X

À La Une

Au forum de Riyad, selfies et sourires pour MBS malgré l'affaire Khashoggi

Arabie saoudite

La présence à la conférence du prince héritier, qui a initié cet évènement, n'a pas été confirmée.

OLJ/AFP
23/10/2018

Le puissant prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane, a fait une brève apparition mardi à un forum international sur l'investissement à Riyad, assombri par le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi qui a provoqué le boycott de plusieurs dirigeants étrangers et grands chefs d'entreprise.

Après s'être assis au premier rang aux côtés du roi Abdallah II de Jordanie pour assister au Future Investment Initiative (FII), le prince héritier a ensuite enchaîné les selfies tout sourire avec les participants du forum. Venu à 16h45 (13h45 GMT), Mohammad ben Salmane, dit "MBS", est reparti après une quinzaine de minutes sans avoir pris la parole.

Son attitude détendue contrastait avec l'ampleur de cette crise internationale suscitée par le meurtre du journaliste et critique du pouvoir Jamal Khashoggi.

"Ce sont des jours difficiles. Nous traversons une crise", a déclaré le ministre de l'Energie Khaled al-Faleh devant les participants du FII. Le meurtre du journaliste et critique du pouvoir "est abominable et personne dans le royaume ne peut le justifier", a-t-il ajouté.

Après avoir soutenu que Khashoggi était ressorti vivant du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, l'Arabie saoudite a fini par reconnaître qu'il avait été tué dans la mission diplomatique, mais nié toute implication de MBS, considéré comme l'homme fort du royaume.


(Lire aussi : Qahtani, ce bras droit de MBS dont le nom apparaît dans les affaires Khashoggi, Ritz-Carlton et Hariri...)



12 "méga-contrats" signés
L'année dernière, le prince héritier de 33 ans s'était fait acclamer lors du lancement de la première édition du forum comme un jeune visionnaire, champion d'une Arabie saoudite "ouverte et modérée", pays qui est aussi le premier exportateur de pétrole au monde.

Cette année, le forum a permis la conclusion de 12 "méga-contrats" pour une valeur totale de 50 milliards de dollars notamment dans le secteur de l'énergie, ont annoncé mardi ses organisateurs.

Le coup d'envoi du FII a néanmoins été assombri par les annonces quelques heures auparavant du président turc Recep Tayyip Erdogan, selon qui le "meurtre sauvage" de Jamal Khashoggi a été soigneusement planifié. Lundi, des journaux turcs avaient publié des informations impliquant MBS.

Avant de se rendre au forum, le prince héritier et le roi Salmane ont reçu au palais royal à Riyad deux membres de la famille du journaliste tué, selon l'agence officielle SPA.


Conséquence de l'affaire Khashoggi, le FII a vu la liste de ses participants se réduire. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, reçu lundi par MBS, a ainsi renoncé à participer au forum, tout comme la patronne du Fonds monétaire international Christine Lagarde, le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, et une vingtaine de PDG de sociétés internationales. Masayoshi Son, patron du conglomérat japonais SoftBank dont l'Arabie Saoudite est un important partenaire, a lui aussi renoncé à se rendre à Ryad, selon l'agence Bloomberg.

Certains, comme le PDG du géant pétrolier Total, Patrick Pouyanné, ont choisi d'y aller pour maintenir le contact "dans les temps difficiles": c'est dans ces moments là que "vous renforcez vraiment le partenariat", a-t-il déclaré à M. Faleh qui lui a rendu hommage pour s'être placé aux côtés de Riyad.

En quête d'une aide financière pour son pays, le Premier ministre pakistanais Imran Khan participait également au FII. Islamabad a annoncé mardi la signature d'un accord prévoyant un prêt saoudien de 3 milliards de dollars au Pakistan, et d'une "facilité de paiement" de la part de Riyad pour l'importation de pétrole, allant jusqu'à 3 milliards de dollars.

Des compagnies russes et chinoises étaient aussi présentes au forum.




"Punir"
Peu avant l'ouverture du FII, M. Erdogan a assuré que "la conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies". Il a ensuite appelé des proches de Khashoggi, promettant de "tout faire" pour "élucider" son meurtre.

Le vice-président américain Mike Pence a réagi mardi, disant " exiger des réponses". Lundi, le président américain Donald Trump, sous pression aux Etats-Unis pour agir contre l'allié saoudien, s'était dit "pas satisfait" des explications de Riyad.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir avait affirmé dimanche que "l'opération" contre Khashoggi n'avait "pas été autorisée" par le pouvoir et que MBS n'en avait pas été informé. Il a aussi dit ignorer où se trouvait le corps du journaliste. Mardi, il a ajouté que des mesures seraient mises en place pour qu'un meurtre comme celui de Jamal Khashoggi "ne puisse plus se reproduire".


(Lire aussi : En Arabie saoudite, « personne ne sait vraiment ce qui va se passer »)



Avant l'affaire Khashoggi, l'image du prince héritier, à qui le roi Salmane a de facto délégué les affaires courantes du royaume, avait déjà subi un coup dur avec des vagues d'arrestations d'hommes d'affaires, de militants des droits de la femme et de dignitaires religieux. En outre, l'Arabie saoudite, à la tête d'une coalition militaire depuis mars 2015 au Yémen contre les rebelles, a été accusée de multiples "bavures" ayant causé la mort de civils.

L'affaire Khashoggi a aussi relancé le débat sur un réexamen des relations avec Riyad notamment au sujet de la vente d'armes. Berlin a appelé les Européens à suspendre tout nouveau contrat d'armement avec le royaume tant qu'il n'aura pas fait toute la lumière sur la mort de Jamal Khashoggi.





Lire aussi

Khashoggi: qui sont les deux hauts responsables saoudiens limogés?

Pourquoi l’affaire Khashoggi est loin d’être terminée

Riyad face au meurtre de Khashoggi : de la dénégation à l'aveu

Khashoggi : les révélations saoudiennes visent à protéger MBS

Affaire Khashoggi : Riyad ne veut pas créer un nouveau choc pétrolier

Le Saoudien Jamal Khashoggi, journaliste et intellectuel engagé

Affaire Khashoggi : la Turquie profiterait-elle du scandale ?

Saintes indignations..., l'éditorial de Issa GORAIEB

Il y a le feu dans la maison Saoud, le commentaire de Anthony SAMRANI

Confronté à l'affaire Khashoggi, le roi Salmane veut affirmer son autorité face à MBS


À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ESCADRON DE MORT FUT ENVOYE PAR QUI ? LA EST LA QUESTION !

Talaat Dominique

l'argent n'a pas d'odeur

Chammas frederico

Abominable cet assassinat politique, abominable est le mot
Et perpétré par une bande de malfaisants "primaires"
On se dirait dans un mauvais polar...
Si l'assassinat n'avait pas de tels rebondissements...

Cyniquement on dirait "un projet exécuté par des Bisounours"
Des "professionnels du crime auraient pris plus de précautions ( confier l'assassinat à la mafia locale...et rejeter la faute a un partisan de l'EI

L'Arabie Saudite mettra un certain temps "à récupérer" après cette tâche ignominieuse, quel qu'en soient les responsables et executants

ON DIT QUOI ?

Il est honteux que ce royaume insiste tant a maintenir ce forum , après son crime odieux contre la liberté d'expression chère aux occidentaux . Soit dit en passant.

Nombreux sont ceux qui leur crache à la face.

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Notre vie avant et depuis la révolution

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants