couper la route à tous ceux qui seraient tentés de lui faire la concurrence à ce poste. Si l’on en croit les informations relayées par les médias qui suivent les coulisses de la formation du cabinet, la revendication de ce ministère par le parti chiite n’a pas buté contre un obstacle majeur jusqu’ici. Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a affirmé, lors de son apparition télévisée à la MTV jeudi dernier dans le cadre du programme de Marcel Ghanem, qu’il ne s’opposait pas en principe à l’octroi de ce portefeuille au Hezbollah. Sauf que, a prévenu M. Hariri, le Liban risque de se voir ôter les aides à la santé en provenance de l’extérieur, plus précisément des États-Unis et de l’Union européenne, a-t-il dit. Parmi les risques que pourrait encourir le Liban, celui de voir les compagnies pharmaceutiques internationales bouder ce pays, ce qui laisserait la porte grande ouverte devant les produits iraniens qui seraient alors les bienvenus, comme l’ont laissé entendre des sources proches du parti chiite qui indiquent qu’une délégation de journalistes libanais a été invitée, il y a deux semaines, en Iran pour effectuer une tournée dans les usines pharmaceutiques.


(Lire aussi : Hariri critique Bassil et reprend l’initiative)


Pour certains observateurs, l’insistance du parti chiite à obtenir ce ministère – une source du parti a réitéré dimanche à L’OLJ que ce portefeuille lui est quasiment acquis – s’expliquerait notamment par le fait que le parti a grandement besoin de ce tremplin pour faciliter les traitements à accorder à ses nombreux blessés dans le cadre de leur participation à la guerre en Syrie. Une thèse qu’une source proche du ministère de la Santé a démontée, soulignant que le parti chiite « n’a pas besoin de ce subterfuge puisque ses blessés sont de toute manière soignés aux frais du ministère qui a des protocoles d’entente avec les hôpitaux relevant du parti ».

« Le ministère de la Santé n’a jamais refusé, à ce jour, les soins aux combattants du Hezbollah qui sont, après tout, des Libanais », confie encore la source à L’OLJ. Elle qualifie par ailleurs de « ridicule » la thèse selon laquelle le marché libanais pourrait être inondé par les produits pharmaceutiques iraniens « à un moment où l’Iran a déjà assez de problèmes et peine à se suffire à lui-même en matière de médicaments ».

D’ailleurs, explique-t-on de même source, « à supposer que l’administration américaine décide de prendre des sanctions contre les secteurs de la santé et du médicament, et que certaines compagnies pharmaceutiques iraniennes soient tentées de se substituer aux compagnies internationales, il faut savoir qu’au Liban, les normes d’enregistrement des médicaments importés sont très strictes, et la prescription de tel ou tel médicament reste largement dépendante de la volonté des médecins dont une grande partie lésinerait probablement à recommander des médicaments iraniens ».


(Lire aussi : « Si je me récuse, je n’accepterai pas d’être nommé à nouveau », assure le PM désigné)


La source reconnaît toutefois qu’en décrochant le ministère de la Santé, le parti chiite serait de toute évidence à même d’« offrir de plus larges services à sa base, comme l’ont fait tous les partis qui se sont succédé à ce poste ».

Dans les milieux proches du Hezbollah, on affirme que l’ambition du parti d’occuper ce portefeuille doit être comprise dans la perspective de sa volonté de s’impliquer de plus en plus dans la formulation des politiques publiques et dans la gestion des services notamment, une conséquence directe du désengagement progressif escompté du parti en Syrie. Il s’agit d’une volonté exprimée par le Hezbollah depuis les législatives.

Ainsi, son aspiration à obtenir le portefeuille de la Santé s’inscrirait dans cette logique, ce ministère étant par excellence un ministère de services que le parti chiite entend « rendre qualitatifs, pour servir non seulement sa base électorale, mais aussi l’ensemble des Libanais », soutient-on dans ces milieux.


(Lire aussi : Terre d’export, l'édito de Issa GORAIEB)


L’ambition du Hezbollah serait, à n’en point douter, d’améliorer son image.

Une source proche du parti fait valoir « la longue expérience que détient le Hezbollah dans le domaine de la santé ». Le parti chiite bénéficie en effet d’un réseau extrêmement performant d’hôpitaux et de dispensaires dans les régions où il est le mieux implanté. L’hôpital al-Rassoul al-a’azam, pour ne citer que cet exemple, est considéré parmi les meilleurs hôpitaux du pays.

On apprend également de même source que le parti compte nommer au portefeuille de la Santé un médecin de Baalbeck – le Dr Hassan Salhab serait une option – en signe de bonne intention à l’égard de cette ville qui pâtit de sous-développement depuis des années.

Pour Ismaïl Sukkariyé, un ancien député proche du camp du 8 Mars, l’accès au ministère de la Santé offre au Hezbollah, « qui a décidé de s’attaquer à la corruption, l’opportunité d’opérer une réforme, notamment au plan de la réduction des prix des médicaments, une initiative à maintes reprises avortée, et ce depuis l’indépendance du Liban », dit-il.


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Frank Hariz

I am just wondering why a francophone country such as Lebanon would use English instead of French on national public signs like the one on the ministry of public health!

DAMMOUS Hanna

Rarement les médicaments sont sujets à un embargo. Ce n'est pas plutôt en prévision d'un embargo dur sur les médocs contre l’Iran qu'un projet d'exportation cachée via Beyrouth qui sera aussi au plan? Vas savoir...

Sarkis Serge Tateossian

Ce qui va compter le plus ce n'est pas la couleur du ministre ... Mais ses capacités de réformer la santé des libanais en général en apportant les soins les plus adaptés à tous, en favorisant les prises en charges de maximum de maladies ou de médicaments pouvant soulager les plaies de nos concitoyens ... De toutes confessions et de toutes "couleurs" politiques.

Car devant la république il n'y a qu'une seule catégorie de citoyen : le libanais

Vive la république solidaire, fraternelle et unie.

ACE-AN-NAS

Certainement pour soigner certaines psychoses qui le mettent en cause pour un oui ou un non ?
Lol.

Houri Ziad

La vraie raison de son attachement a ce ministere ce sont les miliers de ses jeunes combatants qui sont estropies ...handicapes a vie..necessitant des soins complexes et chroniques...quelle ignominie pour ces politiciens....

EL KHALIL ABDALLAH

s'attaquer a la corruption et initier des reformes en utilisant le ministere comme un poste de services pour sa base et pourvoyeur de soins pour ses combattants ?

Aref El Yafi

« Mais ce que femme veut. Si Dieu ne le veut pas, le diable du moins y aide. »

Amal aux Finances et le Hezb à la Santé. Acquis

Pour les autres portefeuilles, le diable n'intervient point. Arrachez-vous les cheveux des uns et des autres.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS L,ESPOIR D,UNE RECONAISSANCE LOIN DES STIGMATISATIONS TERRORISTES VIA LES AIDES HUMANITAIRES. CA NE DOIT PAS PASSER...

Irene Said

On l'attend au tournant, notre fameux Hezbollah, au cas où il obtient ce ministère de la santé, pour voir si vraiment il est capable de construire du positif dans ce domaine.
On ne demande pas mieux pour le peuple !
Irène Saïd

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