L’édito de Émilie SUEUR

Quand le funambule qatari vacille

L’édito
06/06/2017

Quand l'émir Hamad al-Thani s'empare du trône, en 1995, après avoir évincé son père, les effets de la Tempête du désert qui a balayé la région quelques années auparavant se font toujours sentir. Entre les ambitions iraniennes et saoudiennes, l'émir du Qatar estime que la longévité de sa famille au pouvoir ne suffit pas à garantir sa pérennité. Pour protéger son trône, il faut faire exister l'émirat, vraiment, sur la carte du monde.

L'émirat n'a ni la force militaire, ni la population, ni la géographie pour lui. Mais il est riche, très riche. C'est grâce aux « gazo-dollars », investis dans toutes les formes de diplomatie (culturelle, sportive, médiatique, politique, économique...), que la grenouille qatarie enflera pour sortir de l'ombre du bœuf saoudien.

L'un des outils de cette offensive tous azimuts sera al-Jazeera, une révolution dans le paysage médiatique régional et un formidable vecteur d'influence et de rayonnement dans le Grand Moyen-Orient. Une chaîne qui fera des records d'audimat et grincer des dents.

Pour pousser sa diplomatie économique, un fonds est créé qui investit, alors que le monde est frappé de plein fouet par la crise de 2007-2008, dans des fleurons de l'économie en Allemagne, aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni... L'émirat veut rayonner aussi dans le sport – il décroche le Mondial de foot de 2022, une première pour une nation arabe–, ainsi que dans l'éducation et la culture – via des accords pour que les meilleures universités américaines et européennes ouvrent des campus sur son sol.

Sur le front diplomatique, le Qatar, pour sortir de son statut de nain géopolitique, joue les équilibristes.

Après la fermeture du bureau commercial israélien à Doha, suite à l'opération Plomb durci contre Gaza, le Qatar avait proposé à deux reprises à Israël – qui avait refusé – une restauration des relations diplomatiques contre l'autorisation de participer aux travaux de reconstruction dans la bande de Gaza. Le Qatar sera aussi une terre d'accueil pour l'ex-dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal.

Le Qatar abrite une grande base militaire américaine à al-Udeid, siège du commandement militaire chargé du Moyen-Orient, utilisée pour les raids américains contre l'État islamique en Syrie et en Irak. Doha accueille aussi un bureau des talibans et est régulièrement accusé, au pire, d'appui à des groupes terroristes, au mieux, de laxisme dans sa lutte contre le financement du terrorisme.

Pour exister, le Qatar s'est également employé à jouer les médiateurs sur un certain nombre de dossiers compliqués. En 2007, l'émirat a ainsi contribué à résoudre la crise des infirmières bulgares détenues dans les prisons de Kadhafi. Quatre ans plus tard, Doha alignait ses Mirage dans le cadre de l'intervention militaire contre le dictateur libyen. En 2007-2008, le Qatar proposait ses bons offices lors de la rébellion houthiste au Yémen. En 2008, il jouait les médiateurs pour le Liban via la Conférence nationale libanaise de dialogue organisée à Doha qui aboutit notamment à l'élection de Michel Sleiman. Et en 2011, c'est encore Doha qui parraine la signature d'un accord de paix entre certains groupes armés du Darfour et les autorités soudanaises.

Et puis il y a l'Iran, avec lequel Doha partage un des plus grands gisements off-shore de gaz au monde. Difficile, dès lors, pour le Qatar d'adhérer à la politique de containment de l'Iran portée par Riyad.

Cet équilibre précaire de la diplomatie qatarie, et donc de sa puissance, tenait tant que durait un certain statu quo.

Mais il y eut le renversement du président égyptien Mohammad Morsi en 2013, soutenu par Doha. Il y eut aussi un certain réveil, côté saoudien, après des années d'ensablement dans des luttes intestines, avec notamment la montée en puissance de Mohammad ben Salmane, fils du roi, ministre de la Défense et vice-prince héritier, qui semble vouloir donner un coup de fouet au royaume. Il y eut enfin la visite de Donald Trump à Riyad, et son discours musclé contre l'extrémisme islamiste et l'Iran, marquant un réchauffement clair des relations saoudo-américaines après l'ère Obama.

Riyad et ses alliés n'auront pas tardé à s'engouffrer dans la brèche, pour faire rentrer dans le rang cet émirat devenu par trop voyant. Aujourd'hui, face au silence assourdissant des responsables occidentaux et alors que l'Arabie saoudite semble clairement décidée à profiter du momentum pour « remettre de l'ordre » dans les cartes de la région, le funambule qatari pourrait avoir beaucoup de mal à rester sur son fil.

Au-delà, ce coup de tonnerre diplomatique pourrait bien marquer l'ouverture d'un épisode orageux dans la région.

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OPTION POTION

Je suis effaré par le fait d'entendre MAINTENANT certains dire que le qatar était un financier du TERRORISME , je veux dire une autre version TERRORISME wahabite.

J'arrête pas de le crier depuis 2011 date du complot contre le héros syrien BASHAR.

Comme je continuerai de dire que le vrai financier est la bensaoudie et que tant qu'on aura pas déraciner les ramifications de leurs sources a ryadh et jeddah, on aura toute sorte de crime teroriste de par le MONDE.

Et de surcroît on ne me publiait pas a CAUSE de ça.
Voilà que les faits me donnent raison .HAHAHAHAHA

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ERREUR OU GAFFE... ILS RISQUENT DE JETER LE QATAR EN PLEIN DANS LES BRAS DE L,IRAN ET PORTER LE COUP DE GRACE A LA TIMIDE UNITE GOLFIQUE ET ARABE...

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