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Liban

Paris insiste à son tour sur « le principe de non-ingérence »

Diplomatie

Gebran Bassil attendu aujourd'hui à Paris.

14/11/2017

À la veille de l'audience que le président français Emmanuel Macron accordera aujourd'hui au ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, il est possible d'affirmer que Paris est maintenant pleinement engagé dans une véritable action diplomatique. Au-delà de la création de conditions favorables à un retour très prochain à Beyrouth du Premier ministre Saad Hariri, la diplomatie française a élargi ses contacts à des partenaires européens et semble décidée à inciter les pôles libanais et régionaux à aller au fond des choses. Les premiers se mettant immédiatement au travail pour une véritable distanciation du pays du Cèdre à l'égard des événements en Syrie et les seconds pour entreprendre une désescalade au Liban en agissant éventuellement auprès de leurs partenaires locaux.

La France a ainsi salué hier une « certaine détente » après l'annonce par le Premier ministre démissionnaire Saad Hariri qu'il rentrerait prochainement au Liban, tout en avertissant qu'elle engagerait d'autres « initatives » en lien avec l'ONU si la crise libanaise n'est pas rapidement débloquée.
« Nous restons très vigilants. Nous allons voir ce qui va vraiment se passer dans les jours qui viennent et continuerons à prendre les initiatives auxquelles nous pensons pour un avenir proche, notamment en lien avec le secrétaire général des Nations unies », a indiqué la présidence française.
Le président français Emmanuel Macron s'est d'ailleurs entretenu dimanche par téléphone de ces « initiatives » avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres et les deux dirigeants ont convenu de faire le point mercredi en marge de la COP23 sur le climat à Bonn.
« Ces initiatives dépendront de l'évolution (de la crise), les choses bougent beaucoup », a-t-on ajouté de même source, sans plus de précisions, tout en relevant qu'une démarche au Conseil de sécurité de l'ONU n'était « pas pour l'instant articulée ».

 

(Lire aussi : Raï : Je n'imaginais pas pouvoir venir ici un jour...)

 

MM. Macron et Gutteres ont « envisagé les initiatives qu'il fallait prendre pour à la fois rassurer les Libanais, assurer la stabilité au Liban et préserver le Liban de ces environnements régionaux qui pourraient être déstabilisants », a indiqué la présidence française.

La condition d'une sortie de crise passe par un retour de Saad Hariri au Liban, a insisté Paris. Il faut qu'il puisse « remettre sa démission au chef de l'État, s'il veut effectivement démissionner, à moins qu'il ait changé d'avis entre-temps », a souligné l'Élysée.
La France est contre « toutes les ingérences » dans la crise libanaise, a poursuivi la présidence, en relevant qu'elles ne venaient « pas seulement d'un pays ».
Lors de sa rencontre avec le prince héritier Mohammad ben Salmane à Riyad, Emmanuel Macron avait demandé que les problèmes extérieurs ne soient pas transposés au Liban, afin qu'une intervention à l'ONU ne soit pas nécessaire...

 

(Lire aussi : Mortelles distances, l'édito d'Elie Fayad)

 

« La non-ingérence, un principe de base »
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a appelé à la « non-ingérence » au Liban, sans toutefois nommer l'Iran et l'Arabie saoudite.
« Pour qu'il y ait une solution politique au Liban, il faut que chacun des responsables politiques ait évidemment sa totale liberté de mouvement et que la non-ingérence soit un principe de base », a déclaré M. Le Drian, en arrivant à la réunion des chefs de la diplomatie des 28 pays de l'Union européenne à Bruxelles.
« Pour l'instant », M. Hariri « déclare être libre de ses mouvements, nous n'avons pas de raison de ne pas le croire », a-t-il ajouté.
Mais « nous sommes préoccupés par la situation au Liban (...), nous sommes soucieux de sa stabilité (...), de son intégrité, nous sommes soucieux de la non-ingérence et soucieux de la Constitution libanaise », a-t-il martelé.

L'UE ne veut « aucune interférence extérieure » au Liban, a affirmé pour sa part sa cheffe de la diplomatie Federica Mogherini. « Nous ne voulons d'aucune interférence extérieure » au Liban et « nous jugeons qu'il est essentiel d'éviter d'importer au Liban des conflits régionaux, des dynamiques régionales, des tensions régionales qui doivent rester en dehors du pays », a martelé Mme Mogherini.
« En tant qu'amis du Liban, nous tenons plus que tout à la stabilité de ce pays, a souligné Mme Mogherini. Nous appelons les forces politiques (du pays) à se concentrer sur le Liban et sur ce qu'ils peuvent apporter aux citoyens (et exhortons) le Premier ministre Hariri à retourner dans le pays », a-t-elle insisté.
La haute représentante de l'UE pour les Affaires extérieures a précisé qu'elle recevrait ce matin Gebran Bassil à Bruxelles.

Le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel avait également mis en garde contre le fait que « le Liban risque de retomber dans de graves confrontations politiques et peut-être militaires. Afin de prévenir cela, nous avons en particulier besoin du retour (au Liban) du Premier ministre actuel, d'une réconciliation dans le pays et d'empêcher une influence de l'extérieur ».
Le Liban « ne doit pas devenir un jouet de (...) la Syrie, de l'Arabie saoudite ou d'autres », avait-il estimé.

 

« La non-ingérence de l'Iran, facteur de stabilité »
Faisant suite aux déclarations de M. Le Drian, la porte-parole du Quai d'Orsay, Agnès Romatet-Espagne, a répondu à trois questions posées par des journalistes dans le cadre du point de presse électronique par les lignes suivantes : « Nous souhaitons que tous ceux qui exercent une influence au Liban permettent aux acteurs politiques de ce pays d'exercer pleinement leurs responsabilités. M. Saad Hariri a appelé hier l'Iran à ne pas s'ingérer dans les affaires du Liban et des pays voisins. Nous estimons que c'est une condition importante de la stabilité dans la région. La France a pour le Liban une attention particulière et souhaite que la communauté internationale s'exprime d'une seule voix pour en assurer la stabilité, l'unité et la sécurité. »
Des milieux proches de l'Élysée et du Quai d'Orsay ont laissé entendre hier que les responsables français apprécient et soutiennent la position du président de la République, Michel Aoun, tout au long de la crise suscitée par la démission à distance de Saad Hariri et soutiennent les autres dirigeants libanais pour leurs efforts visant à éviter tout dérapage dans le pays.

Il en sera probablement question aujourd'hui lors de la rencontre Macron-Bassil qui pourrait expliciter cette attitude du président Aoun et du palais Bustros et éventuellement répondre aux interrogations et aux inquiétudes françaises ou tenir des propos rassurants sur un éventuel assouplissement de l'attitude « du Hezbollah ». Non sans ajouter des indications sur le but de sa tournée dans d'autres capitales européennes.

Un diplomate arabe à Paris a estimé que cette tournée du chef de la diplomatie libanaise pourrait se substituer au recours au Conseil de sécurité évoqué comme une possibilité par la présidence libanaise et cela bien avant la désescalade ressentie après l'interview télévisée du Premier ministre Hariri à la Future TV. Ce diplomate a ajouté qu'en pareilles occasions, le chef de l'État français pose des questions précises avant d'informer son hôte des positions et des intentions françaises.
En tout état de cause, l'inquiétude française semble avoir baissé d'un cran, à en croire des milieux politiques, qui ajoutent que la France a non seulement alerté ses partenaires européens de la gravité de la situation au Liban mais aussi les deux grandes capitales dont une sera la destination de M. Bassil après Paris.

 

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gaby sioufi

$ / EU inutilement depenses ! bassil doit rester chez lui apres avoir mieux lu et compris le sens donne a leurs declarations - subliminales- comme certains l'ecrivent- qd les responsables occidentaux declarent :

"" La France est contre « toutes les ingérences » dans la crise libanaise, a poursuivi la présidence, en relevant qu'elles ne venaient « pas seulement d'un pays ».
« Nous souhaitons que tous ceux qui exercent une influence au Liban permettent aux acteurs politiques de ce pays d'exercer pleinement leurs responsabilités.

ET NE PAS se contenter betement du :""La condition d'une sortie de crise passe par un retour de Saad Hariri au Liban, a insisté Paris""

Henrik Yowakim

Paris insiste à son tour sur « le principe de non-ingérence »

PRINCIPE IRREALISTE ET IRREALISABLE TANT QUE LE LIBAN SERA ET RESTERA OUS OCCUPATION IRANIENNE PAR PARTIS DU DIABLE INTERPOSEES.

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