Liban

Le Hezbollah n’a pas réussi à briser le monopole du leadership haririen sur la rue sunnite

Éclairage
22/12/2018

Le déblocage de la formation du cabinet dit d’union nationale coïncide avec les récents développements dans la région, qui vont dans le sens d’une résolution des conflits à la faveur d’un assouplissement, sur instigation russe, de la position iranienne – cela est palpable notamment en Irak, où l’Iran a renoncé à son candidat au ministère de l’Intérieur pour faciliter la formation du cabinet.

En Syrie, le retrait des troupes américaines pourrait préluder à la démilitarisation du territoire syrien et jouerait en faveur de la Russie – avec qui ce retrait aurait été coordonné, à en croire des sources diplomatiques occidentales. Après une telle opération, il deviendrait plus facile pour Moscou de négocier avec l’Iran le retrait de Syrie des gardiens de la révolution et du Hezbollah.

Au Liban, c’est la Russie qui aurait fait pression sur le Hezbollah pour lever les obstacles à la formation du cabinet. Si le parti chiite s’est montré réceptif, c’est en partie pour acquérir une immunité interne face aux menaces israéliennes à peine voilées à la frontière. C’est aussi en partie parce que la carte « sunnite » qu’il jouait risquait de lui filer entre les doigts. Le Hezbollah avait en effet bloqué la formation du gouvernement, alors que ce dernier était fin prêt à voir le jour, en sortant la carte de la représentation des députés sunnites issus de l’axe irano-syrien.


(Lire aussi : Gouvernement : pas aussi rapide que prévu, la dernière ligne droite...)


Obtenir leur représentation au sein du cabinet est un moyen pour le Hezbollah de diffuser le modèle de binôme politique de la communauté chiite. Repris par les maronites, en l’occurrence le Courant patriotique libre et les Forces libanaises – et introduit au sein de la communauté druze, toujours à l’initiative du Hezbollah, qui a fait du camp Talal Arslane-Wi’am Wahhab le contrepoids au leadership traditionnel du chef du Parti socialiste progressiste, l’ancien député Walid Joumblatt. C’est une action similaire qu’a préconisée le Hezbollah au sein de la communauté sunnite : il a cherché à imposer au Premier ministre désigné Saad Hariri un ministre sunnite qui non seulement ne gravite pas dans le giron du courant du Futur, mais qui lui est carrément opposé. Ce faisant, il crée ainsi un précédent qu’il ferait prévaloir à l’avenir à chaque formation de cabinet.

Sauf que l’initiative du Hezbollah, à travers laquelle la formation de Hassan Nasrallah cherche à rogner le leadership du courant du Futur, a trébuché au premier obstacle. Non seulement le groupe des six députés, qui jusque-là se présentait comme un bloc soudé, n’est pas arrivé pas à s’entendre sur le nom de celui qui le représentera au sein du nouveau cabinet, mais il risque aussi sérieusement l’implosion. C’est ce qui a poussé l’adjoint politique de Hassan Nasrallah, Hussein Khalil, à intervenir rapidement mercredi pour barrer la voie à l’écroulement du bloc au sein duquel des voix dissonantes continuent de se faire entendre. Chacun des six députés est resté attaché au nom du candidat qu’il a soumis au directeur de la Sûreté, le général Abbas Ibrahim, mandaté par le président Michel Aoun pour trouver un compromis autour de la représentation des sunnites non haririens au gouvernement. Le fait qu’ils n’aient pas réussi à s’entendre sur un même candidat a attisé le conflit entre eux, au point que le député Qassem Hachem, qui avait lui-même suggéré la nomination de Jawad Adra, a boycotté la réunion nocturne de mercredi soir avec Hussein Khalil.


(Lire aussi : Gouvernement : Jawad Adra devra annoncer sa couleur politique)


Concrètement, le Hezbollah a réussi à retarder la formation du gouvernement, mais il n’a pas pu briser le monopole du leadership haririen sur la rue sunnite, s’il se confirme que Jawad Adra représentera les sunnites anti-Hariri dans la nouvelle équipe ministérielle. Ce dernier, dont la nomination aurait été encouragée par le président de la Chambre, fera partie, comme on le sait, du lot des ministres proches du président. Cet arrangement est loin de satisfaire les six députés du 8 Mars, d’où les tiraillements qu’on constate actuellement et leur insistance à arracher à Jawad Adra un engagement à refléter leurs points de vue et position au sein de la nouvelle équipe ministérielle. Les réticences de ce dernier à ce niveau sont loin de les rassurer, au vu surtout des dossiers stratégiques et sensibles sur lesquels le nouveau gouvernement est appelé à plancher, dont certains sont posés, rappelle-t-on, par la communauté internationale comme conditions pour permettre au Liban d’avoir accès aux aides promises dans le cadre des trois conférences internationales de Paris, Rome et Bruxelles durant le premier semestre de 2018. On cite entre autres la politique de distanciation et la déclaration de Baabda, auxquelles la communauté internationale souhaite que le Liban se conforme, et l’application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU pour en finir avec les armes illégales.


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AIGLEPERçANT

Il aurait fallu, alors, intervenir bien avant, quand une respectueuse des plus sensées journalistes nous écrivait des articles de grande valeur.

Je nomme Scarlett Haddad, quand elle se faisait lyncher par des intervenants irrespectueux.

Depuis 1960 Ça donne du temps pour être sage.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL A REUSSI QUAND MEME A Y TROUVER ET Y CREER DES JUDAS !

Irene Said

1)Définition du mot fayot dans le dictionnaire:
"personne qui fait du zèle auprès de ses supérieurs"

Depuis ma lointaine jeunesse...je n'étais jamais fayotte...plutôt parmi les presque dernières de la classe...donc je préferais me faire discrète.
Ensuite, à l'adolescence..."amoureuse " d'un de mes profs...je me faisais remarquer...on a tous plus ou moins passé par là...mais fayotter, jamais !

2)L'OLJ je le connais depuis 1960 env. qui alors se nommait L'ORIENT.
C'est actuellement le seul quotidien libanais de langue française, et j'estime que même si je ne suis pas toujours d'accord avec certains de ses articles, je dois respecter ses auteurs.

Nous avons l'immense chance d'avoir la rubrique "vos commentaires" dans laquelle nous pouvons nous exprimer, alors montrons nous reconnaissants et respectueux !
Irène Saïd

Tony BASSILA

Hezbollah et Amal c'est la même chose la même idéologie pro-Iranienne. Par conséquent, il n'y a pas lieu qu'il y ait deux courants opposés au sein du futur gouvernement chez les ministres Sunnites non plus. Le Président Aoun et le Premier Ministre désigné Hariri ne doivent pas se soumettre à de telles pressions totalement injustifiées de la part du camp pro-Hezbollah et pro-Iran.

Le point

La milice n'a pas seulement échoué à briser le leadership sunnite du Président Hariri mais cette affaire a le potentiel d'unifier les sunnites aux prochaines élections derrière le Président Hariri. Mettons-nous à la place des électeurs de ces fameux 6 députés. Certains secouent leur tête de gauche à droite et de droite à gauche à un rythme effréné en disant K... ikht al'saa et les autres de dire....walow takhanouha. Et les plus sage d'entre eux détournent leur regard des médias pour ne plus les voir.

AIGLEPERçANT

UN modérateur
suffit de tout coeur

Un fayot
c'est de trop .

Faut apprendre
Tout seul à se defendre.

Irene Said

Je suis vraiment choquée de voir souvent les Chroniqueurs et Journalistes de LOLJ insultés par des Commentateurs de cette rubrique.
Ce n'est plus de la liberté d'expression...c'est un manque évident d'éducation !
Irène Saïd

Chady

Oui d’accord on a compris, le Hezbollah voulait un ministre sunnite opposé à Hariri, et il l’a eu, ce qui veut dire que le Hezbollah a perdu, oui, on a compris que dans ce pays le riducule et l’absurde ne tuent pas.
Chapeau l’auteur de cet article pour un nouveau record de débilité intellectuelle

AIGLEPERçANT

Vous voyez bien que le HEZB peut flancher, ça prouve qu'il est humain, si on veut croire que son intention 1ere était de faire capoter le monopole haririen sur la rue sunnite.

Mais voilà on ne le croit pas que cela ait été son intention 1ère .

Je pense que ce qu'il a obtenu lui suffit largement, en attendant mieux.

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