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Moyen Orient et Monde

La presse saoudienne se déchaîne contre Doha, le Qatar tente de rassurer ses habitants

Décryptage

La crise prend d'assaut les réseaux sociaux des deux pays rivaux.

08/06/2017

Rien ne va plus, c'est le moins qu'on puisse dire, entre Riyad et Doha, et la presse respective de ces deux pays du Golfe ne fait rien pour tempérer une crise qui, comme prévient l'Arabie saoudite, ne fait que commencer.

Ainsi, à en croire les gros titres des quotidiens saoudiens parus depuis lundi dernier, en coupant les liens avec le Qatar, le royaume wahhabite « protège sa sécurité nationale du terrorisme », comme l'indique al-Iqtisadiyah, citant le roi Salmane ben Abdelaziz dans son édition de mardi. « Les voix de la discorde ont été muselées », titre également ce quotidien qui n'hésite pas à publier une infographie en une, détaillant les causes du boycottage et les mesures prises.

Comme une réponse implicite aux allégations de Doha, qui assure ne pas comprendre ce que le Conseil de coopération du Golfe attend de lui, ni les motivations d'une telle décision « soudaine », comme l'écrivait mardi le site non officiel d'information Doha News.

Du côté du Arab News, seul quotidien en langue anglaise publié en Arabie, on estime que Doha est « en détresse » ; alors qu'al-Riyad choisit un titre choc, « Le Qatar... une île isolée », faisant référence dans un jeu de mots à peine dissimulé à la chaîne satellitaire qatarie al-Jazeera – puisque « jazira » signifie « île » en langue arabe –, dont le bureau en Arabie a d'ailleurs été fermé mardi dernier. Ce titre veut également mettre en relief l'isolement matériel et moral total dont souffrirait désormais la péninsule du Qatar, une presqu'île rattachée à la péninsule Arabique par sa frontière sud avec l'Arabie.

 

(Repère : La crise dans le Golfe "met tout le monde dans l'embarras")

 

Hier, la presse saoudienne choisissait de poursuivre dans la même ligne, faisant intervenir toutefois la diplomatie américaine, comme pour conforter sa position. Le quotidien al-Riyad titrait, comme le président américain Donald Trump a affirmé au roi Salmane d'Arabie par téléphone, que le royaume est en train « d'assécher les sources du terrorisme ». Également dans al-Riyad, on apprenait hier que le ministre saoudien des Affaires étrangères Khaled al-Jubair s'est entretenu avec son homologue français Jean-Yves Le Drian au Quai d'Orsay à Paris et a fait une déclaration qui rappelle à bien des égards le « enough is enough » de la Première ministre britannique Theresa May, prononcé au lendemain des attentats de Londres.

Tout est donc mis en œuvre pour lever les soupçons de la communauté internationale contre l'Arabie saoudite, qui a longtemps été accusée de complicité et de collusion avec les différentes mouvances du terrorisme islamiste. Le message est simple : ce n'est pas l'Arabie, mais le Qatar qui finance, arme, soutient et héberge les têtes de pont du terrorisme mondial. Il faut dire que les campagnes officielles contre le terrorisme et l'extrémisme religieux envahissent régulièrement les espaces publicitaires du royaume wahhabite, et la nouvelle loi limitant les prérogatives de la police religieuse donnent l'impression que le règne de l'obscurantisme religieux n'est plus tout-puissant.

Et pourtant les détracteurs de l'Arabie saoudite ne ratent aucune occasion de lui rappeler qu'elle a longtemps été le creuset du jihadisme violent, à l'instar de cette caricature qui circule sur Twitter sous le mot-clé #QatarCrisis, illustrant l'Arabie comme un simple relais entre les dollars américains et les armes qui parviennent au groupe terroriste État islamique.

 

(Lire aussi : Le Qatar sollicite la Turquie et l'Iran pour éviter une pénurie)

 

Des réserves alimentaires de 12 mois
Pendant ce temps au Qatar, le gouvernement use de toutes ses ressources pour démontrer à ses habitants, locaux comme expatriés, que la situation demeure tout à fait normale. Le ministère qatari de l'Économie et du Commerce est même allé jusqu'à diffuser une vidéo sur son compte Twitter tournée dans un supermarché afin de montrer que les étals sont bel et bien achalandés et que le pays ne manque de rien. Une voix off explique également qu'un plan de crise existe pour ce genre de situation et que les importations arrivent bel et bien, mais en provenance d'autres sources. Elle ajoute que le pays détient une réserve alimentaire de 12 mois et que les habitants n'ont rien à craindre pour ce qui est d'une éventuelle inflation, car les prix sont contrôlés par le ministère et que tout changement nécessiterait donc une décision ministérielle.

Sur les réseaux sociaux, une vague de soutien au gouvernement qatari déferle actuellement sur Twitter et Facebook avec des mots-clés tels que « Je suis solidaire du Qatar » en langue arabe, ou encore #IStandWithQatar, où l'on diffuse à souhait des images tournées à Doha, qui ont pour objectif de prouver que la situation est parfaitement normale dans les rues et dans les commerces. On y trouve également l'interview donnée par le ministre qatari des Affaires étrangères, Mohammad ben Abdel Rahman al-Thani, à la chaîne satellitaire américaine CNN, dans laquelle il déclare que son pays « ne courbera pas l'échine face aux pressions ». Un tweet de l'agence semi-officielle iranienne Press TV annonce par ailleurs que le Qatar utilise l'espace aérien iranien depuis la fermeture de l'espace de la plupart des pays du Golfe aux avions de Qatar Airways.

Malgré le sérieux de la tension qui règne actuellement entre les deux pays, il est certain que le branle-bas de combat provoqué au sein de l'administration US après le tweet de soutien à l'Arabie, diffusé par le président américain Donald Trump, affectera le cours de cette crise. Car si les journaux saoudiens ont repris hier et à l'envi ce tweet, il reste que M. Trump a ensuite dans la nuit mis de l'eau dans son vin et souhaité, toujours sur Twitter, un Conseil de coopération du Golfe « uni » pour faire face aux défis du terrorisme régional. C'est dire si les Américains se sont vite rendu compte que leur président est allé trop vite en besogne, sans réaliser notamment l'importance de Doha sur le plan stratégique. Le Qatar abrite en effet la base américaine d'al-Oudeid, qui est la plus grande base aérienne de la région. Elle est le siège du commandement militaire américain au Moyen-Orient et héberge sur son sol plus de 10 000 soldats.

 

 

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IL AURAIT FALLU DIALOGUER AVEC LE QATAR TOUT EN LUI FAISANT DES PRESSIONS POUR ARRETER LE FINANCEMENT DES TERRORISTES ET NE PAS LUI DEMANDER DE COUPER SES PONTS AVEC L,IRAN... DES PONTS QUI POURRAIENT SERVIR A UN CERTAIN DIALOGUE DANS LE FUTUR...

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