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Économie

La mise au ban du Qatar pourrait lui coûter très cher

Golfe

La rupture des liaisons aériennes, maritimes et terrestres décidée par Riyad et ses alliés devrait particulièrement pénaliser les importations alimentaires et le bâtiment.

OLJ/Andrew TORCHIA et Tom ARNOLD / Reuters
06/06/2017

La crise diplomatique entre le Qatar et certains de ses voisins du Golfe pourrait leur coûter des milliards de dollars en échanges commerciaux et investissements, et augmenter leurs coûts d'emprunt dans un contexte de fléchissement des cours pétroliers.

Le Qatar, doté d'un fonds souverain estimé à 335 milliards de dollars, paraît pouvoir surmonter la crise née de la rupture des liaisons aériennes, maritimes et routières décidée par l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l'Égypte. Les infrastructures portuaires récemment agrandies de l'émirat qatari font qu'il pourra continuer ses exportations de gaz naturel liquéfié qui lui ont valu un excédent commercial de 2,7 milliards de dollars en avril et importer par voie maritime les biens qui transitaient auparavant par la frontière saoudienne, dorénavant fermée.
Mais certains pans de l'économie qatarie risquent de souffrir si la crise dure des mois, perspective qui a provoqué une chute de 7,58 % de la Bourse de Doha hier, la plus importante enregistrée depuis la fin 2009.
La compagnie aérienne Qatar Airways, fer de lance de l'émirat dans sa volonté de devenir une destination touristique, risque de subir des pertes du fait de son interdiction de séjour dans certains des aéroports les plus importants du Moyen-Orient.

Le Qatar a emprunté localement et à l'étranger pour financer un plan de grands travaux de 200 milliards de dollars car il doit accueillir le Mondial de football en 2022. La baisse des emprunts de l'émirat hier laisse penser qu'il lui reviendra plus cher d'emprunter, au risque peut-être de ralentir certains projets.

Les emprunts d'autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui en compte six, n'ont guère bougé hier mais des banquiers estiment que c'est l'ensemble de la région qui risque de devoir payer plus pour emprunter si la querelle persiste. « Si le contentieux se prolonge, les ramifications risquent d'être énormes, a dit l'un d'eux. Les gérants d'actifs ne feront aucune différence entre le Qatar et le reste du CCG. »

 

(Lire aussi : Quand le funambule qatari vacille, l'édito d'Emilie Sueur) 

 

 

« C'est l'escalade »
Dans la mesure où leurs économies sont très dépendantes du pétrole et du gaz, les États du CCG n'ont que de faibles relations commerciales et d'investissement entre eux, ce qui limitera en soi les retombées économiques de leur différend. De même, l'Arabie saoudite et les autres États du Conseil ne représentent habituellement que 5 à 10 % des échanges du marché boursier qatari, selon ses propres données, ce qui semble impliquer que même un retrait total de la cote de ces pays n'aurait qu'un impact limité.

Mais la situation est différente dans d'autres domaines. La contribution de l'Arabie saoudite et des Émirats aux 1,05 milliard de dollars d'importations alimentaires du Qatar a été de 309 millions de dollars en 2015. Alors que des sources commerciales ont confirmé que ces deux pays avaient arrété hier leurs exportations de sucre et que les Qataris ont commencé à se ruer sur les supermarchés (voir page 7), le gouvernement a publié hier un communiqué assurant que les voies maritimes et aériennes resteront ouvertes aux importations.
Les coûts dans le secteur du bâtiment risquent également d'augmenter et d'alimenter l'inflation parce que l'aluminium et d'autres matériaux de construction ne peuvent plus être importés par voie terrestre.

On ne sait pas si le royaume saoudien pourra convaincre d'autres pays de rompre leurs liens avec le Qatar mais il pourrait obliger les entreprises étrangères à choisir entre lui et l'émirat, mettant en avant son marché bien plus important, et surtout qu'il s'emploie à ouvrir par le biais de réformes économiques.

Des banquiers basés au Caire ont signalé hier que certaines banques égyptiennes avaient cessé toute transaction avec leurs homologues qataries. On ignore si les banques du CCG feront de même. « Tout le monde espère que la voix de la raison s'imposera et que les choses s'apaiseront ; mais pour l'heure, c'est l'escalade », a dit Mohammad Ali Yassine, directeur général de NBAD Securities, un courtier d'Abou Dhabi.

 

 

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