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La Dernière

Rima Tarabay : Persévérer pour préserver

Positive Lebanese
27/06/2018

Face à tant de négligences, d’aberrations, de corruption, de sabotage et de crimes contre-natures et contre la nature au Liban, il n’y a que trois façons de réagir : participer à la destruction du pays en essayant d’en tirer profit ; baisser les bras en disant que, de toute façon, on n’y peut rien ; ou décider de réagir, de s’engager et de se battre.

Militante, Rima Tarabay l’a toujours été. Enfant de la guerre, la jeune fille a très vite compris que son destin est indissociable de celui de ce pays qu’elle a dans la peau. Dès les premières années d’université, l’activisme politique lui tend les bras. Le Liban est alors en guerre et divisé, et chaque faction, chaque communauté est enfermée dans son canton et ses convictions. Chargée au sein des Forces libanaises des relations avec la presse et la diaspora, c’est très vite qu’elle va vouloir rencontrer les différents protagonistes du conflit et explorer cet autre Liban qu’il ne nous était pas permis de tenter même de comprendre. Devenue journaliste à L’Orient-Le Jour, elle interviewe les grandes figures politiques, se forge ses propres opinions, constate les diversités et, comme elle le dit elle-même, trouve sa vraie identité 100 % libanaise, loin des appartenances politiques et confessionnelles. C’est là qu’elle rencontre Rafic Hariri qui, de retour au Liban, avait fait le choix de miser sur le pays. Ce sera le début d’une longue collaboration et d’une véritable amitié. Et c’est toujours cet engagement viscéral pour le pays qui poussera Rima Tarabay à fonder, avec Hariri, Bahr Loubnan, une ONG dont l’objectif est de combattre la pollution des côtes libanaises. Détentrice d’un master en psychologie et d’un master en sciences politiques, la jeune femme décide d’entamer un doctorat en géographie pour mieux cerner les problématiques de l’environnement et trouver des solutions durables. Sa thèse « Homme, espace, temps, ressources et environnement » propose le concept d’un village écologique en soulevant les problèmes identitaires et leurs relations avec la géographie. Pouvons-nous, au Liban, construire une identité indépendamment de notre appartenance confessionnelle et politique ? L’environnement peut-il être fédérateur et construire cette nouvelle citoyenneté ? Ces questions d’intérêt universel sont très pertinentes dans notre pays où l’on se dirige sûrement vers un écocide auquel aucune communauté ne pourra survivre. L’eau polluée, la côte dévastée, la mer insalubre, les montagnes rasées, les écosystèmes menacés touchent tout le monde.

Pour tenter de pallier les urgences et surtout amener une réponse à ses interrogations identitaires, Rima Tarabay décide d’implanter concrètement les villages écologiques garant d’un vrai espoir en un avenir plus vivable. Elle fonde une nouvelle ONG, Ecotowns, pour compléter les activités de Bahr Loubnan, et choisit Naqoura, si loin, si proche, pour mettre en place les équipements nécessaires pour en faire un village écologique modèle loin de toute pollution et doté d’une politique environnementale active dans les domaines de la gestion des déchets, de l’air, de l’eau. Dès 2005, les choses se mettent à bouger dans le village qui se prête volontiers aux expériences qui transformeront l’école publique en établissement avec zéro émission de C02, capable de produire sa propre énergie. La politique de tri des déchets est également introduite dans les quatre cents foyers de Naqoura ainsi qu’un potager bio, un jardin public, une agriculture sans pesticides, une réhabilitation de la côte et un véritable éveil au concept de village écologique. Les enfants sont, bien entendu, au centre de toutes ces activités et ces adultes de demain sont porteurs d’espoir pour le Liban entier.

Rima Tarabay souhaite appliquer l’exemple de Naqoura au reste du pays en espérant convaincre les municipalités que c’est là l’unique solution pour ne pas assister impuissants au naufrage. Entre-temps, elle s’active de l’autre côté de la Méditerranée où près de cinq villages dans cinq pays différents (France, Égypte, Maroc, Grèce, Slovénie) ont été approchés par l’ONG dans le but de créer un réseau qui regrouperait des villages du nord et du sud de la Méditerranée pour établir des liens culturels et environnementaux, et surtout rebondir en exemples et solutions, et préparer à nos enfants un futur viable. Ce projet, qui fait partie de la commission énergie-environnement de l’assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée, est très ambitieux puisqu’il privilégie les solutions durables, un écotourisme responsable et surtout une plate-forme d’échanges très nécessaire. Les enfants de Naqoura sont allés à la rencontre des enfants de Cassis et cette cohabitation a donné lieu à une meilleure compréhension de l’autre, de ses besoins et surtout de l’urgence aujourd’hui de vivre dans un environnement plus sain, plus propre, plus amical et plus intelligent.

Bahr Loubnan vient tout juste de signer un accord de partenariat avec l’Université Côte d’Azur pour promouvoir une coopération étroite et des échanges d’expertise. Une richesse de plus pour le Liban dont la nature agonise. Mais Rima Tarabay, qui est aujourd’hui la candidate du Liban au secrétariat général adjoint pour le transport et le développement urbains durables pour l’Union de la Méditerranée, ne baisse pas les bras, multipliant les programmes à longue portée mais aussi les actions à court terme. Telle cette charte pour les plages libanaises qui, en s’engageant à adopter des actions écoresponsables, se verront attribuer le pavillon Bahr Loubnan. Nous n’avons pas d’autre pays et pas d’autre planète, il faut vite prévoir demain.


*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d'amour pour son pays. (voir ici)


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