Rechercher
Rechercher

Commentaire

Il y a le feu dans la maison Saoud

Des manifestants réclamant que Washington sanctionne l’Arabie saoudite après la disparition de Jamal Khashoggi. Kevin Lamarque/Reuters

Le royaume wahhabite n’avait pas subi autant de critiques depuis les attentats du 11 septembre 2001, lorsque 15 des 19 pilotes de l’air étaient saoudiens. Depuis la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui aurait été tué dans le consulat de son pays à Istanbul, la presse internationale se déchaîne et réclame que justice soit faite. Les dirigeants occidentaux prennent leurs distances avec ce vieil allié, au moins le temps que l’enquête soit finalisée. Les officiels et les grandes figures du milieu des affaires boycottent le « Davos du désert ». Les voix commencent à s’élever à Washington, même parmi les proches du président, sur la nécessité de repenser les relations avec Riyad. Donald Trump lui-même menace son protégé de « très graves conséquences » si sa responsabilité est avérée. L’Arabie saoudite a mauvaise presse au sein des opinions publiques occidentales depuis déjà plusieurs années. Mais les dirigeants se gardaient toutefois jusqu’alors de critiquer cet allié trop précieux, non seulement pour son pétrole ou pour les contrats faramineux qu’il génère en matière de ventes d’armement, mais surtout pour son importance stratégique dans le Golfe. Les Occidentaux ont fermé les yeux sur le désastre humanitaire qu’est devenue la guerre au Yémen, sur la séquestration de Saad Hariri à Riyad, sur la répression des opposants ou encore sur le blocus contre le Qatar. Cela a semble-t-il laissé penser au nouveau pouvoir saoudien, incarné par le prince héritier Mohammad ben Salmane, que tout lui était désormais permis. Qu’il pouvait même, si les faits sont avérés, éliminer sur le territoire turc et dans son propre consulat un éminent journaliste exilé aux États-Unis, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, mais en même temps membre de l’establishment saoudien.


(Lire aussi : Confronté à l'affaire Khashoggi, le roi Salmane veut affirmer son autorité face à MBS)


« Ce n’est pas seulement un crime, c’est une faute stratégique », résume dans une tribune publiée dans le Haaretz l’ancien ambassadeur américain en Israël Daniel Shapiro. Le prince trop pressé, à l’origine de tous les derniers coups de sang du royaume, n’a pas mesuré à quel point l’affaire Khashoggi pouvait être une bombe à fragmentation pour lui et pour l’Arabie. Une poupée russe explosive qui, malgré les efforts des Américains pour limiter les dégâts, a mis le feu au royaume. Le roi Salmane a été obligé d’intervenir pour calmer le jeu avec la Turquie, pour rassurer les Américains et pour recadrer son fils préféré.

L’Arabie a déjà perdu beaucoup dans cette affaire, surtout au niveau de son image de pays en pleine modernisation. Mais elle peut encore perdre beaucoup plus, et notamment sa relation privilégiée avec l’administration Trump. Un simple retour à la période Obama constituerait déjà, à ce titre, un sérieux revers pour Riyad. Le dauphin est désormais perçu comme un problème par les Occidentaux. L’affaire Khashoggi pourrait même lui coûter, à terme, son accession au trône. Son frère cadet, Khaled ben Salmane, actuel ambassadeur à Washington, a été rappelé à Riyad et pourrait être nommé vice-prince héritier, afin de lui faire un peu d’ombre. Ses méthodes brutales et impulsives, à rebours de la traditionnelle diplomatie du royaume, ont semble-t-il déclenché la colère de certains membres de la famille royale, alors que nombre de princes ont été humiliés par ses soins.


(Lire aussi : Comment l’affaire Khashoggi menace l’accession au trône de MBS)


Le roi Salmane a encore le pouvoir d’éteindre le feu. Il peut décider de sacrifier le fils prodigue, en l’écartant progressivement du pouvoir, et de favoriser l’ascension de son frère. Il y aurait toutefois un risque de déstabilisation si la population perçoit la manœuvre comme une dépendance du royaume aux pressions extérieures. Il peut également décider d’aller, sur ce point-là, au bras de fer avec les Occidentaux. Riyad ne manque pas d’atouts dans sa manche : il peut faire exploser le prix du baril de pétrole, il peut annuler ses contrats avec les Occidentaux et se tourner vers les Russes et les Chinois – qui ne sont pas du genre à lui reprocher d’avoir éliminé un journaliste critique –, ou il peut jouer sur ce qui reste sa meilleure arme, la menace du chaos. À ses risques et périls.

Jamais, dans le monde arabe, l’assassinat d’un journaliste n’avait eu autant de potentielles conséquences géopolitiques, au point même de menacer le pouvoir de celui qui est accusé d’en être le commanditaire. Au point aussi de sérieusement compliquer la principale mission que s’est confiée l’administration Trump dans la région, à savoir l’endiguement de l’Iran via notamment un rapprochement entre Israël et les pétromonarchies sunnites du Golfe. Acculés par Washington, les Iraniens doivent être aux anges depuis plus d’une semaine. Plus le feu gagne du terrain dans la maison Saoud, plus ils auront l’impression de vivre un rêve éveillé.



Lire aussi

Affaire Khashoggi : la Turquie profiterait-elle du scandale ?

Le vent avait commencé à tourner pour MBS bien avant le scandale Khashoggi

Affaire Khashoggi : une nomination du frère cadet de MBS, possible scénario de sortie de crise ?

Affaire Khashoggi : l'Iran observe en silence

Asiem el-Difraoui : Des princes saoudiens comme Mohammad ben Nayef ne sont pas très contents...

"MBS est un engin de démolition. Il a fait assassiner Khashoggi au consulat en Turquie", accuse un sénateur proche de Trump

Entre « châtiment » US et « réponse » saoudienne, jusqu’où la brouille entre Washington et Riyad ira-t-elle ?


Le royaume wahhabite n’avait pas subi autant de critiques depuis les attentats du 11 septembre 2001, lorsque 15 des 19 pilotes de l’air étaient saoudiens. Depuis la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui aurait été tué dans le consulat de son pays à Istanbul, la presse internationale se déchaîne et réclame que justice soit faite. Les dirigeants occidentaux...

commentaires (3)

Au point aussi de sérieusement compliquer la principale mission que s’est confiée l’administration Trump dans la région, à savoir l’endiguement de l’Iran via notamment un rapprochement entre Israël et les pétromonarchies sunnites du Golfe. FOIN DE LA MORT ATROCE DE KHASHOGGI , ON FERA FI DES PRINCIPES DE LIBERTE D'OPINION , D'EXPRESSION ETC... , ON SE MOQUERA COMME DE SA 1ERE CULOTTE DE SAVOIR QUI PRENDRA LA PLACE D'HERITIER OU SI ON CONSERVE LE MËME CRIMINEL EN PLACE , MAIS IL NE FAUT SURTOUT PAS QUE L'IRAN EN TIRE PROFIT NE SERAIT CE QU'UNE SEULE SECONDE , MËME S'IL DOIT Y AVOIR LE FEU DANS LA MAISON saoud et en occident ! VOILA OU SE TROUVE LA POTENCE QUI VA PENDRE LE BOURREAU . OUI LE BOURREAU .

FRIK-A-FRAK

13 h 15, le 20 octobre 2018

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Au point aussi de sérieusement compliquer la principale mission que s’est confiée l’administration Trump dans la région, à savoir l’endiguement de l’Iran via notamment un rapprochement entre Israël et les pétromonarchies sunnites du Golfe. FOIN DE LA MORT ATROCE DE KHASHOGGI , ON FERA FI DES PRINCIPES DE LIBERTE D'OPINION , D'EXPRESSION ETC... , ON SE MOQUERA COMME DE SA 1ERE CULOTTE DE SAVOIR QUI PRENDRA LA PLACE D'HERITIER OU SI ON CONSERVE LE MËME CRIMINEL EN PLACE , MAIS IL NE FAUT SURTOUT PAS QUE L'IRAN EN TIRE PROFIT NE SERAIT CE QU'UNE SEULE SECONDE , MËME S'IL DOIT Y AVOIR LE FEU DANS LA MAISON saoud et en occident ! VOILA OU SE TROUVE LA POTENCE QUI VA PENDRE LE BOURREAU . OUI LE BOURREAU .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 15, le 20 octobre 2018

  • (Pseudo)Dur dans le propos, soft dans l’action. Voilà M Trump. Une enquête internationale, voilà ce qu’il faut. Tout le reste est collusion et Pipo !

    LeRougeEtLeNoir

    12 h 31, le 20 octobre 2018

  • PARADOXALEMENT C,EST A COUPS DE BARILS DE PETROLE QU,ON AURA RAISON DE L,INCENDIE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 40, le 20 octobre 2018