L'éditorial de Issa GORAIEB

In-fortunes

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
07/06/2017

L'argent, c'est bien connu, est le nerf de la guerre, de toute guerre. L'actuelle vague de terrorisme, de même que la lutte contre ce fléau mondial, n'échappe pas à la règle, même si pour leur part les auteurs d'attentats-suicides en viennent de plus en plus aux opérations low cost. Un véhicule de location, quelques couteaux, jamais la tuerie de masse n'aura été plus économiquement rentable.

Sur le bon et le mauvais emploi de l'argent, l'actualité internationale des derniers jours est riche d'enseignements. Trop c'est trop, la tolérance contre l'extrémisme islamiste ne peut plus continuer, fulminait la Première ministre britannique au lendemain de l'attentat du London Bridge, qui se trouvait être le troisième en moins de trois mois ; faut-il donc croire que les deux premiers, ce n'était pas déjà trop ?

Si Theresa May durcit le ton de la sorte, c'est qu'elle y est acculée. Sa démission est réclamée par l'opposition qui lui reproche d'avoir souscrit à une réduction drastique des effectifs de la police, décidée dans le cadre d'un programme d'austérité. Sa responsabilité est d'autant plus vivement retenue qu'elle assumait alors les fonctions de ministre de l'Intérieur : occasion unique, on le voit, pour ses détracteurs d'accuser la gardienne de la sécurité publique d'avoir fait des économies là où il ne fallait surtout pas...

Au Royaume-Uni, il y a davantage en jeu cependant que cette malheureuse question de comptabilité policière. C'est en effet toute une tradition de libertés individuelles, particulièrement chère au cœur des Britanniques, qui va devoir être revue à la baisse. Quel que soit le vainqueur des élections (et sans même aller jusqu'à reléguer Hyde Park au musée), il faudra bien mettre de l'ordre dans ces véritables zones d'extraterritorialité que sont certains quartiers de Londres où fleurissent les prêches les plus radicaux, où peut même flotter impunément le noir pavillon de l'État islamique : stupéfiant phénomène qui a pour nom communautarisme et qui est inexplicablement admis au nom de la sacro-sainte liberté d'expression.

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Changement de décor. C'est un vent de vertueuses résolutions, sans doute agrémentées d'une bonne dose d'hypocrisie, qui souffle en tempête sur le Moyen-Orient. L'austérité n'a rien à y voir, le problème est plutôt celui d'un trop-plein d'argent, mal employé de surcroît : celui que détient, en masse, l'émirat du Qatar, soudain mis en quarantaine par une coalition conduite par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte. À la minuscule principauté est officiellement reprochée, à juste titre semble-t-il, une double et coupable collusion, à la fois avec le terrorisme sunnite qu'il finance généreusement et avec un Iran chiite acharné à déstabiliser les États arabes. Le non-dit, toutefois, c'est l'obstination du Qatar, qui abrite sur son sol une importante base aérienne américaine, à se moquer de la préséance saoudite au sein du Conseil de coopération du Golfe, à jouer les grandes puissances régionales, à multiplier avec une déconcertante aisance les canaux de communication avec Téhéran et Tel-Aviv, avec al-Qaëda, Daech, al-Nosra, Hamas ou même, le cas échéant, le Hezbollah.

Passé un moment de flottement à Washington, où le secrétaire d'État a prôné l'unité et le dialogue entre royaumes du Golfe, c'est Donald Trump en personne qui sifflait hier la fin de la partie, affirmant que toutes les suspicions convergent sur le Qatar, lequel, menacé d'asphyxie en raison du blocus terrestre, naval et aérien dont il est l'objet, se dit ouvert à toute médiation.

En définitive, le chef de la Maison-Blanche a tout lieu de se féliciter des résultats des rencontres qu'il a eues avec des dizaines de dirigeants arabes et musulmans lors de son récent voyage à Riyad pour les inciter précisément à assécher les sources de financement de l'extrémisme. Il a apparemment été entendu. Reste à espérer que cet épisode marquera effectivement le début de la fin de l'horreur du terrorisme, comme le dit un Trump décidément en verve. Que le haro sur le Qatar ne se résumera pas à un règlement de vieux comptes avec un bouc émissaire tout désigné. Et que les accusateurs feront montre de zèle pour balayer devant leur propre porte.

 


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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