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La Dernière

Laila Zahed, une femme en guerre contre le plastique

Positive Lebanese
11/10/2018

Non, le plastique, ce n’est plus fantastique. C’est même devenu une arme de destruction massive qui menace toutes les espèces et les environnements. Les dernières statistiques, dévoilées le 5 juin dernier lors de la journée de l’environnement, sont désastreuses et font froid dans le dos. Entre 1950 et 2015, près de 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produits et 79 %, donc 6,3 milliards, sont devenus des déchets qui s’accumulent dans la nature et particulièrement dans les océans. 9 % seulement ont pu être recyclé et 12 % incinérés. En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans. Et on ne parle pas de l’incidence de cette catastrophe sur l’être humain. Un être humain victime de ses mauvaises habitudes. Alors que peut-on faire ? Généticienne de métier, Laila Zahed travaille tous les jours dans un hôpital mais cela ne l’empêche pas d’avoir des idées et surtout de les mettre en application. Cette jeune femme déterminée a toujours été impliquée dans l’environnement et surtout dans son environnement. Dès 2010 et alors qu’elle effectuait des trajets réguliers sur l’autoroute du Nord pour donner des cours, elle s’insurge contre les poubelles entassées sur les bas-côtés de la route. Elle met alors au point une campagne, Ana ma bkibb, et lance le mouvement avec des stickers à coller sur les voitures et l’appel à ne pas jeter sa poubelle par la fenêtre. L’idée fait son chemin et implique les écoles et les enfants dans tout le Liban. Des poubelles peintes en couleur, des ateliers d’éveil et même des sacs bagauto (une idée de Talia Mouraccadé et Ramzi Khoury) pour les voitures. Laila Zahed utilise même sa plume pour concevoir un petit livret qui raconte l’histoire d’une canette qui refuse de rester 200 ans jetée dans la nature.

Lorsque la crise des déchets éclate au Liban, cette pasionaria refuse d’être dépassée par les événements. Elle cherche alors une nouvelle idée pour contribuer un tant soit peu au recyclage intelligent et décide de s’attaquer au plus grand des fléaux de ce XXIe siècle : le plastique. Ou plus spécifiquement les sacs en plastique, ceux qui s’accumulent dans nos armoires et dont ne sait que faire à part les jeter dans la nature. Une technique apprise sur internet lui permet de voir les nombreuses possibilités pour redonner une seconde vie à ces sacs. Avec l’aide d’un ami qui travaille dans des ONG internationales, elle identifie des femmes réfugiées syriennes qui travaillent le crochet et leur confie les sacs qu’elle a récoltés. Le concept Jellyfish* est né. Jellyfish parce que les tortues de mer confondent les sacs avec les méduses et meurent étouffées.

Les premières créations, des décorations de Noël, se vendent comme des petits pains à Souk el-Tayyeb en décembre 2016, ce qui encourage Laila Zahed à élargir sa gamme. Aujourd’hui, Jellyfish regroupe près de dix femmes syriennes, libanaises et même éthiopiennes, et contribue à aider de nombreuses familles. Elles sont responsables de leurs créations et récoltent elles-mêmes les bénéfices. Laila Zahed opère en coulisse pour leur fournir les sacs, les conseiller et imaginer ensemble de nouveaux modèles. Les créations sont belles et colorées. Des sacs de plage, des cabas, des jouets, des trousses, des paniers, des serviettes, des poufs et même des tapis. Le résultat plaît beaucoup et les produits s’exposent, se vendent et s’exportent. Entre-emps, Laila Zahed s’active à collecter les sacs en plastique, ces fameux sacs hideux qu’on ne doit plus jeter. Une superbe solidarité, un magnifique exemple de recyclage, un vrai travail de pro et une initiative qui devrait donner à réfléchir. Nous sommes tous impliqués, ce sont nos déchets et nous pouvons tous faire une différence. Connaissez-vous la légende amérindienne du colibri ? Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Les animaux fuyaient impuissants. Seul le colibri s’activait, allant chercher de petites gouttes d’eau avec son bec pour les jeter dans le feu. Les animaux l’ont traité de fou et ont qualifié son geste de dérisoire mais le petit oiseau leur a répondu : « Je le sais, mais moi au moins, je fais ma part. » Faire sa part. Chacun de nous et à son échelle pour la survie de la planète en commençant par celle du Liban.

*Jellyfish est sur Facebook et récolte vos sacs en plastique.


*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d'amour pour son pays. (voir ici)

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Stes David

D'un coté j'admire le courage de cette femme et sa volonté de faire quelque chose de positive. D'autre coté "redonner une seconde vie à ces sacs" c'est aussi un couteau qui coupe le long des deux côtés ... Les nouveaux objets sont toujours de plastique recyclé ... ca reste du plastique et c'est en compétition avec les materiaux plus 'nobles' et mieux pour l'environment (et plus chers).

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