L’édito de Élie FAYAD

Mortelles distances

L’édito
Élie FAYAD | OLJ
13/11/2017

Que dans un même élan patriotique, les Libanais, toutes tendances confondues, se fédèrent soudain pour réclamer d'une seule voix le retour de leur Premier ministre, supposé retenu contre son gré à l'étranger, il s'agit d'un fait trop rare pour ne pas s'en réjouir. Qu'il soit parfaitement inacceptable qu'un chef de gouvernement en visite à l'étranger soit, d'une façon ou d'une autre, traité de manière coercitive par qui que ce soit, pour quelque raison que ce soit, cela ne doit faire l'objet d'aucun doute.
Ces deux constats ayant été établis, allons à présent à l'essentiel, ce dont on ne parle pas, ou alors si peu : comment on en est arrivé là...

Mais tout d'abord, il faudrait peut-être essayer de comprendre de quoi on parle au juste. Sommes-nous devant une intrigue policière, comme d'aucuns voudraient nous en convaincre, une histoire de blanchiment d'argent, de princes déchus, de palaces transformés en prisons ? Relayés par des hommes politiques intéressés, des médias, et non des moindres, l'affirment. Soit! Jouons le jeu et disons-nous qu'il y a peut-être un côté crapuleux dans toute cette affaire, encore qu'il est légitime de se demander, le plus ingénument du monde, comment une société qui aurait trempé dans des bazars aussi juteux pouvait faire faillite.

Sérieusement, croit-on que la grave crise politico-diplomatique qu'affronte le Liban aujourd'hui, avec les terribles menaces financières, économiques et mêmes militaires qu'elle fait planer, ne trouve son origine que dans une vulgaire affaire de corruption ? La réalité est qu'une grande partie de la classe politique libanaise, toutes tendances confondues, suivie d'ailleurs par l'opinion publique, se refuse toujours à diagnostiquer le mal qui ronge depuis des décennies la vie politique et institutionnelle au pays du Cèdre.

Jusqu'ici, ce dernier n'arrive guère encore à s'élever à la hauteur de la vocation de pays-message, cette anticipation généreuse et optimiste voulue par le pape Jean-Paul II dès les années quatre-vingt-dix pour, à l'époque, titiller quelque peu les fondements de la puissance tutélaire.
Non, le problème ne se résume pas au non-respect de la politique dite de distanciation par le Hezbollah. Le problème, c'est la politique de distanciation elle-même. Un « pays-message » ne prend pas ses distances à l'égard des autres, il intervient, il agit, il joue les médiateurs pour aider à régler les conflits autour de lui... Bref, il transmet son « message ». À condition d'en avoir un, bien sûr.

Mais quel message de paix un État cohabitant avec une milice armée engagée au service d'une puissance régionale peut-il porter ? Aucun, évidemment. D'où ce que l'on nomme politique de distanciation et qui est en réalité une fuite en avant plutôt qu'une politique. L'entente qui a permis il y a un an de « rhabiller » les institutions était aussi une fuite en avant, tout comme le consensus de Doha en 2008. Et les propos selon lesquels la question des armes du Hezbollah ne sera réglée qu'avec une solution au conflit du Proche-Orient, qu'est-ce ? Pire qu'une mauvaise politique, c'est l'incarnation même de la fuite en avant...

Quand donc finira-t-on par réaliser que la situation anormale que connaît le Liban a des retombées qui peuvent être très négatives tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières ? Qu'on ne peut pas indéfiniment se prendre pour les victimes des autres ? Quoi qu'on pense de l'Arabie saoudite, de son prince héritier, de son système, de sa politique, la réalité est qu'elle a le droit de considérer comme inamical un gouvernement qui se tait face aux agissements d'une de ses composantes qui a déclaré la guerre à ce pays. Et que répondons-nous à cela? « Excusez-nous, mais nous avons décidé de nous distancier... »

La recherche d'un nouveau contrat social capable de refonder la formule libanaise de sorte à inclure et rassurer toutes les composantes du peuple libanais et, à terme, traiter les causes de la dépendance des uns et des autres vis-à-vis de telle ou telle puissance régionale est un travail (de titan) qui doit commencer aujourd'hui, pas demain.
Mais dans le même temps, il faut que le Liban se sorte du pétrin dans lequel il se trouve. Au vu des enjeux énormes, le plus urgent est d'éviter les fanfaronnades. Ce qui est loin d'être acquis. Car si l'Arabie s'est tiré une balle dans le pied, comme le croient certains, le Liban, lui, devrait s'abstenir de viser sa propre cervelle.

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Hitti arlette

Encore des marronniers monsieur Fayad . Le Liban à travers son histoire passée soit-elle ou contemporaine, n'a jamais été un état libre ,souverain et indépendant .Avec ses dix huit communautés qui se détestent cordialement ou affichent un simulacre hypocrite d' entente et de patriotisme.. Tout compte fait on n'aboutira jamais à un état au vrai sens du mot . Et l'on piétinera ainsi pour les siècles des siècles Amen.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CLAIR COMME LE JOUR ! LEBNEN AWALAN ! LES MANIGANCES ET LES FAUSSES CONCLUSIONS ET CONFIRMATIONS DE TOUS LES HAINEUX VENDUS A L,ETRANGER FURENT MISES A JOUR ...
LEBNEN AWALAN ! ETAT ! ARMEE ! PEUPLE !

Bery tus

Absolument limpide !! Mille merci

Wlek Sanferlou

très intéressant. Oui le message du Liban ne peut être entendu qu'une le pays est libre de toute présence étrangère directe ou par proxy type hezb.

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