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Moyen Orient et Monde

Le demi-blocus « n’est pour le moment pas de nature à inquiéter » le Qatar

Interview express

Olivier Da Lage, auteur de plusieurs livres sur la péninsule Arabique, se penche pour « L'Orient-Le Jour » sur les moyens qu'a Doha de résister à la crise qui le touche.

09/06/2017

Doha s'est montré particulièrement défiant hier. Trois jours après que l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte ont rompu diplomatiquement avec le Qatar, le petit émirat du Golfe n'a montré aucun signe de faiblesse, affirmant qu'il pouvait tenir « éternellement » malgré le blocus, alors que les mesures prises contre lui par ses voisins se multiplient. Le ministre qatari des Affaires étrangères a également affirmé que personne n'avait le droit de dicter à Doha sa politique étrangère. Mais le Qatar a-t-il les moyens de résister à la crise qui le touche, non seulement sur le plan diplomatique, mais également économique et politique ? Olivier Da Lage, spécialiste des pays du Golfe, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

Quels sont les soutiens diplomatiques du Qatar et leur pouvoir ?
Le soutien de l'Iran est probablement le moins utile, puisque précisément, toute la crise est née de la volonté des pays qui suivent l'Arabie saoudite de punir Téhéran, et donc ceux qui en sont proches, ou réputés proches. En revanche, le soutien de la Turquie peut être de nature à faire réfléchir Riyad, surtout après l'envoi annoncé de troupes (dans le cadre d'un accord de défense signé en 2014), ce qui peut être potentiellement dangereux. La Turquie est une puissance que l'on doit prendre en compte.

Je dirais qu'il y a surtout un embarras très vif de pays qui ont de bonnes relations avec l'Arabie, ainsi qu'avec le Qatar. Je pense par exemple à un certain nombre de pays européens, comme la France. Mais aussi aux États-Unis, où après des déclarations initiales de Donald Trump qui pointait le Qatar en épousant la position saoudienne, on a semblé changer de ton, Washington se proposant de jouer les médiateurs en accueillant à la Maison-Blanche les différents pays du Golfe pour trouver une solution. On sait l'importance pour le Pentagone de la base américaine d'al-Oudeïd, et pour l'instant une rupture nette avec le Qatar lui poserait d'énormes problèmes. Je pense que le département d'État aussi est contre une telle rupture. Parmi les pays du Golfe, il y en a deux au moins qui ne sont pas du tout sur la ligne saoudienne : le sultanat d'Oman et le Koweït. Ce dernier a entrepris une médiation parce que cela correspond à sa position, mais aussi parce qu'il sait que si le Qatar devait s'incliner complètement, il serait sans doute le prochain sur la liste.
Le Qatar n'est donc pas en très bonne position, mais l'Arabie saoudite est en moins bonne position qu'on aurait pu le penser en écoutant les déclarations de ces derniers jours.

 

(Lire aussi : Erdogan cherche à aider Doha mais sa marge de manœuvre est limitée)

 

De quelle marge de manœuvre économique le Qatar dispose-t-il ?
Le Qatar a une marge de manœuvre économique énorme, à condition d'accepter de perdre sur certains terrains. Le blocus terrestre et l'interruption des liaisons aériennes et du survol des territoires des Émirats arabes unis sont un gros problème pour Qatar Airways, mais on peut quand même se rendre au Qatar en effectuant des correspondances dans d'autres pays. Cela va renchérir le coût des voyages, mais cela ne les interrompt pas complètement.

Bien sûr, son arme la plus forte reste le gaz naturel et le pétrole, dont d'ailleurs les voisins du Qatar ont besoin. Il fera attention sur certains tableaux, mais le Qatar est un petit pays aux ressources très importantes pour sa petite population. Ce demi-blocus n'est pour le moment pas de nature à l'inquiéter sérieusement.

Quid du soutien interne à la famille régnante ?
Pas plus tard que la semaine dernière, un journal émirati a publié une interview d'un membre secondaire de la famille régnante qatarie al-Thani, et qui a été présenté comme le chef de l'opposition. Cela n'a pas beaucoup de sens évidemment, mais le Qatar a une longue tradition de coups d'État familiaux. L'ancien émir, cheikh Hamad, a renversé son père lors d'un coup d'État. Il a failli être à son tour renversé par son père avec l'appui des Émirats arabes unis quelque temps plus tard, et il ne s'en est pas fallu de beaucoup pour que l'opération réussisse. Elle a échoué, mais tous les acteurs de la vie politique qatarie connaissent suffisamment bien leur histoire pour savoir que c'est une possibilité, et donc prendre les précautions nécessaires pour s'en prémunir.

Il est vrai aussi qu'une partie de la population du Qatar, très conservatrice, ne s'est jamais totalement reconnue dans l'exercice de diplomatie-spectacle de l'ancien émir, et, dans une moindre mesure, de l'émir actuel, et ne veut pas d'ennuis avec l'Arabie saoudite. Il se peut qu'il y ait des tentations, du royaume wahhabite et des EAU par exemple, de susciter une prise de pouvoir, soit par quelqu'un des al-Thani, soit d'une autre tribu. Mais je pense que ce danger a été clairement identifié par les autorités et que, d'une certaine façon, l'envoi de troupes turques en soutien au Qatar peut aussi être interprété comme une aide à la famille régnante du Qatar s'il y avait une tentative de coup d'État. Je crois que la menace, bien que possible, n'est pas d'une nature telle qu'on puisse croire que c'est la plus probable.

 

 

 

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