Liban

Raï : Je n’imaginais pas pouvoir venir en Arabie saoudite un jour...

Événement
14/11/2017

C'est une visite doublement historique que le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a entamé hier en Arabie saoudite. D'abord parce qu'il s'agit de la première visite d'un chef religieux chrétien au royaume wahhabite, depuis sans doute le Prophète, ensuite parce qu'elle intervient dans un contexte local et régional particulièrement trouble.

Le patriarche est arrivé à 18h (17h, heure de Beyrouth) à Riyad. Un accueil officiel lui a été réservé à sa descente d'avion. Il a notamment été accueilli par le ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer Sabhane, entouré des représentants du protocole royal ainsi que des délégués du ministère de l'Éducation et de l'Information, de l'ambassadeur du Liban en Arabie saoudite, Abdel Sattar Issa, des responsables de l'ambassade, ainsi que de l'ancien député Farès Souhaid.
Il s'est ensuite rendu au siège de l'ambassade du Liban où l'attendaient les membres de la communauté libanaise à Riyad.

Dans une allocution prononcée à cette occasion, le patriarche maronite a rendu un vibrant hommage au roi Salmane ben Abdel Aziz, ainsi qu'au prince héritier Mohammad ben Salmane pour l'attention qu'ils portent aux Libanais installés au royaume. « Je n'imaginais pas pouvoir venir un jour ici », a lancé le patriarche, acclamé à plusieurs reprises par l'audience.
« Les relations entre l'Arabie saoudite et le patriarcat maronite remontent à très loin, comme en attestent les correspondances entre les patriarches Arida, Boulos Méouchy, Antonios Khoreiche et Nasrallah Sfeir et les monarques du royaume. Aujourd'hui, elles se concrétisent par cette visite », a lancé le chef de l'Église maronite qui a par la suite plaidé vigoureusement en faveur de la convivialité islamo-chrétienne, après avoir rappelé les paroles du pape Jean-Paul II pour qui « le Liban, un petit pays, est porteur d'un grand message ».

 

(Lire aussi : Raï à Riyad, une visite historique et hautement symbolique)


« Ce message s'articule autour du pluralisme dans l'unité, un pluralisme religieux et culturel. Le Liban est une mosaïque et non pas une fusion où tout s'emmêle », a-t-il dit, en expliquant que c'est ce modèle qui fait sa richesse et sa singularité et qu'il souhaite véhiculer.
« Dans trois ans, nous célébrerons le centenaire du Grand-Liban. Cet anniversaire signifie surtout que le Liban ne va pas disparaître, un Liban où chrétiens et musulmans continueront de coexister », a soutenu le patriarche sous un tonnerre d'applaudissements.

Pas de politique donc dans son discours devant les Libanais de Riyad, mais dans une conversation à bâtons rompus avec la presse, il a indirectement affirmé soutenir l'appel du Premier ministre démissionnaire, Saad Hariri, à une application rigoureuse de la politique de distanciation, affirmant cependant souhaiter que M. Hariri regagne Beyrouth pour en discuter de vive voix.
Mgr Raï a dit avoir été pris de court et attristé par la démission de ce dernier, soulignant l'immobilisme dans lequel le pays est plongé depuis. Le patriarche n'a pas voulu commenter les réactions hostiles à sa visite, mais a minimisé en même temps leur importance, en faisant remarquer qu'au Liban, il y a toujours des gens qui sont hostiles à quelque chose.

Le chef de l'Église maronite a insisté sur le fait qu'il se trouve en Arabie « pour parler de principes et non pas de politique ».

 

(Lire aussi : Mortelles distances, l'édito d'Elie Fayad)

 

Dialogue entre le christianisme et l'islam
« La visite du patriarche ne relève pas de la politique interne libanaise », commente à ce sujet l'ancien député Farès Souhaid, qui se trouve également à Riyad, en sa qualité de l'une des personnalités qui avaient contribué à l'organisation du voyage. « Elle vise essentiellement à établir une politique de dialogue entre le christianisme et l'islam dans la mesure où, d'un côté, le monde musulman, en crise, accuse les chrétiens de ne pas soutenir ses causes, notamment la cause palestinienne, et de l'autre, les chrétiens, de par la montée du radicalisme, considèrent les musulmans comme une source de tracas », souligne M. Souhaid.

L'importance de la visite, selon les explications fournies par M. Souhaid, réside dans le fait qu'elle imprime une nouvelle politique à même d'impacter positivement la coexistence et la convivialité islamo-chrétienne dans la région et de contribuer ainsi à combler le fossé que les épouvantables guerres régionales et les agissements des groupuscules extrémistes avaient creusé entre chrétiens et musulmans. « Devant la montée du fondamentalisme et la peur qu'elle a engendrée, les chrétiens du Liban et de la région s'étaient tournés il y a quelques années vers l'Occident, en quête de protection et de garanties. Aujourd'hui, en 2017, c'est le patriarche maronite qui effectue le parcours inverse. À travers sa visite en Arabie saoudite, il montre que les garanties requises par ses coreligionnaires ne peuvent pas provenir de l'Occident, mais d'un dialogue de fond entre l'islam et le christianisme. Les chrétiens d'Orient ne représentent pas une communauté étrangère pour se tourner vers l'Occident. Les chrétiens réalisent désormais que c'est seulement à travers cet espace commun de dialogue qu'ils peuvent avoir les garanties souhaitées », explique l'ancien député dont les propos répercutent la stratégie suivie par le patriarcat maronite.

 

(Lire aussi : Un patriarche chez le custode de la Kaaba, l'article d'Antoine Courban)

 

L'une des principales conséquences des assises de Riyad sera ainsi la fondation d'un Centre international permanent de dialogue interreligieux, au sein duquel les questions conflictuelles seraient discutées et qui véhiculera surtout un message de paix. « En 1919, le patriarche Élias Howayek s'était tourné vers un des architectes internationaux, Georges Clémenceau, pour réclamer le Grand-Liban. Cent ans plus tard, le patriarche Raï se tourne vers un des architectes de la région pour demander la création d'un centre permanent de dialogue interreligieux. L'Église maronite redonne encore une fois sa raison d'être à notre pays », affirme Farès Souhaid.

 

Lire aussi

Diabolique diversion, l'édito de Michel TOUMA

Les messages subliminaux d'un entretien télévisé... Le décryptage de Scarlett HADDAD

Comment le Hezbollah a réussi à détourner les regards du véritable enjeu...

Après les explications de Hariri, la balle est dans le camp de Aoun et du Hezbollah

Paris insiste à son tour sur « le principe de non-ingérence »

Aoun sollicite l'aide de Macron concernant la neutralité

Samy Gemayel espère un retour rapide du PM au Liban

Le bloc du Futur stigmatise l'ingérence iranienne dans les affaires arabes

« Hariri décidera à son retour s'il persiste ou non dans sa démission », affirme Sleiman

Lire aussi à la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Wlik Sanferlou

Allah y'adim kel khair!

Henrik Yowakim

« Ce message s'articule autour du pluralisme dans l'unité, un pluralisme religieux et culturel. Le Liban est une mosaïque et non pas une fusion où tout s'emmêle »

ET LE SOMMET DE CETTE MOSAIQUE C'EST LA TRILOGIE DE L'ARMEE LIBANAISE,DU PEUPLE MARONITE ET DE LA RESISTANCE IRANIENNE ?????

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS VOILA LA-BAS... BONNE CHANCE !

Georges MELKI

"D'abord parce qu'il s'agit de la première visite d'un chef religieux chrétien au royaume ..."
Ce n'est pas vrai! Le Patriarche Grec-Orthodoxe Elias IV a déjà visité le royaume à la fin des années 70...

C.K

Discours sobre, équilibré et essentiel même si je ne crois pas à ce fumeux dialogue islamo-chrétien, l'un des protagonistes étant incapable de se remettre en question ni de "dialoguer".

Marionet

N'en jetez plus, la cour est pleine!

Sarkis Serge Tateossian

Très bonne initiative.
l’œcuménisme interreligieux initié par le Vatican et l'islam date déjà un bon moment, des églises sont réhabilitées et présentées à l'UNESCO comme patrimoine de l'humanité en terre musulmane, existent aussi ...

Des signes timides mais réels commencent à faire leur apparition, au royaume saoudien, mieux vaux tard que jamais. Il y a encore quelques jours personne ne pourrait imaginer une soutane à l'intérieur du palais royal wahhabite. C'est fait !

Nous prions pour la réussite de cette initiative de Monseigneur Raï. c'est un pas significatif sur la voie du rapprochement entre islams et chrétiens.
A suivre ...

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

L’édito de Émilie SUEUR

Les obligations de la classe politique libanaise

Décryptage de Scarlett HADDAD

La récente crise a renforcé les liens entre les responsables...

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.