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Liban

Réfugiés syriens : en attendant l’ambitieux plan russe, des rapatriements au compte-gouttes

crise

Près de 720 déplacés dans la zone de Chebaa sont retournés samedi en Syrie.

Claude ASSAF | OLJ
30/07/2018

Environ 720 déplacés syriens, installés dans le sud de la Békaa et dans la région de Chebaa, sont rentrés samedi en Syrie, via le poste-frontière de Masnaa, dans le cadre d’une opération de retour coordonnée entre la Sûreté générale (SG) et le régime syrien.

En présence d’un déploiement de forces militaires et sécuritaires, ainsi que de représentants du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, venus en observateurs, les personnes dont les noms avaient été préalablement approuvés par le régime de Damas s’étaient rassemblées dans l’école publique du village de Chebaa, avant de partir dans les 35 bus affrétés par la Syrie. Des éléments de la SG s’attachaient à vérifier scrupuleusement leur identité, sous l’œil du directeur général de la SG, Abbas Ibrahim.
M. Ibrahim a indiqué à cette occasion qu’en vertu d’une mission qui lui a été confiée par le chef de l’État Michel Aoun, le président du Parlement, Nabih Berry, et le Premier ministre, Saad Hariri, il continuera à « œuvrer pour le retour des déplacés syriens, dans le cadre d’une coopération avec la Russie ».


(Lire aussi : Le Liban salue l’initiative de rapatriement des réfugiés syriens initiée par la Russie)


Lors du sommet d’Helsinki qui a réuni, le 16 juillet, les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Donald Trump, la Russie a proposé un plan de retour de réfugiés installés au Liban et en Jordanie, suggérant notamment la création d’une commission conjointe libano-syro-russe chargée de plancher sur le retour de 890 000 Syriens installés dans le pays.
Les 720 réfugiés rentrés samedi chez eux ne font cependant pas partie du plan russe. Il s’agit de la cinquième vague de rapatriements depuis le 28 juin. Ce jour-là, près de 300 déplacés sont partis de Ersal (nord de la Békaa) en direction du Qalamoun ; le 1er juillet, 42 autres, installés dans des camps à Ersal, ont rejoint leur village dans la banlieue de Damas ; moins d’une semaine plus tard, le 7 juillet, c’était au tour de 377 autres déplacés qui campaient également à Ersal ; enfin, lundi dernier, près de 850 réfugiés syriens, toujours à Ersal, sont rentrés dans le Qalamoun syrien.

Au total, depuis fin juin, près de 2 300 Syriens ont fait le chemin du retour. Quelques centaines les avaient précédés, notamment de Chebaa. Ces chiffres ne représentent qu’une goutte d’eau par rapport aux centaines de milliers de rapatriements prévus par le plan russe. M. Ibrahim a annoncé, à ce sujet, que « dans une prochaine étape, des centaines de milliers de déplacés vont quitter le Liban », appelant les réfugiés à se « rendre en masse auprès des postes de la SG sur tout le territoire libanais afin d’inscrire leurs noms ». « Nous assurons un retour sécurisé à tous et œuvrons à surmonter les obstacles que les déplacés peuvent rencontrer avec les autorités syriennes, de manière qu’ils rentrent chez eux et soient rassurés », a ajouté le chef de la SG. Il a même assuré, contrairement aux affirmations de nombreuses sources, et notamment de l’ambassadeur de France, Bruno Foucher, dans ces colonnes, que « l’État syrien facilite le retour des déplacés », soulignant que « s’il avait de mauvaises intentions, il aurait arrêté ceux qui font l’objet de poursuites parmi les gens qui sont rentrés ».


(Lire aussi : Plus de 700 réfugiés sont rentrés en Syrie depuis Chebaa et la Békaa)


Concertations CPL-Hezbollah
Un proche du dossier dans la région de Chebaa, qui a requis l’anonymat, indique à L’Orient-Le Jour que « seuls les criminels de droit commun voient leur demande de retour rejetée par le régime de Damas, alors que les opposants politiques bénéficient d’une autorisation de retourner dans le cadre d’arrangements conclus à l’aide des services de sécurité libanais et syrien ». Il indique par ailleurs que les Syriens qui ont été rapatriés samedi ont été dirigés vers Beit Jinn et Mazraet Beit Jinn, dans le sud de la Syrie.Selon cette source, 7 000 réfugiés sont encore présents dans la région de Chebaa.

En parallèle de ce mécanisme de rapatriements mis sur pied par les autorités sécuritaires libanaises en coordination avec le régime syrien, le Hezbollah avait annoncé à la fin du mois dernier la mise en place par son parti d’une structure visant à aider les réfugiés à rentrer dans leur pays, en coopération avec les autorités libanaises et Damas. Le chef du CPL, Gebran Bassil, avait lui aussi annoncé, dans le même esprit, la formation de « comités civils » dans plusieurs régions du pays en vue de parvenir à cette même fin.

Aujourd’hui, une réunion de responsables du dossier du retour au sein des deux partis devrait se tenir à 17h30, au siège du bloc parlementaire du Hezbollah, dans la banlieue sud.
Une source du CPL affirme que cette réunion s’inscrit dans l’optique d’aider les institutions étatiques à préparer le retour, « et ce sans contact direct avec le régime syrien ». Cette source indique que les membres des comités du Hezbollah et du CPL en charge du dossier comptent partager les chiffres et les informations qu’ils ont réunis sur les déplacés, en vue de faciliter la tâche des services de sécurité, assurant que leurs démarches seront entreprises « sous le seul parapluie de l’État ». Quant au plan russe, il en est encore à ses balbutiements, à en croire la même source du CPL.


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SANS L,ONU ET L,ACCORD DES GRANDES PUISSANCES LE PROJET RUSSE EST VOUE A L,ECHEC CAR L,ECRASANTE MAJORITE DES REFUGIES NE RENTRERONT PAS SE BASANT SUR LES PAROLES DES RUSSES QUI SONT PARTIE DU CONFLIT MAIS VEULENT DES GARANTIES INTERNATIONALES POUR LEUR SECURITE EN SYRIE !

Sylvie Baaklini

Au compte-gouttes ou a flot.....le processus est bel et bien en marche .

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