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Liban

Gouvernement : Jawad Adra devra annoncer sa couleur politique

crise

Les députés sunnites antihaririens n’accepteront pas un ministre qui ne leur prête pas ouvertement allégeance.

22/12/2018

Le risque d’un retour à la case départ était évoqué hier soir, après un nouveau rebondissement qui a fait capoter l’initiative entreprise pour défaire le nœud de la représentation des députés sunnites antihaririens, regroupés au sein du bloc de la Rencontre consultative. Pressenti comme candidat favori pour représenter ce bloc, Jawad Adra pourrait finalement être contraint de se retirer de la course si, entre-temps, il ne se déclare pas ouvertement comme faisant partie exclusivement du bloc de la Rencontre consultative. C’est en tous les cas ce qu’affirment les six députés sunnites qui ont fait clairement savoir hier qu’ils n’accepteraient pas d’avaliser la désignation de M. Adra si cette condition n’était pas remplie.

Ce retournement de situation est survenu après que les députés sunnites du 8 Mars se sont rendu compte, à la dernière minute, d’une entourloupette à la faveur de laquelle Jawad Adra, censé être le ministre qui devait les représenter au sein du cabinet, s’était entre-temps engagé auprès du chef du CPL, Gebran Bassil, à participer aux réunions du bloc aouniste, le Liban fort, voire même à orienter son vote en Conseil des ministres en faveur du camp représenté par le chef de l’État, Michel Aoun et le CPL.

Par ce subterfuge, le CPL et le chef de l’État, qui avait consenti à accorder au bloc de la Rencontre consultative un ministre soustrait de sa quote-part, venaient de reprendre d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre, récupérant ainsi subtilement un tiers de blocage au sein de l’exécutif.

Un cas de figure ubuesque qui vide de son sens toute la bataille menée par les sunnites du 8 Mars qui revendiquaient dès le départ, à travers un ministre qui leur serait acquis, une véritable reconnaissance de leur droit à être représentés, martelant à qui voulait l’entendre que Saad Hariri et le courant du Futur n’ont pas le monopole de la représentation sunnite. Une cause défendue tout le long du parcours – certains diront créé de toutes pièces – par leur partenaire politique, le Hezbollah.

Pris au piège, les députés sunnites ont envoyé hier deux émissaires auprès de M. Adra pour lui demander d’annoncer une fois pour toutes sa couleur politique, après avoir eu écho des engagements faits par ce dernier auprès du CPL.

À l’issue de la réunion des six députés sunnites, à laquelle n’a pas pris part M. Adra comme prévu, le député Kassem Hachem (parti Baas) a affirmé sans ambages que la personne qui sera choisie par le chef de l’État, Michel Aoun, « sera le représentant exclusif » de la Rencontre consultative, ajoutant que les députés sunnites attendent la réponse de Jawad Adra. Ce dernier avait demandé aux deux émissaires un délai supplémentaire avant de se prononcer, un temps qui lui est nécessaire pour trouver l’issue à une situation devenue extrêmement alambiquée.


(Lire aussi : Gouvernement : pas aussi rapide que prévu, la dernière ligne droite...)


Nœud principal
Suggéré au départ par le chef du Parlement, Nabih Berry, puis approuvé par le Hezbollah et, plus discrètement, par le chef de l’État, Michel Aoun, dont il serait également proche, l’homme qui devait finalement incarner le consensus et la sortie de crise est redevenu le nœud principal. « À quoi nous sert un ministre théoriquement compté sur le bloc de la Rencontre consultative, mais qui vote conformément à la ligne politique du CPL ? » s’interroge-t-on dans les milieux proches des sunnites du 8 Mars.

Selon une source proche de ce bloc, M. Adra devra non seulement cautionner les positions politiques exprimées par les sunnites antihaririens, « surtout pour ce qui est des dossiers sensibles et stratégiques », mais surtout assister aux réunions de la Rencontre consultative, et non à celles du CPL.

M. Adra devra donc incessamment prêter allégeance aux sunnites du 8 Mars, « sinon, le président de la République devra choisir un autre nom parmi les trois proposés au départ », commente la source. Il s’agit de Taha Nagi, ex-candidat aux législatives sur la liste parrainée par Fayçal Karamé, Osman Majzoub, également proche du député de Tripoli, et Hassan Mrad, le fils de Abdel Rahim Mrad. D’ailleurs, la manière dont le nom de Jawad Adra, proposé par un proche de Nabih Berry, Kassem Hachem, avait été parachuté a mis la puce à l’oreille des cinq autres membres de ce bloc, qui n’avaient pas eu connaissance de ce quatrième candidat ajouté en dernière minute sur la liste des ministrables. M. Hachem avait glissé son nom dans une enveloppe scellée remise à M. Ibrahim lors de sa rencontre avec les six députés sunnites, sans en avoir préalablement informé ses pairs.


(Lire aussi : Le Hezbollah n’a pas réussi à briser le monopole du leadership haririen sur la rue sunnite)


« C’est cette mise en scène douteuse qui a déclenché la crise », confie à L’OLJ une source proche de la Rencontre consultative. Pour un responsable du Hezbollah, la goutte qui aurait fait déborder le vase est le fait que les ministres de la Rencontre consultative ont appris que M. Adra s’est par la suite engagé auprès du CPL, se rendant ainsi à l’évidence qu’il ne sera pas un des leurs.

Le Hezbollah, qui avait poussé il y a quelques jours en faveur de la désignation de M. Adra, ne s’est pas encore prononcé sur ce nouveau blocage, n’ayant eu connaissance du deal contracté entre MM. Adra et Bassil que tardivement. Du moins, c’est que l’on affirme dans ses milieux où l’on assure que lors de la réunion qui avait regroupé dans la nuit de mercredi à jeudi les députés sunnites et le conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah, Hussein Khalil, ce dernier n’était pas encore au courant de la mise en scène orchestrée par le chef du CPL.

Selon un analyste politique, le Hezbollah, qui a déjà marqué son but – en appuyant la revendication des députés antihaririens, il voulait tout simplement casser le monopole de la représentation haririenne de la rue sunnite –, ne s’intéresse pas au détail futile du vote de M. Adra au sein du cabinet. Par conséquent, il ne lui sera pas difficile de mettre au pas en un rien de temps les membres du bloc sunnite en les poussant à accepter le fait accompli. Cette thèse supposerait qu’un nouveau scénario, créatif de préférence, soit habilement concocté ne serait-ce que pour sauver la face des sunnites du 8 Mars qui se disent résolus, pour l’heure, à ne pas lésiner sur les principes et à ne pas faire plus de concessions qu’ils n’en ont déjà faites.


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LIBAN D'ABORD

Non mais franchement c'est ca le Liban Fort?

C'est la premiere fois que l'on voit des combines entre M Berry et M AOUN eclater au grand jour avec evidement l'aide de M Bassil , le grand magician qui n'a pas pu resister a attendre 24 heures avant de proclaimer l'appartenance a son camp de M Adra

Au moins ayez la decence de faire votre gouvernement puis de devoiler que la personne que gous avez fait choisir au 6 deputes est un homme a vous en fait

CES 6 DEPUTES QUI FONT UN CHANTAGE INOUI EXPLIQUEZ LEUR QUE ILS N'AURONT RIEN CA SUFFIT.

LE LIBAN NE PEUT PLUS ATTENDRE

ALLEZ AU PARLEMENT AVEC LE MINISTERE PREVU
SI VOUS ECHOUEZ
FAITES VENIR LES TECHNOCRATES ATHEE DE PREFERENCE ET ALLER AU PARLEMENT. SI VOUS OBTENEZ LA CONFIANCE TANT MIEUX POUR LE PAYS SINON AU MOINS ON DIRA QUE VOUS AVEZ FAIT L'IMPOSSIBLE PUIS DEMISSIONNEZ ET LAISSEZ DES PERSONNES CAPABLE DE GERER CE PAYS EN CHARGE AVANT QUE LES GILETS JAUNE LIBANAIS NE COMMENCENT a leur tour A CRIER
DEMISSION DEMISSION DEMISSION

Wlek Sanferlou

Layk! Pardon chouiaii, passe moi èl séméaa, je ne comprends plus rien tout est confus.....
Les six sont contre l'élu, qu'ils voulaient, car il ne défend pas leur plan lequel plan n'existe même pas et tout ceci malgré Berri et Hassan.
Ils se prennent pour ki ces 6? Aller contre La volonté du président et celle du premier min ça va mais contre celle de messieurs HUIT MARS eux mêmes? L'affront ignoble, ou peut être comble de l'idiotie...
J'adore! Où est tu Luis Bunuel?

Gebran Eid

UN AUTRE LAPIN SORTI DU CHAPEAU POUR LES FÊTES. ET LA MUSIQUE S'ENCHAÎNE. ET MET LE DISQUE ET ON RECOMMENCE À DANSER.

gaby sioufi

s'il faut faire une synthese,
je dirais il Fera surement PARTIE DU GROUPE AOUN.
VOYEZ DONC SA COULEUR ORANGEÂTRE !

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